Liberté de la presse un enjeu considérable pour l’UE qui ne peut plus éviter le débat. Classement 2013 de Reporters sans frontières et Rapport du groupe à haut niveau présidé par Vike Freiberga sortent au bon moment.

Posted by EU-Logos on 04/02/13

Liberté de la presse, un droit  garanti par le Charte  européenne des droits fondamentaux: de fortes disparités en Europe, une Europe  qui piétine ou régresse. Reporters sans frontières vient de publier son classement mondial annuel de la liberté de la presse dans 179 pays. Sans surprise, les démocraties occupent le haut du classement. Cette année, trois pays européens sont dans le trio de tête ; pour la troisième fois consécutive, la Finlande est distinguée comme le pays le plus respectueux de la liberté de la presse, suivie des Pays-Bas et de la Norvège. En queue du classement, on retrouve trois pays dictatoriaux (identiques à l’année dernière): le Turkménistan, la Corée du Nord et l’Érythrée.

Seize pays de l’Union européenne apparaissent dans le top 30, comme le Luxembourg, le Danemark, la Suède ou encore la Pologne, qui ont progressé. Mais RSF estime que le «modèle européen s’érode». L’Italie, 57e, gagne 4 places, bien que la «loi Bâillon» (restrictions en matière d’écoutes téléphoniques) entrave la liberté d’information. La France progresse d’une place (37e), RSF précise notamment attendre «la concrétisation des promesses du nouveau gouvernement sur le secret des sources, l’audiovisuel public et Internet». L’Allemagne et la Belgique, respectivement à la 17e et à la 21e place, ne sont dégradées que d’un rang.  Un résultat à première vue encourageant s’il ne masquait pas l’érosion lente d’un modèle européen confronté à ses nombreuses incohérences et à des situations inquiétantes au sein des onze autres pays membres, dont certains évoluent aujourd’hui au delà de la 80e place. Grèce, Hongrie, Bulgarie offrent une situation préoccupante et les pays des Balkans plus encore.  Pour la petite histoire Andorre apparait dans le classement à la 5ème place et le Liechtenstein à la 7ème .

C’est dans ce contexte qu’est sorti le rapport du groupe à haut niveau présidé par Vike  Freiberga  « a free and pluralistic media to sustain European democracy », titre qui dissimule avec peine l’inquiétude qui transpire à la lecture du rapport (cf. autre information dans Nea say). L’UE malgré ses réticences et ses habiletés dilatoires  ne pourra pas éviter de se saisir de ce lourd dossier. La publication de ce rapport n’a pas été commentée dans la presse à la différence de celui de RSF. La commission LIBE du Parlement européen a entendu la présidente du groupe à haut niveau et de sa vice-présidente dans une relative indifférence alors que le Parlement européen est mobilisé sur ce dossier depuis de longues années au point qu’on peut dire qu’il en a été l’initiateur. Qu’il se réveille donc ! L’UE ne peut rester indifférente à cette situation très contrastée  faite de comportements si opposés. La situation qui règne en son sein, est telle qu’à la  longue ce n’est plus  supportable et peu à peu s’érode une unité qui n’est plus qu’une unité de façade. Les incidents et tensions politiques graves  se multiplient à l’intérieur même de l’UE. Y remédier représente une priorité urgente, son enjeu : la démocratie en Europe.

La Grèce perd 14 places, la Hongrie 16 place , bilan plus que mitigé dans les Balkans, la Turquie « la plus grande prison du monde pour les journalistes », la Russie de Poutine s’enfonce à la 148ème place

Dans son classement, RSF signale la chute brutale de la Hongrie (56e), qui perd 16 places. Une dernière réforme controversée, qui vise à renforcer le contrôle institutionnel des médias, affecte les pratiques journalistiques. La situation en Grèce est aussi alarmante. Le pays, 84e, perd 14 places, principalement en raison de la dégradation du «climat professionnel et social» dans lequel les journalistes évoluent. Dans les Balkans, le «bilan est mitigé» en Croatie (64e) et en Serbie (63e). RSF relève qu’en Albanie (106e), au Monténégro (113e), et en Macédoine (116e), les journalistes sont toujours victimes d’un «acharnement judiciaire».

 La Turquie, 154e, est décrite comme «la plus grande prison du monde pour les journalistes», en particulier pour ceux qui sont critiques sur la question kurde. En dépit d’un paysage médiatique pluraliste et vivace, la Turquie s’enracine à une place (154ème-6), une place peu digne au regard de son ambition de rejoindre l’UE et au regard du rôle de « modèle régional » qu’elle aspire à jouer. Au nom de la « lutte contre le terrorisme », la démocratie turque est aujourd’hui la plus grande prison du monde pour les journalistes. La paranoïa sécuritaire de l’Etat comme la nomme RSF,  tend à voir en chaque critique le résultat d’un complot mené par les diverses organisations « illégales » ; il s’est encore accentué au cours de la dernière année, marquée par un fort regain de tension sur la question kurde. L’annonce d’une réforme de la loi antiterroriste, maintes fois promise et repoussée, et la reprise du dialogue entre les autorités et la rébellion kurde, du PKK aboutiront-elles à un véritable changement dans l’approche général vis-à-vis de médias ? Une espérance régulièrement déçue.

En Russie, la répression s’est accentuée depuis la réélection de Vladimir Poutine, enfonçant le pays à la 148ème place (-6) a donné le ton d’une année 2012 marquée par des durcissements répressifs dans l’espace ex-soviétique. Si les manifestations de l’opposition, d’une ampleur inédite, ont révélé au grand jour une société nouvelle, l’Etat a répondu par une répression tous azimuts : à nouveau pénalisation de la diffamation, contrôle accru d’Internet, criminalisation des activités des ONG de défense des droits de l’homme financées par l’étranger. Le pays reste également marqué par une impunité difficilement tolérable de nombreux assassins de journalistes.  Incontestablement s’ouvre une nouvelle ère dans les rapports entre l’Etat et la société où la liberté d’information est un des principaux défis à relever. Remarquons également dans la même zone, que l’Ukraine, autre pays qui  exprime régulièrement sa prétention à intégrer l’UE et qui vient de prendre la présidence de l’OSCE, se situe au rang peu enviable de  126ème. L’Ukraine affiche le pire bilan pour les médias depuis la « révolution orange de 2004. De façon chronique le niveau de violence à l’égard des journalistes est élevé mais elle vient d’atteindre des records, dans la plus grande impunité. Un climat tendu connu de tous qui ne fait que renforcer la vulnérabilité des médias indépendants face à des pressions de plus en plus fortes qui débouchent souvent sur de la violence à l’état pure.

Par ailleurs, le Parlement roumain ne renonce pas à organiser « l’équilibre de l’information ». Le marasme publicitaire et les coupes budgétaires, qui entraînent une fragilisation constante du modèle économique du secteur médiatique, commencent également à faire sentir leurs effets. La Hongrie (56ème, -16) paie toujours le prix de ses réformes législatives liberticides, qui ont considérablement modifié la pratique du journalisme. (cf. autres articles dans Nea say). Plus inquiétant cependant, la chute vertigineuse de la Grèce (84ème, -14) où les journalistes évoluent dans un contexte social et professionnel désastreux. Exposés à la vindicte populaire et toujours confrontés à la violence des mouvances extrémistes et des forces de police, journalistes et photo-reporters doivent désormais faire face à l’activisme ultra violent des néo-nazis du parti Aube Dorée. Le pays rejoint désormais la Bulgarie (87ème, +2) où les promesses de réformes sont restées lettre morte et où Internet n’offre désormais plus le même refuge aux journalistes indépendants. La Bulgarie est la lanterne rouge de l’UE

La Croatie (64ème, +4), qui doit rejoindre l’Union européenne en juillet2013, et la Serbie (63ème, +17) présentent un bilan mitigé. La poursuite des réformes législatives entraîne de fait une amélioration sans faire oublier les nombreux obstacles et la persistance des anciennes pratiques qui nuisent toujours au journalisme indépendant. L’Albanie (102ème, -6), le Monténégro (113ème, -6) mais surtout la Macédoine (116ème, -22) ferment le classement des pays des Balkans et partagent un triste constat : acharnement judiciaire basé sur la pratique d’une législation souvent inadaptée, impossibilité d’accès aux données publiques, violence physique et morale contre les acteurs de l’information, marchés publicitaires institutionnels et privés instrumentalisés, emprise de l’économie grise sur les principaux rouages du système médiatique : autant d’obstacles au droit d’informer et d’être informé. S’inspirant par ailleurs dangereusement des exemples hongrois ou italiens, le parlement macédonien organise désormais la « légalisation de la censure », soufflant en permanence le chaud et le froid sur une profession souvent esseulée et sans défense..

Au terme de ce rapide survol des pays qui nous sont les plus proches, notons pour mémoire qu’Israël se situe à la 112ème place et recule de 20 places ;

A travers le monde, quel constat faire ? Des améliorations majeures : Birmanie (une révolution de papier ?) La Birmanie a connu des changements spectaculaires en 2012 et figure désormais au 151ème rang, soit une progression de 18 places, loin devant ses habituels « voisins » répressifs à l’encontre de la presse. Plus aucun journaliste ni cyberdissident n’est emprisonné dans les prisons de l’ancienne dictature militaire. Si les réformes législatives ont été seulement amorcées, les mesures du gouvernement en faveur de la presse, l’abandon de la censure préalable et l’autorisation de retour sur le territoire pour les médias en exil, constituent des avancées significatives.

Dégradation généralisée en Asie du Sud : le sous-continent indien est la région d’Asie qui observe la plus forte dégradation du climat pour les acteurs de l’information en 2012. Le Japon projette sa tache sombre. Rétrogradé de la 22ème à la 53ème position, le Japon enregistre la plus forte baisse parmi les pays asiatiques. Les autorités interdisent toute couverture indépendante de sujets liés de manière directe ou indirecte à l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima. Des journalistes indépendants dénonçant l’étouffement du débat public ont été victimes de censure, d’intimidation policière et de harcèlement judiciaire. La survivance du système discriminatoire des « kisha clubs », associations de journalistes qui restreignent l’accès à l’information à leurs membres, constitue un élément structurel très négatif.

Mais aussi des progrès en Côte d’Ivoire, voire en Afghanistan aux progrès réels mais fragiles … Des sommets aux abîmes, ainsi pourrait-on résumer la situation .Des améliorations majeures, mais un bilan mitigé à la suite des mouvements de contestation dans lesquels beaucoup d’espoir avait été placé, mais là comme ailleurs des situations fort hétérogènes. Les mêmes pays sont toujours dans l’abîme et la zone des Caraïbes est toujours  dans les mêmes turbulences. La queue du classement est toujours occupée par le Turkménistan et l’Ouzbékistan, un enfer pour les journalistes. Les pays africains apparaissent comme des pays « prédateurs-censeurs » avec des baisses sensibles dans la notation.

Des révolutions fertiles pour la liberté d’informer ? La Syrie occupe la 176ème position du classement, c’est-à-dire la quatrième en partant de la fin. De tous les pays classés, c’est celui où les exactions contre la liberté de l’information auront été les plus nombreuses. Les professionnels de l’information sont pris pour cibles par les différentes parties au conflit, par l’armée régulière et par les factions d’opposition, qui s’y livrent une guerre de l’information. Le gain de huit places du Bahreïn (165ème) n’est que relatif. La répression a continué en 2012, mais avec un degré de violences moindre en comparaison avec l’année précédente, particulièrement dure (le pays était alors passé de la 144ème à la 173ème place). Le Bahreïn a perdu 66 places en l’espace de quatre ans et demeure aujourd’hui parmi les vingt derniers pays du classement. Après la chute des dictateurs, les promesses de pluralisme et d’indépendance des médias ne dépassent pas toujours suffisamment le stade des seules paroles. La Libye (131ème, +23) gagne plus de vingt places. La Tunisie (138ème) deux ans après la chute de Ben Ali, perd quatre places, alors qu’elle avait nettement progressé en 2011 (+30 places).

Il reste très difficile d’avoir une perception d’ensemble globalisante : ni le régime politique, ni la région ne permettent de rapprocher, distinguer, hiérarchiser les situations, autant de cas particuliers. Cependant Reporters  sans Frontières (RSF) s’est efforcé de dresser une certaine typologie, de quantifier dans la mesure du possible.

«Le Classement mondial publié par Reporters sans frontières ne tient pas compte directement de la nature des régimes politiques ». Néanmoins, il apparaît clairement que les démocraties protègent mieux la liberté de la production et de la diffusion des informations factuelles que les pays dans lesquels les autres droits humains sont méprisés”, observe Christophe Deloire, Secrétaire général de Reporters sans frontières. “Dans les dictatures, les acteurs de l’information s’exposent à des représailles impitoyables pour eux-mêmes et pour leurs proches. Dans nombre de démocraties, ils font face à la crise économique de la presse et aux conflits d’intérêts. Si leurs situations ne sont pas toujours comparables, il convient de rendre hommage à tous ceux qui résistent aux pressions, qu’elles soient martiales ou diffuses.”

À l’occasion de la publication du Classement mondial 2013, Reporters sans frontières publie pour la première fois un indice annuel de la liberté de la presse. Par la création de cet indicateur inédit, Reporters sans frontières se dote d’un outil analytique de la performance globale des États, permettant de mesurer l’état général de la liberté d’informer. Grâce aux nouvelles technologies et à l’interdépendance des États et des populations, la liberté de production et de circulation de l’information ne saurait être appréciée sans une mesure à l’échelle planétaire. En 2013, l’indice s’élève à 3395 points, un chiffre de référence pour les années à venir. La déclinaison régionale de l’indice permet une appréciation de la situation relative par grandes zones. Le calcul se fonde sur une moyenne pondérée en fonction de la population, avec des résultats de 0 à 100, zéro représentant une situation idéale. L’étude montre que la zone Europe obtient le résultat de 17,5 sur 100. Elle est suivie par la zone Amériques (30,0), l’Afrique (34,3), l’Asie-Pacifique (42,2), les pays de l’ex-URSS (45,3). Malgré les printemps arabes, la région Moyen-Orient – Afrique du Nord (48,5) se situe à la dernière place. L’importance du nombre de journalistes et « net-citoyens » morts dans l’exercice de leurs fonctions en 2012 (année la plus meurtrière jamais enregistrée par Reporters sans frontières dans son bilan annuel) a naturellement une influence notable sur le classement des pays où les crimes ont été perpétrés, tels que la Somalie (175ème, -11), la Syrie (176ème, 0), le Mexique (153ème, -4) et le Pakistan (159ème, -8).

C’est une conclusion banale de constater que l’instabilité politique place les journalistes dans l’œil du cyclone comme le souligne RSF. Dans un certain nombre de pays, l’instabilité politique segmente la profession journalistique, et rend très difficile la production d’une information indépendante. Dans de tels contextes, les menaces et les agressions physiques sont fréquentes, ainsi que des purges au sein des rédactions.

En conclusion : “Dans les dictatures, les acteurs de l’information s’exposent à des représailles impitoyables pour eux-mêmes et pour leurs proches. Dans nombre de démocraties, ils font face à la crise économique de la presse et aux conflits d’intérêts. Si leurs situations ne sont pas toujours comparables, il convient de rendre hommage à tous ceux qui résistent aux pressions, qu’elles soient martiales ou diffuses.”

      -. Texte du classementde RSF (FR)  http://fr.rsf.org/IMG/pdf/classement_2013_fr_bd.pdf (EN) http://fr.rsf.org/IMG/pdf/classement_2013_gb-bd.pdf

      -. Texte du rapport : “Free and pluralistic media to sustain European democracy” http://ec.europa.eu/information_society/media_taskforce/doc/pluralism/hlg/hlg_final_report.pdf

 

 

 


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