Editorial du n° 139 de Nea say. Energie : bientôt un monde à court de brut annonce l’Agence internationale de l’Energie (AIE). « La Communauté européenne de l’énergie c’est maintenant ! »

Posted by EU-Logos on 18/11/13

L’Agence internationale de l’énergie annonce un monde à court de brut Le rapport annuel de l’AIE souligne que pétrole et gaz de schiste ne suffiront pas à satisfaire la demande mondiale. A l’horizon 2020, les pays de l’OPEP reviendront sur le devant de la scène comme principaux pourvoyeurs de brut mondial. L’information n’a pas été relayée par les médias et la presse internationale aussi puissamment que ce à quoi on aurait pu s’attendre. Une occasion de perdue pour relance la Communauté européenne de l’énergie.

 Malgré la production nord-américaine de carburants fossiles non conventionnels et la fourniture de pétrole offshore du Brésil, le brut d’Arabie saoudite reviendra sur le devant de la scène dans les années 2020, seule énergie majeure en mesure d’étancher la soif de pétrole de la planète. C’est une des principales révélations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans le World Energy Outlook 2013, dirigé par Fatih Birol, économiste en chef de l’AIE et présenté à Londres le 12 novembre. D’ici à 2035, la demande globale aura augmenté d’un tiers, selon l’AIE, mais son centre de gravité évolue : elle sera soutenue en premier lieu par l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est, davantage que par la Chine. Le Moyen-Orient devient un consommateur de gaz et de pétrole de premier plan d’ici à 2030. Le Brésil fait l’objet d’un chapitre spécifique, s’illustrant par ses performances en termes d’intensité énergétique, mais aussi en tant que nouveau producteur et consommateur mondial de fossiles. Quant aux vieux pays de l’OCDE, leur consommation va stagner au cours des prochaines décennies.

 Le WEO 2013 met l’accent sur le fait que les pétroles de schiste (Light Tight Oil) et les pétroles extraits à très grande profondeur vont constituer un apport supplémentaire en raison de l’amélioration des techniques d’extraction. "Mais cela ne signifie pas que le monde s’oriente vers une nouvelle ère d’abondance pétrolière. Un prix du pétrole qui s’oriente tout droit vers 128 dollars le baril en 2035 soutiendra le développement de ces nouvelles ressources, même si aucun pays ne reproduira le succès actuel des pétroles de schiste aux Etats-Unis. La montée en puissance des pétroles de schiste va réduire l’écart entre la demande, qui atteindra 101 millions de barils par jour en 2035, et l’offre de brut, qui régressera à 65 millions de barils par jour", résument les auteurs du WEO.

 Le brut d’Arabie saoudite, ressource refuge. Mais la principale révélation du WEO 2013 est ailleurs. A partir de 2020, le Moyen-Orient redeviendra l’acteur et le pourvoyeur clé de pétrole brut. A l’heure actuelle, le rôle des pays de l’OPEP est provisoirement restreint par quatre principaux faits : la montée en puissance des exportations des Etats-Unis, actuellement premier producteur de pétrole mondial en raison de ses champs de pétrole et gaz de schiste ; les exportations de sables bitumineux du Canada ; la mise en production au Brésil de pétrole offshore extrait à grande profondeur, dont le débit atteindra 6 millions de barils par jour d’ici à 2035 ; et, plus globalement, la production de gaz naturel liquéfié un peu partout sur la planète. Cette combinaison d’apports de carburants en provenance d’autres pays que l’OPEP commencera à se tarir à partir des années 2020, prévoit l’AIE. Les compagnies pétrolières des pays de l’OPEP contrôleront alors quelque 80% des réserves prouvées.

 Confirmation du pic pétrolier. L’AIE confirme la tendance au pic pétrolier à travers l’analyse de plus de 1.600 puits : une fois passé leur pic, ceux-ci s’illustrent par une décrue de 6% de leur production annuelle. "Même si ce chiffre varie selon les puits, la conséquence est que, d’ici à 2035, la production de pétrole brut des champs actuellement en production aura chuté de quelque 40 millions de barils par jour", résume le WEO. Sur les 790 milliards de barils devant être mis en production d’ici à 2035 pour satisfaire la demande mondiale telle que l’AIE la projette, plus de la moitié servira à endiguer le déclin de la production. "Les producteurs de fossiles non conventionnels seront lourdement dépendants de forages en continu pour tenter d’endiguer la baisse de niveau des puits".

 Les aléas des huiles et gaz de schiste. L’incertitude caractérise les projections sur les huiles et gaz de schiste. "Forer des puits de pétrole ou de gaz de schiste demeure une opération d’essai. Quand il se déplace vers un nouveau secteur, un opérateur expérimentera une largeur de puits différente, des stades de fracturation variables, des fluides de fracturation différents et des stratégies de perforation différentes jusqu’à ce qu’une combinaison satisfaisante fournisse de bons retours sur investissement. Trouver les parties favorables du réservoir, celles qui sont faciles à mettre en production, est souvent une opération aléatoire". Le taux de récupération de ces fossiles de schiste est soumis à l’avènement encore hypothétique de nouvelles découvertes technologiques.

 Le WEO se penche également sur un point crucial : le coût des techniques d’extraction. Et souligne que toutes les ressources futures ne pourront pas être mises en production aux mêmes coûts qu’aujourd’hui. L’AIE établit un modèle combinant taux de déplétion des ressources par pays, évolutions technologiques et inflation des coûts industriels, qui tendent à augmenter corrélativement au prix du baril. "La capacité de l’industrie pétrolière à développer rapidement de nouvelles ressources est limitée, en partie en raison de la difficulté de trouver du personnel compétent, et aussi en raison de la durée requise par des projets à long terme. Il y a donc des contraintes pour satisfaire la demande en temps et en heure", avertit l’Agence internationale de l’énergie.

 Rappelons qu le parlement européen veut soumettre les projets à une évaluation environnementale. Les eurodéputés ont révisé la directive sur l’évaluation des incidences environnementale de certains projets pour y soumettre les projets d’hydrocarbures non conventionnels. Un vote suivi de près dans l’attente d’une réglementation européenne. Vingt et un prix Nobel ont envoyé une lettre au président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour l’exhorter à soutenir la directive sur la qualité des carburants en cours de négociations avec les Etats membres et le Parlement européen. Les plates-formes pétrolières forent toujours plus profond mais le droit des mers peine à encadrer leurs activités, selon l’IDDRI, qui a lancé en mars 2012 le projet "Pour une réglementation internationale de l’exploitation énergétique offshore". La ressource en eau particulièrement exposée :une étude bibliographique du BRGM et de l’Ineris s’est penchée sur les impacts liés à l’exploitation du gaz de houille. Les risques environnementaux potentiels concerneraient principalement la ressource en eau. Dix ans après sa création, l’ASPO confirme le pic pétrolier . Les faits semblent donner raison à l’Association d’étude du pic pétrolier. La production annuelle de pétrole conventionnel a amorcé une décrue depuis 2006, tandis que le baril est à plus de 100 $ en continu depuis un an, situation sans précédent. Les compagnies pétrolières ont boycotté la dernière conférence de l’ASPO, mais elles reviennent à la charge à travers un rapport qui affirme que les sous-sols recèlent suffisamment de pétrole pour alimenter la planète pendant tout le siècle. les pétroliers jugent qu’il n’y a pas d’alternative . Pas d’alternative à la fracturation hydraulique. C’est le message martelé par les industriels lors d’une audition parlementaire sur les sources alternatives. Un message d’autant plus important que la technique redevient d’actualité.

Bref  il y a inflation de points de vue, de controverses (notamment sur le pic pétrolier) et de polémiques, c’est donc le moment le plus opportun pour relancer la Communauté européenne de l’énergie. « La Communauté européenne de l’énergie, c’est maintenant ! » c’est le mot d’ordre donné par « Notre Europe-Institut Jacques Delors réuni autour de Jacques Delors lui-même mais aussi d’Antonio Vitorino et de Jerzy Buzek. D’autres les ont rejoints, mais peu nombreux et pas aussi influents qu’on aurait pu l’espérer en raison de l’importance de l’enjeu. Ils ont fait remarquer qu’en 1951 six Etats européens décidaient de mettre leurs intérêts en commun dans deux secteurs clés de l’économie afin de créer une communauté qui remplacerait le conflit par la coopération.. L’énergie était l’un de ces secteurs. Soixante plus tard, l’énergie demeure une priorité politique importante, mais les règles communes, un tant soit peu contraignantes, permettant de réaliser les objectifs d’une authentique politique de l’énergie ne sont pas toutes au rendez-vous. Il reste encore à nous placer à la hauteur de l’enjeu, bien au-delà des proclamations sans lendemain et des formules vagues.

 Trois années après le lancement de l’idée d’une Communauté européenne de l’énergie, le but reste toujours le même : sécurité de l’approvisionnement, la compétitivité des prix et une protection environnementale efficace. Or jamais ces objectifs ne semblent aussi fortement menacés que maintenant. Trois éléments essentiels se sont éloignés de notre portée :

-. un Marché intérieur de l’énergie intégré qui fournirait l’infrastructure nécessaire (en particulier des infrastructures interconnectées) rendant possible un commerce libre et équitable ;

- . une recherche conjointe sur les nouvelles technologies ;

- . la possibilité de coordonner les achats d’énergie extérieure à l’UE.

Pourtant des décisions importantes ont été prises : conclusions du Conseil européen sur l’énergie du 4 février 2011, répétées au sommet de l’énergie du 22 mai 2013. Toutes les lois utiles semblent être là, par contre c’est leur mise en oeuvre rapide qui là, comme ailleurs, font défaut. Jerzy Buzek a cru devoir le rappeler dans son rapport au Parlement européen de 2013 sur le marché intérieur de l’énergie rapport soutenu massivement par 90% des députés européens.

Le financement est assuré pour la période 2014-2020 dans la mesure où il peut l’être dans une conjoncture de restrictions généralisées des dépenses : ce financement comprend 5,1 milliards d’euros pour une infrastructure transeuropéenne sous l’égide du nouveau « Mécanisme pour l’interconnexion en Europe », à peu près 5,4 milliards pour la recherche sur les nouvelles technologies de l’Horizon 2020 et enfin les fonds structurels affectés à l’efficacité énergétique.

La stratégie étant clairement définie, quelles priorités retenir ? Prévenir les risques d’approvisionnement en renforçant la capacité de négociation des européens. Renforcer la position des consommateurs particuliers mieux informés, plus libres dans leur choix grâce à une compétitivité équitable renforcée. Une mise en oeuvre rationnelle et stable de la politique environnementale et climatique. Des actions de support aux énergies renouvelables. Renégocier les contrats à long terme. Offrir un large soutien aux consommateurs les plus vulnérables. Intégrer les infrastructures existantes. Une mise en oeuvre urgente de la législation existante.

 Une énergie bon marché, sans menace de pénurie est une des conditions préalables à la compétitivité de l’Union européenne et par là, à la croissance, à la création d’emplois nouveaux et à une amélioration du bien être des citoyens européens. A l’évidence autant de conditions pour sortir de la crise.

 

Cf. l’étude de Sami Andoura (Notre Europe-Institut Jacques Delors) sur les fondements de la solidarité énergétique en Europe : de l’indépendance à l’interdépendance http://www.notre-europe.eu/media/solidariteenergie-andoura-ne-ijd-juillet13.pdf?pdf=ok

 World economy Energy 2013 http://www.worldenergyoutlook.org/publications/weo-2013/

 

 

 


Classé dans:Actualités, BREVES

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