Le NSA russe à son tour sur la sélette au Parlement européen !

Posted by EU-Logos on 28/01/14

Le programme Sorm du FSB(ex KGB), a fait l’objet d’un débat  à la commission d’enquête du Parlement européen sur la « surveillance de masse ». Le Sorm est  un dispositif de surveillance aussi polémique que le PRISM américain. Sur le parcours de la flamme olympique, les fantômes de l’URSS et du KGB bougent encore…

 Le coup d’envoi des Jeux Olympiques d’hiver sera lancé à Sotchi en février 2014 entre la Mer Noire et les crêtes du Caucase Russe. De belles glissades vertigineuses et  rencontres sportives sur un fond de station balnéaire seront au programme. Seulement, l’actualité olympique ne se limite pas à cette célébration : effectivement l’opération russe de surveillance des échanges téléphoniques et électroniques organisée sur place constitue pourbeaucoup le revers la médaille. Rien, ni personne ne pourra échapper au programme « SORM » (System Investigate Activities), un système de surveillance mis au point par le régime de Vladimir Poutine et reposant sur la coopération des opérateurs téléphoniques et des fournisseurs d’accès Internet du pays.  Cela devrait permettre au FSB (ex-KGB) d’accéder directement à toutes les communications, qu’elles soient téléphoniques ou Internet, appels, SMS, chat, mail, réseaux sociaux…Il s’agit là d’un  des systèmes de surveillance les plus intrusifs de l’histoire des jeux olympiques. Alors que les caméras du monde entier seront tournées vers la Russie, le gouvernement Poutine, lui,  souhaite définitivement contrôler  le message et le messager. Il semble déjà évident que la vocation olympique qui est de promouvoir une société pacifique soucieuse de droits fondamentaux sera mise au rancart. Ainsi, si vous comptez participer aux festivités olympiques, faites attention à ce que vous dites, mots-clés et phrases sensibles seront enregistrées! Vous éviterez alors  peut-être de faire un tour par les geôles russes. « Par exemple, si quelqu’un vient à utiliser le mot Navalny en référence à l’un des plus importants opposants russes, il serait  possible de déterminer directement  qui l’emploie et à partir de quelle région », a rapporté Soldatov.

 Après des années d’investigation, Andrei Soldatov (journaliste)  et sa collègue Irina Borogan, nous ont affirmé au Parlement que le puissant « service secret » russe était devenu une entité complètement opaque et impénétrable. Ils accusent entre autres le FSB de restreindre l’espace public et d’entraver le travail des journalistes. Il a de même affirmé devant les députés européens, qu’il considère aujourd’hui le FSB comme plus dangereux que le KGB aussi puissant fut-il. En effet, le FSB (le plus grand service de renseignement russe), jouit d’une liberté illimitée et ne rend de comptes à personne (ni à son parti, ni au Parlement, ni aux autres services d’intelligence et encore moins à l’opinion publique). Cette différence avec le KGB trouve également son explication dans l’histoire : à l’époque soviétique, il n’y avait pratiquement pas de terrorisme en Russie, alors qu’actuellement le FSB doit faire face à de nouveaux défis si bien qu’il a fini par adopter des techniques très brutales contraires l’Etat de droit ( des disparitions, des assassinats politiques à l’étranger…) . Le FSB a changé la culture politique du pays et  l’Etat devient lui de plus en plus suspicieux.

Le programme PRISM  d’interception des communications et données personnelles aurait enfin trouvé une digne contrepartie en Europe grâce au dispositif que compte déployer le FSB russe pour les jeux, a révélé the Guardian. Selon Snowden, « Sorm serait tellement bien  implanté dans les architectures de communication que le système PRISM de la NSA ferait figure pâle à ses côtés ». Un professeur de l’Université de Toronto aurait parlé d’un « PRISM dopé aux stéroïdes »  dans le sens où le but recherché par les deux programmes est identique mais les capacités, elles diffèrent. Si l’on retrouve certaines préventions et limitations appliquées au programme PRISM, le système russe permettrait contrairement de tout intercepter  sans que l’utilisateur n’en soit averti, ni même parfois les opérateurs eux-mêmes.

 « Les opérateurs ne peuvent pas savoir à quel moment le FSB surveille qui et quoi », a confirmé Soldatov au Parlement par vidéo-conférence. Ainsi, même si pareillement à la NSA, la FSB doit techniquement se procurer un mandat pour intercepter des données, ce dernier ne doit pas être automatiquement présenté aux FAI et opérateurs. Selon les dires de notre journaliste, l’agence de renseignement russe n’aurait même pas besoin de communiquer avec le personnel des FAI, sachant que chaque ville russe est équipée de câbles souterrains  la reliant au siège  du département  local de l’agence. En outre, des lois exigent même que tous les fournisseurs d’accès internet et téléphone installent dans leurs infrastructures, des boîtiers SORM. En clair, il s’agit de l’obligation de fournir des lignes de connexion vers les centres d’écoute du FSB « de capacité au moins égale à la plus haute capacité offerte aux abonnés du FAI ».

 Les informations fournies par Snowden ont donc montré que PRISM avait des failles et des limites, et que SORM en tant que programme ultrasophistiqué aurait bien des leçons à enseigner à la NSA et  à ses agents en matière de surveillance numérique. Longtemps  redoutés en Russie comme à l’étranger, les services secrets russes ont beaucoup changé depuis l’époque soviétique, «  ils sont à présent bien pires ». D’après des informations obtenues auprès de la Cour Suprême de la Fédération de Russie, le nombre de conversations et e-mails interceptés a doublé en six ans passant de 265 en 2007 à 5 39 en 2012. Ces statistiques n’incluant pas (et de plus) les écoutes de contre-espionnages sur les citoyens étrangers.

 D’ailleurs, les implications de ce système de surveillance renforcé ont bien été comprises par les services secrets américains ayant enjoint les personnes se rendant  aux jeux olympiques de faire preuve d’une extrême prudence dans toutes leurs communications. Le département d’Etat américain a entre autres recommander aux hommes d’affaires de ne pas divulguer d’informations commerciales confidentielles ou encore de penser à retirer la batterie de leur téléphone quand celui-ci n’est pas utilisé.

 SORM est un programme censé cibler uniquement les pays de l’ex-URSS, pourtant certains députés telle  que Sophie In’t Veld  ont raison de craindre qu’il puisse s’étendre à l’ensemble des citoyens de l’Union. « A l’heure où le Parlement  européen et le Conseil négocient ensemble  un règlement et une nouvelle directive relatifs à la protection  des données personnelles et où ce sujet est rendu particulièrement sensible après la révélation de la surveillance des européens par l’organe américain NSA, un tel programme comparable au programme PRISM apparaît comme particulièrement menaçant pour la protection des données personnelles de nos concitoyens européens qui assisteront aux JO».

Ce qui pose également un problème aux députés, c’est cette absence de contrôle parlementaire sur les activités des services secrets russes usant de méthodes de plus en plus brutales qui fait qu’ils ressemblent davantage aux « moukhabarat » (polices spéciales du monde arabe) qu’aux anciennes agences soviétiques. Selon certains députés, cette collecte d’’information ne serait que le début d’une pratique plus systématique, les JO de Sotchi devant simplement servir de banc d’essai, de laboratoire pour le kremlin. Une fois les JO terminés, les  nouvelles technologies utilisées pour fouiller les foules et intercepter des communications pourront très bien être déployées ailleurs sur le territoire russe.

 Le problème réside tout simplement là : Alors que l’Occident possède une structure pour critiquer les abus, en Russie par contre personne n’est là pour rappeler le gouvernement à l’ordre. Aussi le débat sur la vie privée est quasi inexistant en Russie (nous rappellera Soldatov ce mercredi 22 janvier 2013). C’est malheureusement un des legs de l’ère de l’Union soviétique, les gens s’attendent toujours à ce que le gouvernement les espionne.  « Personne n’en parle, très peu se plaignent car se plaindre c’est attirer l’attention sur soi ; le kremlin est vraiment passé maître dans l’art de jouer sur les peurs des Russes ». Parallèlement, peu de journalistes russes  osent s’intéresser aux questions de droit à la vie privée et des libertés individuelles (la majorité des journaux ont aboli  leur département d’enquêtes après des années de pressions de la part du gouvernement ainsi que des rédacteurs en chef).

 Monsieur Soldatov nous a confié ceci : « en Russie, les journalistes sont libres de faire ce qu’ils veulent, mais ils savent qu’il y a une ligne à ne pas franchir ; le problème étant que personne ne sait où se trouve cette ligne jusqu’à ce qu’il l’ait  franchie ». Le comble du ridicule là-dedans ? C’est que la Russie se soit autocélébrée comme le pays de la liberté d’expression en accueillant le lanceur d’alerte Edward Snowden  alors qu’elle se dit  en même temps prête à user d’un logiciel encore plus performant que le logiciel américain « PRISM » de la NSA.

 Ajoutez à cela l’annonce russe d’agir avec fermeté contre toute protestation publique pour l’homosexualité et vous comprendrez alors le degré de liberté qui attend la jeunesse du monde pour ces JO. On se croirait soudain revenu aux JO de Berlin de 1936, l’époque où ceux-ci servaient avant tout à la « communication du régime nazi d’Hitler ».  Va-t-on cautionner de la même façon la Russie de Poutine ?  Ce qui équivaudrait en réalité à cautionner les infractions aux Droits de l’Homme.

 Où est passée cette fameuse et très louable trêve olympique ? La démesure de la paranoïa semble gagner toujours plus le Kremlin. La question qui se pose parmi nos députés pour les prochains mois est de savoir si la  Russie de Poutine est prête ou non pour un véritable partenariat avec l’UE sachant que ce pays peine encore à adhérer pleinement aux valeurs démocratiques que défend l’Union. L’UE continue les négociations au travers d’un dialogue régulier et sérieux qui devrait permettre d’aboutir à des engagements plus forts pour 2014. Lorsque la dissidence est étouffée, la seule façon de résister est de le faire en plus grand nombre.

  

Géraldine Magalhães

 

Pour en savoir plus :

       – .Russia’s communications interception practices (SORM),  Andrei Soldatov, Agentura.Ru, January 22, 2014

       -. Le Monde informatique- A.Geneste « Pour le JO de Sotchi, le Sorm du FSB fait beaucoup mieux que le Prism de la NSA, 10/10 /2013 ;http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-pour-les-jo-de-sotchi-le-sorm-du-fsb-fait-beaucoup-mieux-que-le-prism-de-

       -. Le Figaro- A.Barluet « Russie : les jeux olympiques de Sotchi mis sur écoute », 8 /10 /2013 ; http://www.lefigaro.fr/international/2013/10/08/01003-20131008ARTFIG00355-russie-les-jeux-olympiques-de-sotchi-mis-sur-

       -. Le Monde- H.Sallon « Les JO de Sotchi placés sur écoute par les services de sécurité russes », 30 /10 /2013 ; http://www.lemonde.fr/international/article/2013/10/30/les-jo-de-sotchi-places-sur-ecoute-par-les-services-de-securite-russes

       -. The Guardian- « Russia to monitor all communications at Winter Olympics in Sotchi”, 6/10/2013; http://www.theguardian.com/world/2013/oct/06/russia-monitor-communications-sochi-winter-olympics

       -. Wired- A.Soldatov, “In ex-Soviet states, Russian spy tech still watches you, 11/01/2013;http://www.wired.com/dangerroom/2012/12/russias-hand/all/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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