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Bilan accablant des six premiers mois de l’année par l’OMI (Organisation Internationale des Migrations). Exhortations de la Commission européenne , une fois de plus, des États membres à passer à l’action, alors que Guy Verhofstadt demande au président du Conseil des Ministres l’organisation d’un sommet extraordinaire, après une énième catastrophe en Méditerranée.

L’éloquence de Jean-Claude Juncker l’emportera-t-elle ? « Il faut essayer de jeter les ponts entre les idées nobles et la réalité des différentes situations politiques dans les Etats membres », c’est ainsi qu’il a tenté de résumer le rôle de son institution sur la douloureuse question des migrants et de leur accueil , vient-il de souligner dans une interview à l’AFP le 5 août dernier. Pas plus que les indignations renouvelées et vigoureuses de Guy Verhofstadt les appels du président de la Commission n’ont pas trouvé l’écho escompté dans les capitales européennes et le volontarisme de ces derniers mois reste fragile faute d’une concrétisation ample et durable. Qu’importe que Jean-Claude Juncker ait affirmé « que les ministres ont l’obligation d’agir » pour atteindre des « objectifs modestes face à l’ampleur du problème ». Qu’importe son appel aux dirigeants européens à ne pas « se laisser aveugler par la pensée populiste » alors que l’immigration est la première préoccupation des Européens selon un baromètre de l’opinion de la Commission (cf. autre article). « La situation à Calais me plonge dans le désarroi le plus complet » a-t-il confié dans ce même interview à l’AFP.

La Commission européenne a appelé jeudi 6 août les dirigeants européens à cesser de « se lamenter » devant le nouveau naufrage meurtrier au large de la Libye et à passer à l’action pour éviter de nouveaux drames.

« Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est du courage collectif de passer des déclarations aux actions concrètes, sinon les mots sonneront dans le vide », a averti l’exécutif bruxellois dans une déclaration commune signée par le vice-président, Frans Timmermans, la haute représentante pour la politique extérieure, Federica Mogherini, et le commissaire aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulmos.

« L’immigration n’est pas un sujet très populaire. Il est plus facile de rester à se lamenter devant son écran de télévision face à de telles tragédies que de prendre ses responsabilités et d’agir », ont ajouté les trois responsables de la Commission européenne.

Dans une lettre adressée au président du Conseil, Donald Tusk, le chef de file des eurodéputés libéraux de l’ALDE, Guy Verhofstadt, a souligné qu’il était « urgent » que l’UE s’adapte à la crise de l’immigration et aux pressions croissantes qui s’exercent aux frontières extérieures du bloc.

La crise ne cesse de s’accentuer .Plus de 180 000 immigrants ont traversé la Méditerranée en direction de l’Union européenne depuis le mois de janvier. On estime à plus de 2 000 le nombre de décès en mer, un chiffre qui ne cesse d’augmenter étant donné les conditions très précaires de la traversée. Plus de 80 000 migrants se trouvent dans des centres en Italie qui se trouve en première ligne, c’est la Sicile qui en accueille le plus grand nombre (plus de 15 000 soit22%) suivie par la Lombardie avec 9000 personnes et le Latium (8000 et 8%) . 137 000 migrants ont traversé la Méditerranée au cours des six premiers mois de 2015, c’est une hausse de 83% par rapport au premier semestre de 2014. Un sommet européen extraordinaire sur le sujet a eu lieu au mois d’avril, mais la situation a continué de dégénérer. Autant dire que si nouvel appel de Guy Verhofstadt ,s’il était suivi, n’apportera pas des solutions durables à l’instar du Sommet « extraordinaire du mois d’avril.

Le 5 août, plus de 360 immigrants ont été secourus au large des côtes libyennes par les garde-côtes italiens après le naufrage de leur bateau. Il y aurait 200 disparus.Des opérations de secours ont eu lieu jeudi 6 août, mettant à l’abri plus de 1 130 migrants en détresse sur quatre embarcations différentes. Lors de l’une de ces opérations, deux bateaux de Médecins sans frontières ont réussi à secourir plus de 600 personnes paniquées massées à bord d’un bateau de pêche similaire à celui qui a coulé mercredi, et qui menaçait lui aussi de se retourner à tout moment. « Si nous avions besoin d’un rappel de l’inadéquation du système d’asile et d’immigration européen, les morts de Calais et de la Méditerranée en témoignent », écrit Guy Verhofstadt à Donald Tusk. L’ancien Premier ministre belge souligne que la seule façon de prendre le dessus de la situation est de mettre en place une « solution efficace paneuropéenne », dans laquelle chaque pays partagerait une part du fardeau. Cette solution doit « aller plus loin que la réaction pitoyable prévoyant la réinstallation de 40 000 immigrés arrivés en Grèce ou en Italie », ajoute-t-il, en référence à la proposition avancée lors du sommet extraordinaire d’avril .Le dirigeant de l’ALDE préconise une plus grande solidarité entre les États membres, des mesures plus fortes pour empêcher l’immigration clandestine, et notamment une politique de retour volontaire renforcée, et l’ouverture de plus de canaux d’immigration légale.« Ni les autorités françaises, ni les autorités britanniques ne sont capables de résoudre la crise actuelle à Calais », qui a refroidi les relations entre Londres et Paris, déplore-t-il.

Guy Verhofstadt souhaite également que le règlement de Dublin soit remplacé par un « système d’asile européen centralisé, qui réparti les véritables réfugiés plus équitablement dans les pays européens ».Le règlement de Dublin prévoit que les demandeurs d’asile introduisent leur demande dans le premier pays européens où ils arrivent. Ils peuvent ensuite être renvoyés vers ce premier pays s’ils tentent de s’installer dans d’autres pays européens. Ce système engendre une pression extraordinaire sur l’Italie, la Grèce, ou la Hongrie où arrivent énormément de migrants. Guy Verhofstadt estime également que l’UE doit « s’attaquer aux causes du problème » en exigeant des réformes dans les pays d’origine des immigrants et en fournissant une aide au développement plus efficace.

Face à des réactions qualifiées de «pitoyables » par Guy Verhofstadt, est-il utile de souligner une fois de plus l’inadéquation du système d’asile et d’immigration européen ? Redisons que les morts de Calais et en Méditerranée n’en témoignent-ils pas encore plus éloquemment ? S’attaquer aux causes du problème, exiger des réformes dans les pays d’origine des immigrants en fournissant une aide au développement plus importante et plus efficace, ouvrir des voies légales pour que les migrants ne risquent plus leur vie : la tragédie du 5 août s’est déroulée à 15 miles des côtes. A qui peut-on faire croire qu’aucun accord, au moins pour les secours , n’est possible avec les gouvernements de Tripoli et de Tobrouk. A-t-on seulement cherché ? Alors que nous savons bien, nous, européens, qu’ériger des barricades, des murs, ne constitue pas une solution à quoi que ce soit. Le sort du mur de Berlin n’est pas si lointain dans les mémoires ! Ils sont autant de châteaux de sable dérisoire face à la montée de la marée.

 

Classé dans:Actualités, Conditions d'accueil des réfugiés, DIGNITE HUMAINE, DROITS FONDAMENTAUX, IMMIGRATION

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