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Le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière, a annoncé mercredi 19 août attendre cette année en Allemagne « jusqu’à 800.000 demandeurs d’asile », un record absolu, et a exhorté l’Union européenne à agir devant cette crise sans précédent. « Nous devons tabler sur 800.000 demandeurs d’asile », a indiqué le ministre du gouvernement Merkel, doublant ainsi les prévisions précédentes qui faisaient état de 400.000 à 450.000 demandeurs d’asile pour 2015.

L’Allemagne, déjà première destination des demandeurs d’asile dans l’Union européenne devant la Suède, doit faire face à « un vrai défi », a-t-il reconnu, alors que le nombre de demandeurs d’asile cette année devrait quadrupler par rapport aux 202.000 enregistrés en 2014.La hausse déjà spectaculaire depuis janvier a pris un tournant « dramatique » depuis le début de l’été. En juillet, quelque 38.000 personnes ont déposé une demande d’asile et sur les seuls 17 premiers jours d’août, ils ont été 50.000, a détaillé le ministre.

« Les flux migratoires via la mer Égée et les Balkans ont considérablement augmenté », a-t-il dit, soulignant également que la « situation en Grèce s’est détériorée » avec des arrivées massives de migrants, venus des zones de conflit comme la Syrie ou l’Irak et arrivant sur des îles grecques complètement dépassées. L’ONU a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme devant la menace de catastrophe humanitaire sur les îles de Kos ou Lesbos.

L’UE appelée à l’action . Thomas de Maizière a pointé du doigt, mais sans les nommer, certains de ses partenaires européens qui « n’accomplissent pas leurs devoirs » et ne respectent pas le droit européen en matière d’asile. Il va très prochainement aborder le sujet à Berlin avec son homologue français Bernard Cazeneuve. Certains pays comme l’Italie ou la Grèce, deux des principales portes d’entrée dans l’UE, sont accusés d’envoyer certains migrants vers d’autres Etats, notamment l’Allemagne. »Nous ne dédouanerons pas nos partenaires et la Commission (européenne) de leurs responsabilités », a-t-il jugé, « la Commission européenne doit agir contre les pays-membres qui n’assument pas leurs devoirs ». Un appel également lancé par le ministre de l’Economie social-démocrate, Sigmar Gabriel qui a accusé l’UE d’échouer lamentablement ».

  1. De Maizière a averti que, sur la durée, l’Allemagne « ne pouvait à elle seule assumer comme c’est le cas actuellement la prise en charge d’environ 40% des réfugiés et demandeurs d’asile qui arrivent en Europe ». L’Allemagne souhaite l’instauration dans l’UE de quotas de répartition, comme elle le pratique sur son territoire où chaque Etat régional se voit attribuer la prise en charge d’un certain pourcentage de demandeurs d’asile. « Une véritable politique européenne en matière d’asile » est nécessaire.

Le problème ‘honteux’ des Balkans . Le ministre a jugé à nouveau « inacceptable et honteux pour l’Europe » le nombre considérable de demandeurs venus de pays des Balkans et dont la requête n’a aucune chance d’aboutir. « Ils vont devoir quitter notre pays », a-t-il martelé.Sur les sept premiers mois de l’année, l’Allemagne a enregistré 218.221 demandes d’asile, soit plus du double (124,8%) que l’an dernier sur la même période, selon le ministère de l’Intérieur. Ce bond a été porté par une énorme augmentation des migrants venus du Kosovo, d’Albanie et de Serbie. De janvier à juillet, le nombre de Syriens cherchant refuge en Allemagne s’est également considérablement accru: de 16.616 sur les sept premiers mois de 2014 à 44.417 sur la même période cette année.Les autorités allemandes, débordées, se retrouvent ainsi devant un défi logistique majeur. Certains réfugiés sont hébergés sous des tentes, dans des containers ou dans des casernes de l’armée et de nombreuses communes, qui assument une grande partie du fardeau financier, ont tiré la sonnette d’alarme. Les administrations chargées d’enregistrer et examiner les demandes sont également complètement débordées: 250.000 demandes sont en attente à l’Office pour les migrations et les réfugiés. Il faut pourtant admettre que quasiment seule, l’Allemagne s’est organisé pour faire face à la différence de quasiment tous les autres qui n’ont rien fait de structuré et de durable, préférant le provisoire, l’urgence .

La chancelière Angela Merkel avait assuré dimanche 16 août sur la chaîne publique ZDF que le dossier des réfugiés allait occuper les Européens davantage que les plans de sauvetage financier pour la Grèce dans les années à venir. L’Allemagne jusqu’alors relativement discrète sur les demandeurs d’asile, malgré sa dimension évidemment européenne, elle vient de frapper un grand coup : « Le sujet va occuper les européens biens plus que la Grèce ou la stabilité de l’euro (…) la question pourrait bien être le prochain projet européen où nous verrons si nous sommes capables d’agir ensemble ». La barre est mise et elle est élevée

L’Allemagne connaît également une recrudescence des délits xénophobes, qui ciblent notamment les foyers de demandeurs d’asile, des actes qui ne sont « pas dignes de notre pays », selon Mme Merkel. Si l’on peut analyser le fond de la pensée de Angela Merkel disons avec prudence qu’elle estime que les migrations sont irrépressibles : il faut s’y faire et ne pas noircir exagérément le tableau de leurs conséquences et s’organiser dans la durée. Ces flux de réfugiés ne vont pas se tarir, il faut que nous nous organisions collectivement sinon nous allons avoir des catastrophes et tout deviendra incontrôlable.

« La situation n’est absolument pas satisfaisante » a constaté la chancelière mais des solutions pourraient être trouvées en mobilisant les réserves de personnel et les administrations. En Allemagne on va assister à un quasi doublement des effectifs de l’Agence chargée pour la migration et les réfugiés. Merkel a aussi souhaité une plus grande harmonisation des procédures d’asile, notamment par l’établissement au niveau européen d’une liste des pays sûrs dans les quels les gens ne sont pas victimes de persécutions : prés du tiers des migrants arrivant en Allemagne provient des Balkan et l’Agence allemande (BAMF)a classé tous les pays des Balkans comme sûrs, privant ainsi de façon quasi automatique leurs ressortissants du statut de demandeur d’asile. Faut-il dés lors s’étonner que 99% des ces demandeurs soient déboutés mais ils encombrent de plus en plus les circuits administratifs au détriment des autres demandeurs comme les afghans , syriens, irakiens etc .. La Convention de Dublin ne peut plus s’appliquer en l’état a estimé la chancelière qui a indiqué vouloir en parler avec Jean-Claude Juncker et François Hollande.

Le cas allemand ne doit pas nous faire perdre de vue que la Grèce reste en première ligne. L’agence Frontex a annoncé que 107.500 migrants étaient entrés en Grèce au mois de juillet. Un nombre record de migrants sont arrivés dans l’UE au mois de juillet, touchant en premier lieu les côtes grecques.

Dans les îles grecques, près de 21.000 migrants sont arrivés par la mer les premiers jours du mois , fuyant la guerre, la violence et la misère en Syrie, Irak ou en Afghanistan, a de son côté averti l’ONU, demandant aux autorités grecques de leur venir en aide en urgence malgré la grave crise économique que traverse le pays. En une semaine, indique le Haut-commissariat pour les réfugiés, il y a eu autant d’arrivées en Grèce que sur 6 mois en 2014. « C’est une situation d’urgence pour l’Europe, demandant à tous les pays membres de l’UE d’apporter leur soutien aux autorités nationales qui accueillent massivement des migrants à leurs frontières », a souligné le directeur de Frontex, Fabrice Leggeri.

L’UE s’est engagée vendredi 14 août à soutenir financièrement la Grèce, débordée par l’explosion du nombre d’arrivants. Mais les pays membres rechignent à mettre en place les mesures proposées par la Commission européenne, visant à soulager les pays les plus concernés comme l’Italie et la Grèce, et à mieux répartir les réfugiés dans toute l’Europe.

Des îles grecques débordées. Le HCR a demandé le 18 août à la Grèce un renforcement « d’urgence » des structures d’accueil sur les îles et dans le reste du pays, la mise en place d’une « structure unique chargée de coordonner la réponse d’urgence » à cette crise, et d’un « mécanisme d’assistance humanitaire adéquat ». Entre le 1er janvier et le 14 août 2015, près de 160.000 migrants sont arrivés par la mer en Grèce, auxquels il faut ajouter ceux arrivées par la terre, via la frontière gréco-turque. Durant la même période, plus de 2.400 migrants ont perdu la vie en voulant traverser la mer Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Récemment encore, le 18 août, cinq migrants syriens sont morts lorsque leur embarcation s’est retournée et a coulé, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’île de Kos depuis la ville turque de Bodrum. Le nombre de nouvelles arrivées par nuit sur l’île de Kos est variable, selon le coordinateur de l’aide d’urgence du HCR en Grèce, Roberto Mignone.« Il y a deux nuits, quelque 650 personnes ont été secourues, et la nuit dernière, il y en a eu 250 », a précisé M. Mignone à l’AFP.1.750 migrants sont actuellement à bord d’un ferry envoyé par les autorités grecques au large de l’île de Kos, dans l’attente d’être enregistrés pour poursuivre leur périple vers Athènes ou vers le nord de l’Europe.« Nous estimons qu’il y a encore 2.500 migrants sur l’île en ce moment », a ajouté M. Mignone. L’afflux inédit de migrants mène par ailleurs l’île touristique de Lesbos près de la « rupture », avec plus de 2.000 arrivées par jour, selon l’ONG International Rescue Committee (IRC). Près de 6.500 réfugiés ont dormi sur Lesbos le lundi soir 17 août, selon l’IRC. Les ferries pour se rendre en Grèce continentale sont complets jusqu’au milieu de la semaine prochaine, alors que le nombre d’arrivées continue d’augmenter.« Si d’autres bateaux ne se rendent pas disponibles, le nombre total de réfugiés sur l’île, qui compte 90.000 habitants en temps normal, pourrait monter à 20.000 », selon une déclaration de l’IRC faite à Kos .La semaine précédente, le nombre d’arrivées à Kos avait atteint 7.000, avec des temps d’attente interminables, et presque pas d’aide alimentaire, sauf de la part de touristes et d’habitants apitoyés. Il n’y a pas non plus de logement prévu sur l’île, même si un camp de 90 mobil-homes s’est ouvert dimanche à Athènes, pouvant accueillir 600 à 700 personnes, avec toilettes, douches et air conditionné.« Il y a eu quelques efforts de la part des autorités grecques, quelques améliorations, mais la situation reste très compliquée », a remarqué M. Mignone. Le traitement des dossiers est notamment assez lent, et il n’y a pas assez de policiers déployés pour enregistrer les demandes.

Décidément cela ne peut plus durer !

 

 

Classé dans:conditions d’accueil des réfugié_s, DROITS FONDAMENTAUX

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