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L’Europe s’enferme dans «une situation de déni» face à l’arrivée massive de migrants, qui fuient pour beaucoup des zones de guerre et de violences, a dénoncé le 20 août dernier le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Portugais Antonio Guterres. Au lieu de gérer cet afflux en fonction des besoins des sociétés européennes, «nous sommes dans une situation de déni», a-t-il dit dans un entretien avec l’AFP au siège du HCR à Genève.«Ceux qui profitent de cette situation sont les passeurs et les trafiquants», a-t-il souligné.

Pointant certains phénomènes comme la faiblesse des taux de fécondité en Europe et la pénurie de main-d’oeuvre dans certains secteurs, M. Guterres a estimé que «les migrations offrent une partie de la solution aux maux européens».Il appelle en conséquence à une réponse européenne à la crise des migrants, «puisque aucun pays ne peut le régler tout seul».

A cet égard, tous les pays ne se valent pas dans leur traitement du problème, a-t-il par ailleurs remarqué : «Force est de constater qu’en Europe, certains pays font un excellent travail, tandis que d’autres ne font pas le leur». M. Guterres a ainsi vanté les systèmes de gestion de demandes d’asile en Suède et en Allemagne. Raison pour laquelle, selon lui, environ la moitié de ces demandes sont faites dans ces deux pays. Au contraire, certains Etats, notamment en Europe de l’Est, ne se sont pas montrés à la hauteur de la tâche, a-t-il jugé, condamnant en particulier la décision de la Slovaquie annoncée jeudi d’accepter 200 réfugiés, mais seulement s’ils étaient chrétiens.

«La relocalisation est une chose qui doit être décidée en fonction de la vulnérabilité (des demandeurs), sans aucune forme de discrimination de religion», a-t-il insisté. Ce type d’attitude constitue à ses yeux une réaction «plus émotionnelle que rationnelle», qui n’empêchera pas le fait qu’il faille s’attendre à une augmentation du phénomène «dans le futur proche».

C’est ce même déni qui pousse aux illusions des murs que l’on construits, une tentation dérisoire, régulièrement condamnée par les autorités européennes. L es inquiétudes sécuritaires et les désirs d’endiguer l’immigration illégale font s’élever des murs de par le monde, même si les experts doutent de leur efficacité à long terme. Il y a un quart de siècle, à la chute du mur de Berlin, il y avait 16 murs défendant des frontières dans le monde. Il y en a aujourd’hui 65, terminés ou en voie de l’être, selon la chercheuse Elisabeth Vallet, de l’université de Québec. Du mur de séparation israélien (le « mur de l’apartheid » pour les Palestiniens), à la barrière de barbelés de 4.000 kilomètres que l’Inde construit à sa frontière avec le Bangladesh, ou à l’énorme digue de sable qui sépare le Maroc des régions tenues dans le Sahara par la rébellion du Polisario: les murs et les barrières sont de plus en plus prisés par les politiciens désireux de paraître fermes sur les questions de migrations et de sécurité.

En juillet, le gouvernement conservateur hongrois a entamé l’édification d’une barrière de quatre mètres de haut le long de sa frontière avec la Serbie, pour tenter d’entraver le flot de réfugiés fuyant la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan. « Nous avons abattu les murs récemment en Europe », a alors commenté un porte-parole de l’Union européenne, « nous ne devrions pas en bâtir de nouveaux ».

Trois autres pays – le Kenya, l’Arabie Saoudite et la Turquie – fortifient leurs frontières pour empêcher les infiltrations de jihadistes venant de pays voisins, la Somalie, l’Irak et la Syrie. En fait, les murs ne changent rien aux causes profondes de l’insécurité ou de l’immigration : l’érection de toutes ces barricades n’a en rien enrayé la hausse des demandes d’asile ou des attaques terroristes. Elles ont simplement conduit les groupes à s’adapter. Ce sont des décors de théâtre ont pu dire certains. La fermeture des frontières ne fait que déplacer le problème, conduisant les migrants à travers de terribles déserts ou sur des bateaux de fortune en Méditerranée. Cela ne fait qu’augmenter le nombre des victimes ». Ils sont sans doute nécessaires pour les politiciens. Il est plus difficile pour l’opinion d’accepter le fait que la coopération diplomatique et le partage des informations sont beaucoup plus efficaces à long terme.

 

Classé dans:conditions d’accueil des réfugié_s, DROITS FONDAMENTAUX

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