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Angela Merkel bouscule tout le monde : la chancelière a su convertir la droite à une ouverture envers les étrangers. Elle l’a confirmé en informant que les Syriens seraient accueillis en Allemagne, et en visitant un foyer de réfugiés incendié. Elle a lancé un débat que ses partenaires de l’Union avaient choisi d’éviter. Le commissaire aux droits de l’homme a salué cette démonstration de solidarité : « la bonne chose à faire, j’espère que d’autres suivront ». La Commission européenne peut légitimement y voir un soutien important à sa stratégie et va lui permettre de revenir à la charge après avoir essuyé bien des rebuffades. L’Allemagne a pris ses responsabilités que les autres en fassent autant. Son principal allié, la France, l’accompagne prudemment : que veut dire être partisan d’une solution équitable. Cela n’engage à rien ou à peu de chose.

La chancelière allemande a-t-elle réagi trop lentement pour condamner l’attaque d’un foyer de demandeurs d’asile le week-end dernier par des manifestants néonazis dans la petite ville saxonne d’Heidenau ? Cette question, qui échauffait encore les réseaux sociaux jusqu’à peu, ne se pose plus. , Angela Merkel est en effet allée rendre visite aux demandeurs d’asile d’Heidenau. Et en dépit des sifflets de 200 à 300 manifestants d’extrême droite qui ont profité de la couverture médiatique, elle y a condamné sans ambiguïté ces débordements haineux.«Il faut le dire clairement : il n’y aucune tolérance vis-à-vis de ceux qui remettent en question la dignité d’autrui», a-t-elle prévenu. Des « pro réfugiés » ont contre-manifesté et à Dresde dit bienvenue aux réfugiés et immigrés le 29 août dernier, comme il y a quelques mois, ils avaient manifesté pendant plusieurs semaines contre Pegida l’obligeant à rentrer dans le rang, peut-être provisoirement. Les sondages montrent que la population allemande, dans une majorité de 60%, est en faveur d’une attitude généreuse, humaine, équitable.

Puis l’Allemagne a annoncé qu’elle renonçait à renvoyer les Syriens vers leur pays d’entrée dans l’UE, décision déjà discrètement mise en œuvre. «L’Europe est dans une situation qui n’est pas digne de l’Europe, il faut tout simplement le dire», a lancé Merkel. Une initiative qui est restée à ce jour inédite en Europe comme l’a confirmé le porte-parole de la Commission européenne. Personne n’a saisit l’occasion, préférant faire des commentaires de toute nature, des redites, certes pas tous inutiles .

La veille, elle avait aussi condamné les violences «abjectes» des militants d’extrême droite à Heidenau, considérant «tout aussi honteux que […] même des familles avec enfants les soutiennent». «Dans cette affaire, on peut se dire que la police saxonne, qui compte 31 blessés, aurait pu réagir plus rapidement et que les autorités régionales devront peut-être rendre des comptes sur la gestion de la situation», estime l’un des principaux spécialistes allemands de l’extrême droite et des questions migratoires, Hajo Funke .

«Mais la réalité, c’est que les sondages montrent que 60 % de la population allemande voit les choses de manière positive et pense que l’Allemagne est capable de faire face au défi de l’intégration de centaines de milliers de réfugiés. De très nombreuses initiatives privées d’aide aux réfugiés ont déjà vu le jour. C’est un fait totalement inédit dans l’histoire allemande», estime le professeur Funke, qui considère qu’au terme d’un processus d’apprentissage démarré dans les années 90, «les grands partis politiques démocratiques, à quelques exceptions près, ont peu à peu cessé d’utiliser les questions de l’immigration, de la nationalité et du droit d’asile à des fins idéologiques et politiciennes. Sur ce point, Mme Merkel a toujours joué la carte de l’ouverture. Sur la question des étrangers, elle n’est ni national-conservatrice, ni même conservatrice».

Si Angela Merkel n’a pas particulièrement innové, les experts s’accordent cependant sur un point : c’est bien sous sa houlette que la droite allemande a accepté l’immigration. «Sans le dire clairement, elle a inscrit son action dans la ligne impulsée par les gouvernements rouge-vert et de Schröder qui ont rénové le droit de la nationalité et mis l’accent sur l’intégration des étrangers», précise Hajo Funke. En raison de ses bonnes performances économiques , l’Allemagne a su mettre la main à son porte-monnaie et elle s’est organisée, imparfaitement, mais la seule. De plus longue date que ses voisins elle a pris conscience qu’il s’agissait d’un phénomène à régler dans la longue durée. Maintenant c’est une banalité de le dire mais cette prise de conscience est très récente. Qu’importe que dans un moment de découragement Angela Merkel a pu reconnaître et dire que sa politique dite « multiculturelle » a échoué, mais tout n’était pas à jeter avec l’eau du bain. L’intention y était et c’était déjà beaucoup.

Thomas Schnee dresse dans un Libération paru au cœur de l’été le bilan allemand en la matière. Les gouvernements Merkel successifs ont peu à peu modernisé le droit des étrangers et simplifié le droit d’asile, notamment en facilitant leur accès au marché du travail. Le renforcement du dialogue interculturel et interreligieux ou encore la question de l’enseignement de l’islam à l’école ont aussi conduit à la création de la Conférence sur l’islam, un cadre permanent de rencontres entre représentants des communautés religieuses musulmanes et de l’Etat fédéral. De manière générale, on peut constater la volonté d’ouverture du monde politique allemand, qui s’est engagé en faveur d’un discours positif à l’égard des étrangers.

D’autres facteurs ont également joué. Le vieillissement démographique de l’Allemagne, conjugué à une économie high-tech qui tourne à plein régime, laisse prévoir une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée. Aujourd’hui, les patrons allemands ont donc rejoint le chœur de ceux qui veulent accueillir et intégrer les étrangers le plus vite et le mieux possible. Le PDG de la Poste, Frank Appel, a récemment rappelé que l’économie avait 500 000 postes vacants et a promis d’embaucher des réfugiés dès que leur situation juridique le permettra.

«On peut reprocher aux gouvernements successifs de ne pas avoir suffisamment combattu la violence et les débordements de l’extrême droite allemande. Dans le même temps, paradoxalement, l’existence d’une frange dure de quelques milliers de néonazis prêts à tout peut expliquer pourquoi nous n’avons pas vu s’établir chez nous un parti nationaliste et xénophobe. Si l’on prend l’exemple de Pegida et du parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne, on note ainsi que ces deux mouvements, qui auraient pu adopter ce rôle, ont chaque fois été débordés et discrédités par ces éléments violents», analyse Funke. Résultat, la droite «merkelienne», qui n’a pas non plus manqué de constater que la droitisation de l’UMP sous Sarkozy avait avant tout profité au FN, a toujours refusé d’écouter les sirènes xénophobes.

La chancelière allemande a-t-elle réagi trop lentement pour condamner l’attaque d’un foyer de demandeurs d’asile le week-end dernier par des manifestants néonazis dans la petite ville saxonne d’Heidenau ? Cette question, qui échauffait encore les réseaux sociaux jusqu’à peu, ne se pose plus. Mercredi, Angela Merkel est en effet allée rendre visite aux demandeurs d’asile d’Heidenau. Et en dépit des sifflets de 200 à 300 manifestants d’extrême droite qui ont profité de la couverture médiatique, elle y a condamné sans ambiguïté ces débordements haineux.«Il faut le dire clairement : il n’y aucune tolérance vis-à-vis de ceux qui remettent en question la dignité d’autrui», a-t-elle prévenu.

Comment expliquer ce comportement ? Simplement parce que la situation de l’emploi est bonne, les finances publiques également, la compétitivité également, les chiffres du commerce extérieur sont bons, l’image de la chancelière est bonne, alors malgré les difficultés rencontrées l’allemand se sent finalement bien dans sa peau !

Cette politique menée sans relâche va-t-elle avoir des effets sur les voisins européens ?L’Europe veut agir ? Viktor Orban une fois de plus inquiète et l’ONU saura-t-elle convaincre et mobiliser,

Plusieurs dirigeants européens sont intervenus dimanche 30 août en faveur du droit d’asile des réfugiés au moment où des migrants continuaient de franchir par centaines la frontière serbo-hongroise, une des portes d’entrée de l’UE, en dépit de l’achèvement d’une clôture de barbelés censée les contenir. Les déclara tions de Orban restent inquiétantes.

Le Premier ministre français et les chefs de la diplomatie italienne et française se sont prononcés pour une action rapide en faveur de l’octroi de l’asile aux réfugiés, tandis que Berlin, Londres et Paris appelaient à une réunion ministérielle dans les deux prochaines semaines « pour avancer concrètement » face à la crise migratoire.

Dans un communiqué commun, les ministres français, allemand et britannique de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, Thomas de Maiziere et Theresa May rappellent notamment « l’urgence de mettre en place, et au plus tard avant la fin de l’année » en Grèce et en Italie des « hot spots », des centres de tri destinés à faire la distinction entre personnes pouvant relever du statut de réfugiés et migrants économiques clandestins. Les trois ministres ont souhaité également l’établissement, « très rapidement », d’une « liste des pays d’origine sûre » afin de « compléter le régime d’asile européen commun, protéger les réfugiés et assurer l’effectivité des retours des migrants illégaux dans leurs pays ».

L’Italie fera de l’obtention d’un droit d’asile européen « la bataille des prochains mois », a affirmé dimanche le président du Conseil Matteo Renzi. « L’Europe doit cesser de s’émouvoir et commencer à se mouvoir. On doit choisir enfin (…) d’avoir une politique d’immigration européenne, avec un droit d’asile européen », a-t-il martelé dans une interview au quotidien Corriere della Sera. Les migrants qui « fuient la guerre, les persécutions, la torture, les oppressions, doivent être accueillis », a abondé dimanche le Premier ministre français, Manuel Valls. « Chaque demande d’asile doit être examinée, rapidement », a ajouté M. Valls lors d’un discours à La Rochelle à l’université d’été des socialistes . Les « migrants doivent être traités dignement, abrités, soignés ».

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a pour sa part jugé dimanche « scandaleuse » l’attitude de certains pays de l’est de l’Europe face à la crise des réfugiés. »Quand je vois un certain nombre de pays d’Europe qui n’acceptent pas les contingents (de répartition des exilés, NDLR), je trouve ça scandaleux », a-t-il déclaré aux médias Europe 1, i-Télé, et Le Monde, en précisant que ces pays se trouvent « dans l’est de l’Europe ».

Le pape François a dénoncé dimanche la mort de 71 migrants — probablement syriens — découverts jeudi dans un camion abandonné sur l’autoroute Budapest-Vienne, demandant une « coopération efficace » contre « des crimes qui offensent l’humanité entière ».

Pendant ce temps, des centaines de migrants ont continué dimanche de franchir la frontière serbo-hongroise, en dépit de l’achèvement d’une clôture de barbelés par la Hongrie sur les 175 km de frontière. En début de matinée, un groupe de quelque 200 personnes a passé la frontière, a constaté un journaliste de l’AFP, et d’autres migrants ont ensuite suivi régulièrement. La police a indiqué que 3.080 personnes avaient traversé samedi 29 août la frontière. Dimanche 30 août, rares étaient les migrants à entrer en Hongrie en se faufilant sous la clôture de barbelés, sur laquelle on pouvait voir de nombreux lambeaux de vêtements. La grande majorité empruntait la voie de chemin de fer où aucune barrière n’a été érigée, et où les trains ne passent qu’à très faible allure. Les autorités hongroises ont installé pour les migrants des tentes, des toilettes mobiles et des bacs à ordures. A leur arrivée, ils sont emmenés dans un camp d’enregistrement pour réfugiés. On pouvait également voir des membres des forces spéciales de la police, en train de longer les champs avec des chiens en muselière.

Les dernières déclarations de Viktor Orban son inquiétantes, non seulement en raison de la position stratégique, en première ligne, de la Hongrie dans la crise migratoire mais aussi par les encouragements qu’il donne à d’autres : ainsi les populistes suédois viennent de réclamer un référendum, d’autres l’ont fait d’autres le feront , ils attendent simplemnt que l’émotion se tasse.

En première ligne de l’espace Schengen sur la route des Balkans la Hongrie a décidé, rappelons le, de fermer sa frontière avec la Serbie et va engager les service d’une agence de communication pour le faire savoir. La majorité au Parlement hongrois a fait adopter, une fois de plus, une motion violente aux intentions politiques anti-européennes évidentes : «la politique irresponsable de Bruxelles est la principale cause pour laquelle des gens meurent ». Pour le Fidesz de Orban et son principal allié, le KDNP, cette nouvelle tragédie montre toute « la honte de la politique européenne ». Le texte appelle « les chefs de l’Union à écouter la voix des gens. Revenez sur le chemin de la raison et protégez l’Europe et ses citoyens ! » Nous sommes loin des réactions de l’opinion publique allemande et de la presse qui à l’image du grand journal populaire Bild Zeitung admoneste un peu tout le monde en les invitant à les aider, les immigrés et les réfugiés .

En attendant le gouvernement hongrois s’apprête à durcir son arsenal législatif. Il veut créer lelong de la frontière avec la Serbie une zone de 60 mètres de large où il se réserve le droit d’interner tous les migrants si leur nombre dépasse un certain seuil : serait alors décrété un état d’urgence. Une loi va être adoptée dans les jours qui viennent pour entrer en vigueur à la mi-septembre. Franchir illégalement la barrière, aujourd’hui simples rouleaux de fis barbelés, d’ici décembre un mur de plusieurs mètres de haut coûtera jusqu’à trois ans de prisons et l’endommager jusqu’à cinq ans. Le gouvernement Orban veut aussi faire intervenir l’armée contre les migrants comme le réclame depuis longtemps le parti d’extrême droite Jobbik. Déjà est en place une force spéciale de 2000 hommes « les chasseurs frontaliers opérera dans cette zone sensible.

Allemagne, Hongrie deux pays dans la même Union européenne comment est-ce possible ? Comment cela peut-il exister durablement ? D’un côté un « mur » qui sera une fois de plus inefficace, de l’autre côté dans les stades des supporters de football agitant des banderoles indiquant que les migrants sont les bienvenus.

Ban Ki moon : « Faire davantage ! » Plus de détermination pour résoudre les conflits.

Il faut faire bien davantage pour régler la crise migratoire en Europe, a affirmé vendredi le 28 août le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, annonçant une réunion sur le sujet en marge de l’Assemblée générale de l’instance fin septembre. Dans un communiqué, Ban Ki-moon se déclare «horrifié et affligé par la mort de réfugiés et de migrants» dans ces régions. Il faisait référence à la découverte de 71 cadavres de migrants, probablement originaires de Syrie, dans un camion en Autriche et au naufrage qui a fait au moins 76 morts parmi des migrants tentant de gagner l’Italie depuis la Libye.

Il a annoncé à cette occasion l’organisation d’une réunion sur ce dossier le 30 septembre à New York en marge de la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU.

«Je lance un appel, a-t-il dit, à tous les gouvernements impliqués pour qu’ils fournissent des réponses globales, qu’ils développent des canaux légaux et sûrs de migration et qu’ils agissent avec humanité, compassion et respect de leurs obligations internationales». Et d’ajouter: «Quand ils examinent les demandes d’asile, les Etats ne doivent pas faire de différences fondées sur la religion ou l’identité, et ils ne peuvent pas non plus forcer les gens à retourner dans des endroits qu’ils ont fui s’il existe des risques patents de persécution ou d’attaque».

«Ce n’est pas seulement une question de droit international, c’est aussi notre devoir en tant qu’êtres humains», a affirmé Ban Ki-moon.

Il a aussi encouragé les gouvernements «à faire preuve de davantage de détermination pour résoudre les conflits et autres problèmes qui forcent les gens à fuir». «Sans cela, le nombre des déplacés, plus de 40 000 par jour, ne fera qu’augmenter».

Les autorités européennes ont été choquées par les informations tragiques que nous connaissons tous, ces violences constituent un avertissement à l’UE pour qu’elle se mette au travail et fasse preuve de solidarité . Les propositions sont sur la table dans le cadre de l’Agenda européen sur les migrations. Le 9 septembre, à Strasbourg, lors du discours sur l’état de l’Union Jean -Claude Juncker, fera en sorte que ce discours soit dominé par le sujet des migrations qu’il a placé dès sa campagne pour son élection à la présidence de la Commission tout en haut de ses priorités politiques et n’a cessé de le rappeler régulièrement .

Pour en savoir plus :

-. Centre d’actualités des Nations Unies : appel de Ban Ki moon http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35453

– . Le cap des 300 000 migrants ayant franchi la Méditerranée est atteint selon le HCR http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35452

-. Le HCR appelle l’Europe à accélérer la formulation de sa réponse à la crise migratoire http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35433

 

Classé dans:CITOYENNETE EUROPEENNE, Conditions d'accueil des réfugiés, DIGNITE HUMAINE, DROITS FONDAMENTAUX

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