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Depuis 2011, l’Union européenne est confronté à une très forte augmentation des flux migratoires provenant du Nord de l’Afrique et de la partie Est de la Méditerranée. Les causes de cette augmentation ont été liées à plusieurs facteurs, comme les guerres civiles (Syrie), les crises humanitaires, et surtout la naissance de l’Etat islamique. En 2014, les flux migratoires ont considérablement augmenté, notamment ceux qui suivent l’itinéraire de la Méditerranée centrale et orientale. Le nombre de personnes empruntant l’itinéraire de la Méditerranéen orientale se monte à 182 740, et la plupart des migrants proviennent de Syrie, d’Irak, et d’Afghanistan. Une très grande proportion de ces personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays et il est fréquent que les réfugiés cherchent dans un premier temps refuge dans un pays voisin. En effet, le Liban, la Jordanie, et la Turquie sont les pays qui, pour l’instant accueillent la majeure partie de réfugiés. L’Union européenne veut s’engager dans l’aide aux réfugiés, d’une part en mobilisant des instruments financiers essentiels, d’autre part en luttant contre les causes profondes de l’immigration irrégulière et le phénomène des personnes déplacées en Afrique. Dans cet article seront analysées les réactions de l’Europe devant l’émergence du phénomène migratoire, en mettant l’accent sur les accords avec la Turquie.

La crise actuelle touche plusieurs régions et pays.

Premièrement, en Syrie et en Irak depuis la naissance de l’Etat islamique la situation humanitaire est devenue préoccupante. Plus de 4 millions de Syriens ont fui leur pays et la grande majorité se trouve au Liban, en Jordanie et en Turquie. Dans ce cas, l’Union a voulu développer des liens de coordination afin de pouvoir gérer l’entrée et l’enregistrement des demandeurs d’asile. En ce qui concerne le cas irakien, en 2015, la Commission européenne a consacré 65,55 millions d’euros d’aides humanitaires.

Deuxièmement, l’Union a aussi donné son appui aux pays des Balkans occidentaux non membres de l’UE qui sont situés à la frontière syrienne ou sur le trajet de la route dite « route des balkans. La Commission a , par exemple, déjà approuvé, pour la Serbie et la Macédoine, 1,75 million d’euros afin de fournir de l’aide aux réfugiés qui passent en Hongrie.

Troisièmement, la forte pression démographique et environnementale, les guerres civiles, les institutions fragiles, la radicalisation religieuse, et l’extrême pauvreté font de l’Afrique une source de préoccupation pour l’agenda européen.

Le 8 octobre 2015, pendant la Conférence à Haut Niveau tenue au Luxembourg le Conseil de l’UE a adopté une déclaration sur la marche à suivre avec les pays tiers pour faire face à l’urgence de la migration. En faisant appel à ses principes fondamentaux, l’UE a exprimé sa volonté d’augmenter son engagement pour gérer les 4 millions de syriens réfugiés en Jordanie, au Liban, et en Turquie. La situation de laTurquie a été particulièrement prise en considération à l’échelle internationale, et c’est pour cette raison que lors de la Conférence, l’Union européenne a décidé d’adopter une approche très solidaire, en exprimant l’intention de:

-. Augmenter son soutien à la Turquie à travers les aides économiques, en incluant les contributions du secteur privé, e les financements de chaque Etat membre,

 

-. Améliorer l’échange d’informations utiles, documentation et assistance, en incluant le domaine légal,

 

-. Promouvoir l’accès à l’instruction, au marché du travail, à l’emploi, et au service de formation,

 

-. Travailler en contact avec l’UNHCR et l’organisation mondiale pour les migrations pour s’assurer que toute la communauté internationale puisse intervenir pour améliorer la condition des réfugiés.

La coopération entre l’UE et la Turquie sur le sujet de la migration a été si importante que le 15 octobre 2015 a été approuvé le «Joint Action Plan», afin de trouver une façon pour partager les efforts, et faire face aux milliers de syriens qui chaque jour franchissent la frontière turque. Ce plan prévoit une série d’actions de collaboration dans le but de faire face aux défis communs de manière concertée et à compléter les efforts de la Turquie dans la gestion du grand nombre de personnes qui ont besoin de protection. L’Union européenne – les institutions et les États membres – se sont engagés à accroître l’engagement politique avec la Turquie, en lui fournissant, avec un soutien financier de 3 milliards d’euros, une aide imminente pour une assistance immédiate aux demandeurs d’asile, une accélération de la réalisation de la libéralisation des visas, de l’enregistrement, de l’aide aux autorités pour surveiller les frontières, de l’aide pour éviter l’immigration illégale et le trafic d’êtres humains, et des pouvoirs pour améliorer les rapports de coopération et collaboration avec FRONTEX. De son côté, la Turquie s’est engagée à continuer l’implémentation les lois pour la protection des étrangers et la protection internationale, fournir les documents nécessaires pour le développent d’une stratégie commune, et faciliter l’intégration. Afin de prévenir l’immigration irrégulière, la Turquie a exprimé la volonté de fortifier les contrôles en collaboration avec les autorités bulgares et grecques, et d’intensifier l’échange d’informations avec les États membres de l’UE.

Pendant la réunion des chefs d’Etat du 29 novembre 2015, à Bruxelles, le Conseil de l’Union européenne a bien exprimé l’intention d’incrémenter l’engagement de l’UE afin de réussir à fournir les 3 milliards d’euros dans les plus brefs délais possibles, afin de diminuer les dépenses de la Turquie qui se montent déjà à 8 milliards d’euros. De plus, la Commission LIBE (liberté civile, justice et affaires intérieurs) lors de sa séance du 19 janvier 2016, avait proposé un projet de résolution «sur la situation en Méditerranée et sur la nécessité d’une approche globale des migrations de la part de l’Union européenne», en évoquant la nécessité de collaborer avec la Turquie, et en soulignant que toutes les parties doivent satisfaire à leurs engagement découlant du «Joint Action Plan» de 2015, y compris la lutte contre les causes à l’origine de l’afflux massif de syriens, c’est-à-dire le régime de Bachar el-Assad, et notamment la présence de l’Etat islamique.

 

Finalement, le 3 février 2016, lors de la conférence de Londres, l’UE a approuvé les modalités du financement des fonds d’aide aux 2,5 millions de réfugiés syriens vivant en Turquie : les 3 milliards aideront à améliorer l’accès à l’éducation et à la santé. Selon l’accord, la Commission s’est engagée à donner 1 milliard d’euros, qui sera pris du budget de l’UE. Les États membres seront chargés de donner 2 milliards : les crédits d’engagement portent sur les années 2016 et 2017 et les paiements se feront jusqu’en 2019. La clef de la répartition retenue est celle du PIB: l’Allemagne contribuera avec 427 millions d’euros (21,4 % de la somme totale), suivie par le Royaume-Uni (16,4 %), la France (15,5 %), et l’Italie (11,1 %).

 

Le 4 février, Federica Mogherini, Haute Représentante européenne pour les affaires étrangères, a fait valoir que l’engagement économique doit être suivi par celui humanitaire. Face aux naufrages, à la crise humanitaire, et à l’émergence politico-sociale en Syrie, l’UE devrait adopter une approche globale. En effet, il est question de travailler avec la Jordanie et le Liban, car investir sur ces pays veut dire améliorer la sécurité de l’Union. D’autre part, un bon rapport diplomatique avec la Syrie est essentiel. Le plan pour les aides sera repris le 17 février lors du sommet pour donner déjà une partie de la somme convenue. L’Europe montre au niveau concret son engagement vers les pays touchés par la crise humanitaire, et les rapports de coopération avec la Turquie montrent que le chemin vers l’adhésion progresse au moins formellement.

 

Maria Elena Argano

En savoir plus:

-. Remarks by HPVP Federica Mogherini at the “Supporting Syria and the Region” conference: http://eeas.europa.eu/statements-eeas/2016/160204_02_en.htm

-. Réfugiés : l’UE d’accord sur le financement d’un fond de 3 milliards d’euros pour la Turquie: http://information.tv5monde.com/en-continu/refugies-l-ue-d-accord-sur-le-financement-d-un-fonds-de-3-milliards-d-euros-pour-la

-. PROJET DE RAPPORT sur la situation en Méditerranée et sur la nécessité d’une approche globale des migrations de la part de l’Union européenne (2015/2095(INI)): http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=COMPARL&reference=PE-575.215&format=PDF&language=FR&secondRef=01

-. EU-Turkey joint action plan : http://europa.eu/rapid/press-release_MEMO-15-5860_fr.htm

-. Communication conjointe au Parlement et au Conseil :fFaire face à la crise des réfugiés en Europe: le rôle de l’action extérieure de l’UE JOIN/2015/040 final: http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A52015JC0040

-. Réunion des chefs d’État ou de gouvernement de l’UE avec la Turquie, 29/11/2015 – Déclaration UE-Turquie: http://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2015/11/29-eu-turkey-meeting-statement/

-. Conférence sur la route de la Méditerranée orientale et des Balkans occidentaux : http://www.consilium.europa.eu/fr/meetings/jha/2015/10/08/

-. Conclusions du Conseil sur la migration : http://data.consilium.europa.eu/doc/document/ST-12880-2015-INIT/fr/pdf

Classé dans:Conditions d’accueil des migrants et réfugiés, DROITS FONDAMENTAUX, Lutte contre l’immigration illégale, MIGRATIONS ET ASILE

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