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Environ 10 000 enfants migrants non accompagnés ont disparu dans les deux dernières années, a raporté l’agence européenne de coordination policière, Europol. Il y a des raisons de craindre que la plupart des mineurs disparus soient exploités par une “infrastructure criminelle” paneuropéenne qui vise les migrants à diverses fins. L’Europe plus que jamais doit s’engager dans une politique de protection de ces enfants en leur garantissant un passage en toute sécurité sur son territoire.

Des milliers d’enfants migrants non accompagnés ont disparu en Europe sur les 18 à 24 derniers mois.

L’hebdomadaire britannique, The Observer, a lancé l’alarme en révélant les chiffres sur internet, ensuite repris par toute la presse mondiale. Ces chiffres ont été confirmés dimanche 31 janvier par le service de presse d’Europol.

Dans la première tentative de quantifier un des aspects plus choquants de la crise migratoire, le responsable d’Europol, Briand Donald, a affirmé que “il n’est pas déraisonnable d’estimer que nous parlons ici en tout de plus de 10 000 enfants”. Le porte-parole d’Europol a ensuite précisé que “environ la moitié d’entre eux ont disparu en Italie” et 1 000 en Suède. Ces chiffres étonnants font référence aux enfants dont la trace a été perdue après l’enregistrement auprès des autorités européennes.

Le nombre de mineurs invisibles a doublé par rapport à l’année dernière dans la même période, plus de 60% a pris la fuite selon le Projet italien pour la Promotion des Droits des Mineurs Etrangers Non Accompagné (MENA). Par conséquent, il faut tenir compte de ces chiffres qui, malheureusement, dans la réalité apparaissent encore plus pessimistes. En effet, tous les enfants qui arrivent en Europe n’entrent pas en contact avec les autorités européennes et donc ils ne sont pas enregistrés. En plus, généralement les enfants se déclarent majeurs pour ne pas être piégés dans le système d’accueil du pays où ils arrivent, lequel tient à limiter leurs mouvements à l’intérieur de l’Europe. Les estimations indiquent approximativement le double d’enfants par rapports aux données officielles.

 

Dans le cadre de la pire crise migratoire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, approximativement un million de migrants ont rejoint l’Europe en 2015 dont 27% sont des enfants, relève Europol. “Ils ne sont pas tous non accompagnés, mais nous avons des preuves montrant qu’une grande partie d’entre eux pourraient l’être”. La plupart des enfants ont été envoyés tous seuls par leurs familles avec l’espoir d’un meilleur avenir pour eux mais, il y en a qui ont perdu leurs parents dans le voyage pour arriver en Europe.

Selon Brian Donald, une “infrastructure criminelle” sophistiquée paneuropéenne cible les migrants à diverses fins. Toutefois tous ne seront pas exploités par les criminels, certains ont rejoint leur famille déjà présente en Europe. “C’est simplement que nous ne savons pas où ils sont, ce qu’ils font et avec qui”, tempère le responsable d’Europol.

Au contraire, le Rapporteur général sur les enfants de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, Sevinj Fataliyeva, a tiré la sonnette d’alarme en disant que les Gouvernements européens “oublient les plus vulnérables ”. Selon le Rapporteur de l’Azerbaïdjan, il est bien connu que les criminels tirent volontiers profit de la crise des migrants. “Ces enfants, seuls, livrés à eux-mêmes en terre inconnue, ne sont que des proies faciles pour des trafiquants”. L’inquiétude du Rapporteur fait appel aux États membres du Conseil de l’Europe pour qu’ils fassent preuve de plus de rigueur pour retrouver la trace de ces enfants invisibles, veiller à ce qu’ils soient dûment pris en charge par les autorités compétentes et pour prévenir “cette nouvelle forme préoccupante de crime organisé”.

De son côté, pendant la dernière Plénière, le Parlement Européen a posé une question écrite à la Commission en invoquant une action urgente pour la protection des enfants non accompagnés. En particulier la parlementaire polonaise du PPE, Agnieszka Kozłowska-Rajewicz, a demandé si des informations fiables sur la disparition de ces petits migrants existent et si la Commission, identifiant ces erreurs, peut intervenir pour prévenir desfutures disparitions.

Dans sa communication au Parlement Européen et au Conseil sur l’état d’avancement de la mise en œuvre des actions prioritaires prévues par l’agenda européen en matière de migration, la Commission a abordé la question de la protection des enfants. Cette communication du 10 février analyse les actions européennes en cours et futures.

Plus de 200 millions d’euro ont été destinés à des programmes de financement européens pour la protection des enfants migrants et d’autres sont prévus dans le cadre d’une future coopération avec UNHCR, UNICEF, OIM et Save the Children. Europol, en collaboration avec Eurojust, est actif dans la lutte contre les trafiquants des mineurs et le bureau européen d’appui pour l’asile prévoit de développer un guide de bonnes pratiques pour assurer au mieux les intérêts de l’enfant. En plus, la tutelle des mineurs non accompagnés sera facilitée et les programmes d’éducation des enfants migrants à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe renforcés.

Cependant, les actions prises au niveau européen jusqu’ici semblent encore insuffisantes. Le drame des MENA disparus est une question très urgente dans l’actuelle crise migratoire. En octobre, les fonctionnaires suédois ont déclaré que environ 1 000 enfants non accompagnés, arrivés dans la ville portuaire de Trelleborg (Suède méridionale) dans les derniers mois, ont disparu. Un récent rapport indépendant a confirmé que beaucoup d’enfants migrants ont disparu en Suède et que l’on n’a pas d’informations sur ce qui s’est passé après leur disparition. En outre, le ministère du travail italien a déclaré que 6 135 MENA sont devenus invisibles en Italie, selon les données publiées par la Direction générale de l’immigration et des politiques d’intégration.

Il y a des raisons de craindre que la plupart des mineurs disparus soit exploités par des réseaux criminels organisés dans le but d’en faire des esclaves ou de les emmener vers le marché de la prostitution ou, encore pire, dans le trafic d’organes.

Briand Donald a souligné qu’Europol possède des preuves montrant que ces enfants ont été exploités sexuellement. En Allemagne et en Hongrie, pays de destination et de transit des migrants, un grand nombre de criminels ont été interpellé alors qu’ils exploitaient des migrants.

L’agence policière européenne a également dénoncé l’inquiétant lien entre les filières d’immigration illégale et les groupes criminels déjà enregistrés dans la base de données Phoenix. Il s’agit d’un fichier de travail établi par Europol à des fins d’analyse sur le sujet de la traite d’êtres humains existants en Europe. La question qui préoccupe Briand Donald est que les “groupes criminels actifs dans la traite d’êtres humains dans le passé figurent maintenant dans la base de donnée impliquée dans le trafic illicite de migrants”. Des organisations travaillant sur la « Route des Balkans » ont souligné leur inquiétude par rapport à cette question.

Les mineurs non accompagnés peuvent aussi être vendus aux fins de prélèvements d’organes. Ce sujet a été beaucoup débattu en Italie après les déclarations d’Enrico Credelino, commandant de l’opération EUNAVFOR MED au cours de l’audition sur la mission Sophia dans la Méditerranée. Le commandant de l’opération militaire, lancée par l’UE en juin 2015, visant à neutraliser les passeurs et les trafiquants de migrants a, en effet, souligné devant le Parlement italien cette terrifiante réalité.

Récemment, le sous-secrétaire des politiques Sociales du gouvernement Renzi, Franca Biondelli, a brossé un tableau choquant : un tiers des enfants migrants dont le gouvernement italien a jusqu’alors perdu la trace semblent être tombés victimes du trafic illégal d’organes. Toutefois, si la traite des enfants représente une large part du marché noir international, c’est aussi parce qu’elle engendre de grandes sommes d’argent. Le crime organisé s’est convaincu que “le trafic d’enfants était une source de revenu extrêmement lucrative”, affirme le rapport de l’UNICEF « Trafic d’enfants : vendus, passés en fraude, abandonnés ».

On ne peut renvoyer plus longtemps la création de corridors humanitaires garantissant un passage en toute sécurité afin de réduire le risque que les enfants non accompagnés deviennent victimes de la criminalité organisée. Selon le docteur chef de la mission en Grèce des Médecins Sans Frontières (MSF), Apostolos Veizis, il ne faut pas s’étonner des chiffres des MENA disparus. Dans la conférence organisée par la Direction Générale de la Recherche et de l’Innovation sur le rôle de la recherche pour faire face à la crise migratoire, Mr Veizis a souligné qu’il n’existe pas un système de monitoring des mouvements des enfants. Il a donc appelé l’Europe à mettre en place un système d’accueil qui prend en charge ces enfants du début en leur garantissant un avenir stable.

L’allégation de l’association MSF est très claire. Le titre de son dernier rapport sur la crise des migrants publié le 19 janvier parle lui-même : « Le parcours d’obstacles vers l’Europe ». L’association médicale humanitaire a souligné que non seulement la politique européenne visant la crise migratoire est un échec, mais elle l’aggrave même encore davantage. Cette “réponse défaillante de l’Europe a forcé MSF et d’autres ONG à renforcer leur assistance en Europe de manière drastique. Jamais dans le passé MSF n’avait compté autant de projets et de collaborateurs en Europe et jamais elle n’avait été amenée à sauver autant de vies en mer.”

En outre, selon les données fournies par MSF, cette approche européenne a une influence négative sur la santé, tant physique que psychologique, des migrants. En effet, beaucoup de migrants, parmi lesquelles on trouve en grande partie des enfants, ont bénéficié de divers soins psychologiques comme des thérapies de groupe ou des consultations individuelles. MSF réitère sa demande de garantir un passage en toute sécurité surtout pour ce qui concerne les enfants non accompagnés : le groupe le plus vulnérable de la population de migrants. Pour cette raison l’association médicale a lancé la campagne #safepassage qui fait appel à la mise en œuvre d’une voie légale, sûre, libre et alternative aux trafiquants. “On doit créer des routes de migration légales”.

Cette opinion est partagée par l’OIM qu’exhorte l’UE à faire davantage pour aider ces enfants dès qu’ils arrivent aux frontières européennes. Les chiffres des MENA disparus sont “choquants mais pas surprenants” en tenant compte de la situation à laquelle ces enfants sont confrontés sur leur route européenne.

Aujourd’hui plus que jamais, l’Europe est tenue de lutter contre les obstacles que les enfants migrants non accompagnés rencontrent dans leur parcours. Des solutions à la base des difficultés auxquelles les MENA sont toujours confrontés sont nécessaires pour éliminer le voile de l’invisibilité qui les cache. On attend donc des nouvelles propositions pour rendre ces petits vulnérables plus visibles.

 

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Classé dans:Dignité humaine, Droits de l’enfant, DROITS FONDAMENTAUX

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