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Des informations que l’on voudrait voire être confirmées et consolidées au niveau européen. Ce serait un assainissement considérable de l’atmosphère aux répercussions politiques positives évidentes. Des informations réconfortantes : la lutte contre le racisme et les discriminations n’est pas un combat perdu d’avance.

Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé lundi 9 mai au soir que les actes antisémites et antimusulmans avaient baissé de 80 % au premier trimestre 2016, par rapport à la même période, l’an dernier.

« A chaque fois qu’il y a un acte antisémite, raciste, antimusulman, antichrétien, les préfets déposent plainte auprès des procureurs de la République, il y a donc une fermeté absolue », a souligné le ministre lors d’une conférence des Amis du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) à Paris.

« La vigilance mutuelle commence à porter ses fruits »

  1. Cazeneuve a tenu cependant à nuancer ces chiffres satisfaisants :

« On pourrait dire “ça y est, la bataille est gagnée” : je ne le crois pas car, quand il y a eu autant de violence et autant de haine, la diminution des actes ne signifie pas que la société a surmonté [la violence], cela signifie que la vigilance mutuelle que nous avons mise sur le métier commence à porter ses fruits. »

« Cela ne doit pas altérer notre mobilisation, mais au contraire la renforcer », a-t-il estimé, tout en reconnaissant que cette baisse signifie qu’« il y a dans ce pays, malgré l’ardeur de ceux qui ont la haine au cœur (…), des volontés de fraternité et de solidarité, qui, comme souvent dans l’histoire de notre pays, l’emportent sur le pire ».

Les chiffres des actes antimusulmans au premier trimestre étaient déjà connus, l’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) les ayant constatés en baisse de 82 % par rapport à la même période de 2015, sur la base des plaintes et mains courantes recensées par le ministère de l’intérieur.

Une France plus tolérante, le rapport de la CNCDH dans son rapport de 2016 sur le racisme.

Les français n’ont jamais été aussi tolérants et prêts à penser leur pays comme multiculturel, enseignement majeur et surprenant du rapport sur le racisme, l’antisémitisme, et la xénophobie publié le 2 mai dernier. La présidente de la CNCDH, Christine Lazerges a tenu à rappeler que : « après quatre années d’affilée de baisse, suivie d’une année de stabilisation, l’indice longitudinal de tolérance en France marque en 2015 une nette progression vers plus de tolérance, après avoir pris le chemin plus discrètement en 2014 déjà ».

On croyait le communautarisme, les racismes entrain de ronger les fondements de notre société, les succès électoraux du Front National, les atermoiements du gouvernement du gouvernement sur les sans-papiers, l’accueil, le traitement des roms etc…allaient augurer d’une montée de l’intolérance, or il n’en est rien.

L’indice longitudinal de tolérance, baromètre d’une batterie de 69 critères et questions mesure depuis 1990 les évolutions de l’opinion publique en matière de racisme, antisémitisme et xénophobie. Le score de 64 points enregistré en 2015 fait d’elle la deuxième meilleure année au top 5 des plus tolérantes depuis 26 ans. Cette échelle de tolérance qui vient de grimper de plus de 10 points depuis 2012 a atteint 66 en 2007-2008 mais était tombée à 49 en 1990.

Plusieurs raisons expliquent cette remontée selon les experts : selon Nonna Meyer « D’abord en créant un choc émotionnel, les attentats ont permis un réexamen critique de notre approche du monde ». Pourtant ce choc aurait pu entraîner un effet inverse, mais explique-t-on, ce sont moins les évènements en tant que tels qui influent sur les opinions des individus que la manière dont ils sont rapportés, expliqués par les élites des médias et de la politique qui donnent le ton et impose un récit dominant. A cet égard le sursaut comme l’élan qui avait suivi le 13 novembre ont donné une certaine envie du vivre ensemble même si en parallèle pouvaient se multiplier des actes racistes, islamophobes. A cela s’ajoute un mouvement de fond dans la société française : l’élévation du nombre des diplômes, le renouvellement générationnel : ils rendent plus acceptable l’acceptation de la différence.

Si on observe la société française de près, on observe une augmentation des mariages mixtes, l’installation d’une élite de la diversité. Autant de signes que la France se pense de plus en plus comme une société plurielle, pas comme avant. Cette hausse de l’indice de tolérance s’applique à l’ensemble des minorités. La communauté noire n’a jamais été aussi bien acceptée depui1999, les musulmans retrouvent leur niveau de 2009, les juifs représentent la communauté la mieux acceptée. La tolérance envers les roms reste de façon significative en deçà du niveau de 2009, mais c’est la première fois que le niveau de tolérance monte.

Sur le plan politique l’analyse montre que le changement s’est surtout opéré au sein de l’électorat de droite qui a progressé de 9 points contre 3 points pour la gauche. L’ancien clivage entre gauche et droite persiste et l’ouverture est plus le fait de la gauche que de la droite, mais il faut souligner qu’en 2015, la gauche comme la droite ont toutes deux retrouvé et dépassé leur record historique de tolérance de 2009, seuls les électeurs du centre se révèlent moins tolérants qu’en 2009. A l’extrême droite pas de changement sensible : 89% de ses électeurs et sympathisants estiment toujours les réactions racistes justifiables.

En dépit de ces progrès vers l’apaisement, 2015 a connu une longue liste de faits racistes : si les actes antisémites a connu un recul de 5,1 % pour un total de 808 (contre 851 en en 2014) les actes anti-musulmans eux ont triplé, réactions aux attentas de janvier, plus de la moitié ont eu lieu en janvier et novembre, des actes racistes et des opinions racistes ne procédant pas de la même logique. Ainsi même si le vivre ensemble gagne du terrain, cette avancée reste à consolider en cassant les stéréotypes le plutôt possible en utilisant le milieu scolaire pour construire des citoyens tolérants.

La présidente du CNCDH fait remarquer « les paroles tendancieuses de certains responsables politiques qui mélangent un peu tout, qui mêlent les problématiques du terrorisme et de l’asile, qui , loin de toute vérification statistique associent délinquance et immigration, qui dans le plus pur amalgame confondent appartenance religieuse et fondamentalisme, n’ont cessé de s’intensifier ces dernières années, une telle attitude de la part de membres du gouvernement et de bien d’autres contribue à banaliser la parole raciste dans l’ensemble de la société française».Le CNCDH les invite doc à être particulièrement vigilants à l’égard de ce potentiel discriminatoire ou stigmatisant à partir de certaines de leurs positions ou actions.

Plusieurs leçons sont à tirer : ne plus se laisser imposer un discours raciste car supposé, naturel, parce que supposé naturellement dominateur, tout discours qui vise à informer, faire réfléchir porte tout aussi naturellement ses fruits. Eduquer n’est pas une perte de temps, il n’y a pas une quelconque fatalité à ce que le racisme, la discrimination s’impose à nous comme une chose naturelle appelée à dominer nos sociétés. Bien des choses restent à consolider mais dans un climat plus optimiste lié aux résultats incontestablement positifs, évolution qui reste insuffisamment perçue du plus grand nombre alors que l’évolution des mentalités condamne inéluctablement ces comportements aux yeux mêmes de nos sociétés. On peut regretter que de telles études ne soient pas généralisées de façon homogène et comparable à l’ensemble de l’Union européenne qui en recevrait un surcroît d’efficacité et de légitimité dans la poursuite de ses objectifs.

Pour en savoir Plus :

-. Rapport sur le racisme de la CNDCDH http://www.cncdh.fr/sites/default/files/les_essentiels_-_rapport_racisme_2015_page_a_page.pdf

Classé dans:Citoyenneté européenne, Dignité humaine, DROITS FONDAMENTAUX, Liberté de pensée, d'expression, de religion

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