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Dopage, corruption, impréparation du pays organisateur, rien n’a manqué. Certes on peut saluer l’initiative d’accueillir pour la première fois sous la bannière olympique une délégation de dix athlètes réfugiés. Dix athlètes contre des dizaines de millions de réfugiés et de déplacés, la caisse de résonance planétaire sera-t-elle suffisamment forte ?on peut en douter. La crédibilité de la Russie de Poutine est totalement discréditée depuis les révélations d’un dopage d’Etat généralisé et cela de longue date. Mais la tolérance zéro proclamé par le CIO à de nombreuses reprises a failli lui aussi : en n’ excluant pas la Russie, le CIO a démontré, s’il en était besoin, que le principe de la tolérance zéro s’atténue considérablement quand les enjeux géopolitiques deviennent trop puissants. Incohérence portée à son plus haut niveau quand dans le cadre des jeux paralympiques, c’est l’ensemble de la délégation russe qui a été exclues. Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà.

Dopage ou retour de la guerre froide ? Non mais il a fallu attendre la veille de l’ouverture officielle pour connaître la liste définitive des athlètes russes autorisés à participer (271 sur 189). La Russie de Poutine ne s’en sort pas si mal, le CIO a joué la montre, entretenu le flou, renonçant au bout du compte à une disqualification collective, préférant que les fédérations nationales tranchent cas par cas, tout en faisant valider par une commission de trois membres du CIO. Cette décision s’appuie sur les relations personnelles, bonnes ou mauvaises où la diplomatie du sport l’emporte sur la bonne organisation des épreuves .Qu’importe la souillure du scandale soulevé par le rapport Mac Laren. On avait renoncé à « l’option nucléaire » selon l’expression de Dick Pound ancien président de l’Agence antidopage (Ama) partisan d’une solution plus radicale. Rappelons que le CIO n’a plus en charge la question du dopage depuis 1999.La décision s’est donc appuyé sur un partage obscure, celle-ci dépend maintenant de l’AMA et la polémique forte entre les deux organisations a surgi avec toute son âpreté à l’ouverture des jeux.

Le résultat a été ce timing peu judicieux des annonces et les polémiques entre les différents pouvoirs de l’organisation sportive internationale, qui en ont été les résultats les plus visibles mais qui n’ont en rien redoré le blason de l’olympisme. Relisons ce bref échanges entre CIO et AMA : à quelques jours de l’ouverture des jeux, Thomas Bach a suggéré à l’occasion d’une conférence de presse à Rio que la confusion quant à la participation de la Russie aux Jeux de Rio était le fait de l’AMA et de son mauvais « timing » pour la publication du rapport McLaren. Le 1er août, l’AMA a répliqué via un communiqué, assurant qu’elle avait agi dès qu’elle avait eu les éléments pour le faire. « Le timing de la publication du rapport McLaren a été déstabilisant pour de nombreuses organisations, mais l’AMA a agi immédiatement concernant les allégations visant la Russie, dès qu’elle a disposé de preuves corroborées et du pouvoir de le faire dans le cadre du Code antidopage mondial », précise l’organisation présidée par Craig Reedie. La Russie pourtant bien reconnue coupable sera à Rio. Cela ne plaira pas à tout le monde (c’est le moins qu’on puisse dire) a admis le président du CIO, Thomas Bach. La réaction de l’AMA n’a pas d’autre effet que de mettre en évidence l’existence du système de dopage russe. « L’AMA est déçue selon son président, si le CIO avait suivi sa recommandation d’exclure la Russie, cela aurait assuré une approche, claire, forte et harmonisée ». Au lieu de cela, l’approche adoptée, demander aux fédérations nationale de faire le tri (« le sale boulot ») les critères décidés vont inévitablement mener à un manque d’harmonisation, à des recours potentiels (ils n’ont pas manqué, et à une protection moindre des athlètes propres » Triste jour pour le sport. D’où une avalanche de critiques qui divisent un peu tout le monde à commencer par le monde sportif confronté à un véritable casse-tête : à 11 jours de l’ouverture des jeux comment permettre à la Russie d’être présente à Rio alors que le CIO lui-même l’a reconnue coupable d’avoir instauré un système de dopage d’Etat dans tous les sports de 2011 à 2015.Lorsque tombe la décision, l’Agence mondiale anti corruption se déclare déçue au lieu d’une « approche claire forte et harmonisée » qu’elle avait demandée on demande aux fédérations de faire le tri « et les critères décidés vont mener immanquablement à un manque d’harmonisation, à des recours potentiels et à une protection moindre des athlètes. La puissante et Influente USADA, l’agence américaine antidopage qui a fait tomber le cycliste Lance Armstrong, parle de « désordre ». C’est bien le mot et elle ajoute que c’est si « frustrant », de constater que le CIO demande aux fédérations internationales de prendre le relais, elles qui peuvent ne pas avoir l’expertise nécessaire ou la volonté d’agir, commente le directeur exécutif de l’Agence. L’INADO, Institut international des agences antidopage, résume le sentiment général de ceux qui luttent contre le dopage en déclarant : « c’est un triste jour pour le sport. « Journée noire pour les athlètes propres, a renchéri l’agence antidopage de Nouvelle –Zélande fustigeant le CIO qui n’a pas su faire preuve des qualités attendues en matière de bonne gouvernance. Et pourtant le président du CIO, Thomas Bach, avait déclaré qu’il s’agissait d’une attaque choquante et sans précédente à l’intégrité du sport et des JO » . Plusieurs voix s’étaient élevées pour déclarer à l’image de l’AMA qu’il était indispensable d’empêcher la participation des sportifs russes aux compétitions internationales y compris les JO de Rio tant que la Russie n’aura pas réalisé un changement de culture. Plus rare étaient ceux qui voyaient dans l’autorisation de la participation des sportifs russes un message positif envoyé à la jeunesse « qui mérite qu’on lui donne des preuves d’amitié et non d’une guerre froide » avait tenté de plaidé l’autrichien Marius Vizer, président du judo mondial, une discipline que Poutine s’efforce de contrôler autant qu’il le peut. Pour sa part, l’ancienne ministre des sports française Valérie Fourneyron, actuellement présidente de la commission, médecine santé recherche de l’Agence mondiale antidopage faisait entendre en marge des Jeux de Rio son très vif mécontentement en affirmant que « le CIO rate la marche de l’histoire, en ne suspendant pas collectivement les sportifs russes ».Mais la Russie n’est pas seule, l’ANOC, puissante association des Comités olympiques nationaux s’est félicité que le CIO ait privilégié la justice individuelle à la responsabilité collective et le président des comités olympiques européens, Pat Hickey, a apporté son « soutien total » au CIO.

Le CIO en tant qu’autorité symbolique dont le rôle réel est plutôt de trouver l’équilibre toujours instable entre les fédérations, les comités olympiques nationaux etc. C’est la poursuite des grandes traditions, celles des pratiques soviétiques et celles des complicités occidentales plus ou moins embarrassées. Autre avantage que tire le pouvoir russe de cette cacophonie, cela permet de « communiquer », une fois de plus, sur le complot politique occidental, voire le retour de la guerre froide, cela convaincra le russe moyen à défaut de la communauté international et cela est bien pratique par ces temps si troublés.

Le CIO aurait pu frapper un grand coup, il a préféré la voie de la faiblesse face à Poutine qui a fait du sport un élément central de sa politique et de son image. Un naufrage moral du sport pris en otage par le culte de la performance et la politisation géopolitique. Les résultats « définitifs » seront proclamés dans dix ans si l’on veut avoir la certitude que les vainqueurs ne seront pas rattrapés par la science susceptible de détecter enfin des substances interdites non détectables au moment des compétitions. C’est quelques jours avant le lancement des jeux de Rio qu’étaient révélés quarante-cinq cas de dopage d’athlètes ayant participé aux jeux de Pékin et Londres, 30 aux jeux de Pékin dont 23 médaillés. Provisoirement dernier chapitre de cette longue et folle histoire du dopage, on fait comme si on découvrait quelque chose alors que cela fait des années que l’on en connaît tous les mécanismes .

Rapports Pound et Mc Laren, suspension de l’accréditation de laboratoires, exclusions des athlètes russes, résultats d’analyse anormaux d’échantillons prélevés lors des Jeux Olympiques de Pékin et Londres… 2016 restera marquée par l’explosion des scandales de dopage. La crédibilité du sport, en particulier des Jeux Olympiques d’été qui se déroulent à Rio de Janeiro, est en jeu. Jour après jour, scandale après scandale, revient la même question : que faire contre ce fléau qui menace le sport ?

Renforcer la répression ? L’arsenal normatif est déjà particulièrement complet. Aux normes privées (Code mondial antidopage, règlements des fédérations sportives…) s’ajoutent les normes publiques (conventions internationales, législations nationales…). A la suite de l’adoption de la dernière version du Code mondial antidopage, de nouvelles violations des règles antidopage ont été créées, la période de suspension encourue a été augmentée, certains Etats, comme le Kenya ou l’Allemagne, ont adopté une législation pénale…

Pour quel résultat ? On ne peut manifestement pas affirmer que le renforcement de l’arsenal répressif aurait diminué les pratiques de dopage. On pourrait certes se réjouir qu’à peine 2 % des contrôles pratiqués se révèlent positifs. On pourrait interpréter cette donnée en pensant que le dopage est finalement contenu dans des limites « raisonnables ». On serait probablement plus proche de la réalité en considérant que les contrôles et les analyses effectués ne reflètent pas suffisamment les pratiques réelles de dopage. Des scandales révélés récemment ont montré que certaines organisations chargées de la lutte contre le dopage auraient plutôt cherché à cacher des affaires plutôt qu’à sanctionner les fautifs. Le fait que les affaires les plus retentissantes aient été révélées par des enquêtes de journalistes et des lanceurs d’alerte, auxquels on peine à trouver un statut, et non par les organisations chargées de la lutte contre le dopage devrait faire réfléchir…

Il faut agir et vite pour ne pas dégrader encore plus sévèrement l’image de l’olympisme mais à y regarder de plus près la lutte contre le dopage est plus sévère que jamais et les évènements spectaculaires qui déchirent l’actualité ne doivent pas cacher le fait que des résultats positifs sont obtenus, leur nombre va grandissant même s’ils restent insuffisants. Les athlètes qui à la fin des jeux défileront le 21 août pour la clôture, combien conserveront leurs médailles ? Selon le décompte du journal le Monde plus d’une cinquantaine de médailles ont changé de main depuis 2000, n’oublions pas que les échantillons de sang sont conservés pendant 10 ans ! Ce sont les jeux d’Athènes qui ont connu le plus grand nombre d’athlète sanctionnés, la Russie est le pays le plus lourdement sanctionné, l’athlétisme la discipline la plus touchée. Mais les athlètes sanctionnés ne le sont pas à vie. On peut aussi s’interroger sur la hausse des performances réalisées au cours de ces dernières années, atteignant des niveaux insoupçonnable il y a encore peu d’années.

La mise à jour en novembre 2015 d’un dopage organisé dans l’athlétisme russe a provoqué un ébranlement du monde olympique et créé un interminable feuilleton qui a démarré avant l’ouverture des jeux et se poursuivra bien après sa clôture. Hésitations et atermoiements se sont multipliés, des promesses politiques de fermeté ont reçues finalement des conclusions politiques. Le président du CIO va se trouver face à un chantier immense, non seulement il devra restaurer une image malmenée, mais surtout il devra réformer de fond en comble la gouvernance dans tous les domaines, le juridique comme l’économique c’est-à-dire le financement dans ses sources, ses montants et sa destination. Toutes les institutions devront être inévitablement touchées : les athlètes, les fédérations nationales et internationales, les Comité nationaux et au bout du compte le CIO lui-même. Les problèmes juridiques n’ont été évoqué qu’à la marge des affaires, mais à l’avenir ils se feront de plus insistants et un avant-goût transparait déjà dans le communiqué du CIO : « les sportifs russes des vingt-huit sports olympiques doivent assumer les conséquences de la responsabilité collective de leur pays et la présomption d’innocence ne peut leur être appliquée. D’un autre côté, la justice individuelle doit être appliquée et tout athlète doit prouver que la responsabilité collective ne doit pas être appliquée dans son cas ». En effet quelle régression du droit que l’application d’une sanction à une collectivité. Si l’on faisait remarquer que le CIO n’a pas jugé bon d’ouvrir sa propre enquête sur le Comité olympique russe, la commission exécutive du Comité olympique russe a beau jeu de faire remarquer à son tour que le fameux rapport d’enquête indépendante de Richard Mac Laren ne tirait aucune conclusion visant le Comité olympique russe. Que dire encore du sort des lanceurs d’alerte dont certains n’ont gère été protégés, bien au contraire, mais c’est un vaste problème qui n’est pas propre aux Jeux. Beaucoup d’impréparation et d’improvisations.

Le CIO a pris une décision éminemment politique, géopolitique devrait-on dire, alors que les preuves étaient d’une évidence sans pareil. Mais le CIO n’a pas voulu imposer à la Russie l’humiliation d’être le troisième pays à être exclu de jeux de façon globale après l’Afrique du sud de l’apartheid pendant de nombreuses années (sept Jeux olympiques consécutifs), et l’Afghanistan après la prise du pouvoir par les talibans et l’interdiction faite aux femmes de faire du sport. Le CIO a voulu prendre une sanction médiane : sanctionner des sportifs russes convaincus de dopage sans sanctionner la Russie comme nation alors que la main de l’Etat était présente partout. Le CIO a préféré se rabattre de façon misérable en sanctionnant globalement les jeux paralympiques et les athlètes russes handicapés même si nombre d’entre eux ont été pris la main dans le sac !

Triste jour pour le sport. Doit-on avoir des jeux à n’importe quel prix, moral ou financier ? Non bien sûr ! Une fois de plus il faut dire que le sport est en danger(dopage, violences, racismes, match et paris truqués, graves problèmes liés au genre etc …). L’Union européenne serait bien avisé de ses saisir du dossier et de faire valoir son soft power dont elle se vante. Le Parlement européen a un intergroupe parlement, sa présidence (le député belge socialiste Marc Tarabella) active et vigilante ferait bien d’en saisir les instances du Parlement européen.

 

 

Pour en savoir plus : principales sources d’information

-. Le journal le Monde fait le bilan des médailles olympiques retirées http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/08/09/dopage-plus-de-50-medailles-olympiques-retirees-depuis-2000_4980538_4355770.html

-. https://www.washingtonpost.com/news/sports/wp/2016/07/24/ioc-decides-against-complete-ban-of-russian-team-from-rio-olympics/

-. http://sport24.lefigaro.fr/le-scan-sport/medias/2016/07/25/27005-20160725ARTFIG00107-dopage-la-presse-se-dechaine-contre-la-decision-du-cio.php#xtor=AL-201

-. le Monde http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-rio-2016/article/2016/07/24/rio-2016-pas-d-exclusion-collective-pour-la-russie_4974046_4910444.html

-. la Libre Belgique http://www.lalibre.be/sports/omnisports/dopage-la-reputation-du-sport-russe-aneantie-579645a1357086b3e0d908fd

-. l’AMA Déçue http://www.eurosport.fr/jeux-olympiques/rio/2016/jo-russie-l-ama-decue-de-la-decision-du-cio.-et-inquiete-pour-les-lanceurs-d-alerte_sto5697758/story.shtml

-. le Figaro http://sport24.lefigaro.fr/jeux-olympiques/rio-2016/actualites/dopage-le-cio-ne-va-pas-exclure-la-russie-des-jo-816517

-. Dossier des articles sur le sport publiés par eulogos http://www.eu-logos.org/eu-logos_nea-say.php?idr=4&idnl=3900&nea=175&lang=fra&arch=0&term=0

 

Classé dans:Citoyenneté européenne, Coopération judiciaire civile, Coopération judiciaire pénale, Dignité humaine, Lutte contre la criminalité organisée, Présomption d’innocence et droits de la défense

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