EU-Logos

La Commission européenne a approuvé la mise sur le marché du Truvada le 19 août dernier. Ce médicament est le seul traitement qui existe pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH. La distribution de ce traitement préventif pourrait empêcher la multiplication du virus en Europe et protéger les populations à risque.

La principale conclusion que nous pouvons tirer de la 21ème conférence internationale sur le sida, qui s’est tenue en juillet à Durban, est que l’objectif d’éradiquer le virus en 2030 ne sera pas atteint. Les derniers chiffres indiquent une hausse du virus dans certains pays et une diminution des fonds alloués à la recherche. C’est pourquoi le mot d’ordre du rassemblement de cette édition était « Access equity rights now » (« Accès à l’égalité des droits maintenant »). En effet, il s’agit de prendre en compte les multiples dimensions de la lutte contre cette épidémie : le droit au traitement, l’accès à la prévention et le droit à l’égalité devant la loi peu importe le statut de la personne. Rappelons que les personnes qui sont part ailleurs déjà victimes de discrimination dans la société font partie des communautés les plus vulnérables au virus: les personnes trans, les travailleurs du sexe, les migrants, les femmes… Lutter efficacement contre le sida passe donc aussi par l’inclusion de toutes les personnes concernées dans la réponse contre l’épidémie.

En autorisant la mise sur le marché du Truvada, l’Union européenne fait un pas significatif dans la lutte contre le sida par la voie de la prévention. En effet, ce médicament ne s’adresse pas aux personnes séropositives mais aux personnes qui les côtoient et sont exposées au risque d’être infecté. Le Truvada combine deux molécules anti-VIH : l’emtricitabine et le ténofir. Ce médicament peut être pris de façon continue ou à la demande avant un rapport sexuel. Néanmoins, les études montrent que l’efficacité du produit augmente avec une prise régulière. Ainsi, si le traitement est bien appliqué il pourrait à terme réduire à 100% le risque d’infection.

À ce jour, deux études ont apporté de très bons résultats et ont contribué à favoriser la mise sur le marché du Truvada : l’étude anglaise PROUD et l’étude française IPERGAY. Elles montrent que l’utilisation du Truvada de façon continue permettrait d’éviter jusqu’à 86% de transmission du virus. Ce médicament représente donc une vraie opportunité de s’attaquer à la transmission du sida. L’utilisation du médicament doit être comprise comme faisant partie d’une stratégie plus large de prévention.

En 2015, avec « The HIV prevention Manifesto – We need PrEP now ! » des associations LGBT et de lutte contre le sida attiraient l’attention des institutions européennes et des industries pharmaceutiques pour demander que la PrEP soit accessible en Europe, grâce au Truvada. En effet, 2014 est l’année où il y a eu le plus de nouveaux cas diagnostiqués en Europe, et parmi ceux-ci, 94% ont été infectés par rapport sexuel. En ce sens, le Truvada est un outil de prévention qui –associé à des pratiques sexuelles plus responsables – peut faire la différence. Par ailleurs, l’usage du Truvada en guise de PrEP est déjà autorisé aux Etats-Unis, en Australie, au Canada, au Kenya, en Afrique du Sud et au Pérou.

La mise sur le marché du Truvada pour la prophylaxie pré-exposition est nouvelle mais le Truvada avait déjà été approuvé par l’agence européenne du médicament en 2005 pour une utilisation en combinaison avec un autre médicament antiviral pour les adultes atteints du VIH. Néanmoins, aux vues du nombre croissant de transmission, les moyens de prévention classiques (tests sur base volontaire, promotion de l’usage de préservatifs, service d’assistance…) n’étaient plus suffisants.

La prise de Truvada peut avoir des effets secondaires telles que des nausées, des diarrhées, des douleurs abdominales ou des maux de têtes mais ceux-ci diminuent et disparaissent après quelques semaines de traitement. Néanmoins, il n’y a aucune interaction connue avec l’alcool, les drogues récréatives, les moyens contraceptifs ou d’autres traitements hormonaux. C’est pourquoi le comité des médicaments à usage humain a estimé que les bénéfices du traitement étaient supérieurs aux risques, et a recommandé la délivrance de l’autorisation de mise sur le marché – qui a été approuvée pour une période illimité.

Il est maintenant du ressort de chaque État membre de fixer le prix et les conditions de remboursement du médicament. De même, il reste à déterminer qui peut avoir recours à ces traitements et où il sera disponible. C’est pourquoi il est important d’engager le dialogue avec toutes les communautés concernées afin que la Truvada soit au mieux intégrée dans l’approche préventive de lutte contre le sida. La conférence du Durban a rappelé que le sida est une maladie qui continue de faire des victimes, et parmi celles-ci on constate de grandes inégalités dans l’accès aux soins. Il en va du respect des droits fondamentaux des personnes d’avoir accès à tous les moyens de prévention qui existent en matière de soins de santé, comme l’affirme explicitement l’article 35 de la charte des droits des fondamentaux de l’Union européenne. Nous ne pouvons qu’espérer que l’autorisation de mise sur le marché de ce traitement préventif ne passera pas inaperçu et redonnera un souffle nouveau à la lutte contre le sida. A ce titre, l’autorisation de mise sur le marché du Truvada doit permettre de réaliser l’objectif fixé par l’OMS de proposer un traitement antirétroviral préventif à chaque personne exposée à un risque substantiel d’infection par le VIH.

 

Elisa Neufkens

Pour en savoir plus :

 

 

 

Classé dans:Dignité humaine, Droit à la santé, DROITS FONDAMENTAUX

Tweet about this on TwitterShare on Facebook0Share on Google+0Share on LinkedIn0
Author :
Print