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Pourquoi Trump ?

C’est contre l’avis de la majorité des sondages d’opinion et malgré le fort soutien médiatique de son adversaire que Donald Trump a été élu président des Etats-Unis. Les républicains ayant pris le pouvoir du Sénat et de la ‘House of Representative’ c’est un pouvoir énorme qui est confié au nouveau président.

Beaucoup ont qualifié Trump de « populiste ». Pour Daniel Gros, directeur de Centre for European Policy Studies, cette victoire risquerait donc de donner du courage à ses partisans idéologiques à travers le monde. Face aux réactions exprimés sur Twitter par certains, on se rend compte que cette victoire leur donne du courage. En effet, alors que certains se levaient avec une impression de gueule de bois l’autre matin, d’autres ont tenu à souhaiter le meilleur au nouveau président (espérant sans doute le même sort aux prochaines élections). Marine Le Pen (@MLP_officiel) November 9, 2016 « Félicitations au nouveau président ! »

Bien que sa campagne ait été faite à coup de slogans caricaturaux et de promesses énormes il est intéressant d’étudier ce qu’il promet: traités commerciaux, alliances politiques et militaires, écologie, santés. Quels changements pour les Etats-Unis avec quel impact pour l’Europe cette nouvelle élection apporte-t-elle ?

Politique étrangère et immigration

Les Mexicains étaient une des bêtes noires de M. Trump lors de sa campagne. Pour ‘combattre’ ces ‘violeurs, criminels et drug dealers’ (pour reprendre ses termes), il a promis d’ériger un mur de 1600km de long financé par les mexicains, de tripler le nombre d’agents de l’immigration et d’expulser 11 millions de sans papiers.

Les musulmans aussi étaient la bête noire du nouveau président élu. Il avait promis d’interdire l’entrée des musulmans aux Etats-Unis à la suite de la fusillade de San Bernardino , interdiction menée au nom de l’État islamique. Un appel qui a été supprimé de son site le jour suivant son élection pour des raisons « techniques » Il a aussi beaucoup mentionné le combat contre l’état islamique. Il veut continuer le combat contre ISIS tout en se désengageant des conflits. Il espère trouver un terrain d’entente avec la Russie dans la lutte contre l’état islamique en leur donnant une marge de manœuvre plus importante pour l’intervention en Syrie.

Economie

« America First » est le slogan qui résume le mieux la politique économique de Mr Trump. Celui qui se présente comme néo-isolationniste, a promis la renégociation de tous les accords de libre-échange en cours de discussion ou déjà signés. Selon le Wall Street Journal, “ses conseillers sont persuadés qu’il suffira de menacer de fermer l’accès au vaste marché américain pour contraindre les partenaires commerciaux de Washington à accepter les changements souhaités.”.

De ce fait, le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP), en cours de négociation, semble condamné.

Néanmoins il ne semble pas opposé aux accords bilatéraux, et a promis, lors de sa campagne qu’une fois sortie de l’Europe, la Grande-Bretagne sera la première dans la file d’attente. Cette promesse est une aubaine pour Theresa May, la première ministre ; elle permettra de prouver que son pays peut conclure ses propres accords une fois sorti de l’Union Européenne.

Concernant le reste du monde, Mr Trump a promis d’imposer les produits “made in China” à des droits compensatoires de 45 % et des droits de douane de 35 % sur les produits importés du Mexique par les entreprises américaines. Ces deux pays absorbant près d’1/4 des exportations américaines, pourraient, s’ils décident de riposter, entrainer une baisse significative des exportations américaines et donc avoir un impact négatif sur l’économie dans son ensemble.

Les économistes s’accordent à dire que le protectionnisme ne crée pas de richesses.

Défense

Lors de sa campagne, le nouveau président s’en est aussi pris à l’OTAN. En effet, il l’a qualifié d’obsolète, de gouffre financier et dont les partenaires ‘ arnaquent l’Amérique’. Pour remédier à ça, il a annoncé vouloir un investissement durable et décisif des Européens dans l’OTAN à hauteur de 2% du PIB de chaque pays.

« Les pays que nous défendons doivent payer pour le coût de leur défense. Sinon, les États-Unis doivent être prêts à laisser ces pays se défendre eux-mêmes »

Si les Etats Unis ne financent plus l’OTAN, les armées européennes livrées à elles-mêmes risquent fort d’être dérisoires. Comme le note Nicolas Gros-Verheyde, ‘C’est en ayant des forces capables, formées, interopérables qui ont un certain pouvoir de dissuasion. Aujourd’hui les armées européennes — mise à part une ou deux — n’ont pas ce pouvoir de dissuasion au niveau territorial ‘.

Environnement

Cette élection est un revers majeur pour la politique climatique internationale. En effet, pour lui le réchauffement climatique est « une invention des chinois »

L’accord de Paris (poussé par Obama) sur le climat a peu de chance d’être annulé. Néanmoins, il y a tout de même de grandes chances qu’au niveau national, Washington ne se soumette pas aux obligations de l’accord. Divya Reddy, responsable de l’énergie et des ressources naturelles au Eurasia Group, assure qu’il est peut probable que Donald Trump se retire purement et simplement de l’accord. Il pourrai néanmoins réduire à néant la participation américaine en ne traitant pas l’accord sérieusement.

L’oléoduc Keystone XL est un projet de 1 900 km qui vise à transporter le pétrole canadien des sables bitumineux de l’Alberta jusque dans le sud des Etats-Unis. Il avait été freiné par Obama après de longues batailles entre les écolos et certains économistes. Sous Trump, ce projet risque fort de voir le jour, puisque le président a promis pendant sa campagne qu’il lèverait les restrictions en matière d’extraction pour lancer le projet.

Le risque est que certains pays d’Europe, mais aussi du reste du monde, soient découragés par l’attitude des États-Unis. « Si le plus important émetteur de gaz à effet de serre au monde ne fait rien, pourquoi devrais-je faire des efforts ? ». Bien que la politique énergétique et climatique européenne soit théoriquement bien établie, c’est un risque à prendre en compte.

Politique générale

Le risque est réel que les Européens trainent le pas en choisissant, eux aussi d’élire des candidats populistes. Nicolas Gros-Verheydepropose que l’Europe se dote d’une véritable structure de commandement et de contrôle de ses opérations de maintien de la paix.

Enfin, à cela s’ajoute le fait que l’Union Européenne doit « renforcer sa politique anti-dumping et ne plus hésiter à taper fort, en augmentant les droits de douane de façon drastique, en cas de pratique déloyale destinée à capter des marchés. » Il ne faut plus hésiter à jouer « groupé » dans un monde divisé. Face à une Amérique qui se veut plus forte, l’Europe doit être plus forte.

Qui a voté Trump?

Un sondage réalisé par CNN donne une idée du profil des partisans du candidat républicain

Malgré sa posture sexiste, 42% des femmes auraient préféré Trump à Hillary 53% de femmes blanches. Ses nombreuses déclarations (grab them by the pussy, les punitions pour les avortements, la critique sur le physique de son adversaires républicaines,…) n’ont donc pas freiné les femmes de voter pour lui. Les électeurs se seraient plutôt focalisés sur l’économie, l’emploi, l’immigration et la crainte d’attentats.

Alors que le pape prenait position il y a quelques mois sur Trump en le qualifiant de ‘non chrétien’, ce dernier a reçu les voix de nombreux électeurs catholiques. Il a en effet su tendre la main aux catholiques, dans le troisième débat avec Hillary Clinton, il s’est exprimé sur les avortements tardifs et a présenté son adversaire comme une militante de l’avortement

Des revenus plus modestes : c’est pour les salaires en dessous des 50K que le candidat aurait eu le plus de voix, Hillary a reçu le vote des personnes plus aisées.

La mobilisation qu’il y avait eu pour les minorités ethnique en 2008 n’a pas eu lieu cette année, certains préférant l’abstention au choix. Encore plus étonnant, 30% des hispaniques auraient votés Trump.

Il n’y aurait eu qu’une faible majorité de jeune qui se serait déplacée pour voter pour la candidate démocrate, CNN avance 52% de jeunes contre 40% pour le candidat républicain. Tous les soutiens de Bernie Sanders n’ont donc pas suivi son conseil de soutenir Mme Clinton. Ont-ils préféré s’abstenir ou voter pour le candidat écolo ? Ont-ils cru que les sondages qui donnaient Hillary Clinton présidente et estimé dès lors qu’il n’était pas nécessaire de se déplacer pour voter !

Peut-on tirer des leçons de Madame Clinton pour contrer la montée du populisme ?

– Le rejet et le dédain public de l’électorat populiste par Hillary Clinton

Le 9 septembre, devant plusieurs caméras de télévision, la candidate a déclaré : «pour généraliser grossièrement, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans la case des gens pitoyables» Clinton a, à ce moment, commit une réelle erreur. Face à un discours populiste qui résonne dans le cœur des électeurs il est important de respecter ces individus, sans les dénigrer systématiquement, sans les diaboliser automatiquement, mais surtout sans les toiser ou les mépriser.

La montée du populisme, comme le note l’historien Jean Pierre Rioux, se fait en raison « d’un burn-out en voie de généralisation massive, d’une langueur crépusculaire, d’un épuisement généralisé par neurasthénie sociale, d’une sorte de perte de l’estime de soi qui poussent des électorats dits « populaires », par refus des partis de gouvernement soit à l’abstention massive, soit au vote de protestation. »

– Un manque de transparence

Lors de la commémoration du 11 septembre, lorsque son équipe de campagne assurait que la candidate avait seulement eu un ‘coup de chaud’, un réel manque de transparence a été ressenti par les électeurs Américains. En effet, quelques heures plus tard le médecin de la candidate faisait savoir que deux jours plus tôt une pneumonie lui a été diagnostiquée. De même, la fuite de ses emails a une fois de plus montré au peuple Américains que beaucoup leur était caché. Le fait que Trump soit celui qui mette en lumière cette affaire douteuse lui a donné du crédit et a décrédibilisé la candidate.

La montée du populisme fait sa soupe sur plusieurs phrases chocs parmi lesquelles ‘tous pourri’,tous comploteurs, tous ‘vendus’,…

Trump rejeté en masse par « l’élite » dénonçait une injustice, des mensonges de son adversaire, un avantage qui lui était donnée et que lui n’avait pas. Il a réussi à mettre le doigt sur un fait du ‘tous pourris’, il a trouvé des faits qui dénoncerait l’establishment qu’il décrie.

– Des éléments externes

L’économie vacillante a certainement profité au magna de l’immobilier. Affirmant que cette situation est due à de mauvais accords commerciaux tout en dénonçant une économie truquée, il promet de créer 25 millions d’emplois en 10ans et de passer d’un smic de 7.5 à 10 dollar de l’heure. Même si son adversaire a promis un smic de 12 dollars, ça n’a pas suffit.

– Un leader charismatique contre une Hillary un peu froide

On peut ne pas aimer sa choucroute, son teint orangé, sa bouche constamment en cul de poule mais Trump a certainement l’aura du leader charismatique. Son discours, pauvre en contenu mais riche en propos à l’emporte-pièce a une forte tonalité émotionnelle et a électrisé la population contre les élites qu’il dénonce.

Hillary quant à elle avait l’image d’une femme froide, elle a voulu surfer sur la ‘cool attitude’ de Barack Obama en multipliant les shows télévisés et les séries télé. Cela n’a pourtant pas convaincu beaucoup de monde.

Face à la dénonciation des élites corrompues et de « l’oligarchie », Hillary a peut-être trop passé de temps sur les plateaux télés ou sur les scènes auprès de stars plutôt que de continuer la bataille jusqu’au dernier moment comme son opposant. Se montrer proche du peuple comme Bernie Sanders ou Trump, à sa manière.

Cécile Parisse

 

 

Classé dans:#LaReplique, Citoyenneté européenne, RELATIONS EXTERIEURES

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