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Nous avons vu, vis-à-vis du nouveau président des Etats-Unis Donald Trump, les prises de positions du tandem Merkel/Hollande, plus unis que jamais, suivies de la lettre d’invitation de Donald Tusk pour le sommet de Malte. Restait la réaction du Parlement européen : les parlementaires viennent en effet de tenir un premier débat, à défaut d’une prise de position collective, ce qui est est assez regrettable. Le sommet de Malte va dès lors se dérouler sans l’impulsion qu’aurait pu donner une résolution votée en bonne et due forme.

Le Parlement européen avait l’occasion de donner le ton, de se positionner et de se faire l’écho des inquiétudes des citoyens européens, mais il ne l’a pas fait avec toute la vigueur espérée. Il a préféré différer sa prise de position, et en dépit des positions sans ambiguïté de certains, une fois de plus, il n’ a pas totalement convaincu.

Le choc est rude : 70 ans de politique étrangère des Etats-Unis remises en cause. Les deux camps se jaugent. L’Union, bête noire de Trump, tente de se rassembler, mais pour l’heure, la fronde reste mondiale et des manifestations de toute nature se multiplient à travers le monde.

Nombreux ont été les députés qui, le 1er février dernier, lors de la séance plénière ont appelé à défendre les valeurs européennes et se sont interrogés sur la nature de la nouvelle relation transatlantique qui va devoir émerger. Mais quelle est la valeur politique cet appel ? Où réside le message fort que le Parlement pourrait adresser lors sommet de Malte ? Peut-être surgira-t-il du vote de la résolution en mars, mais le tempo adopté n’y semble pas favorable.

Les présidents des groupes politiques ont également réagi. La plupart des députés, à l’exception de l’extrême droite qui a manifesté sa solidarité à Monsieur Trump, devenu leur nouvel idole, a décrit ces restrictions d’entrée sur le territoire américains sur des critères de nationalités comme arbitraires et contraires aux valeurs fondamentales des démocraties occidentales, telles que la liberté, la non-discrimination et la solidarité.

La chef de la politique étrangère de l’Union, Federica Mogherini, a toutefois salué la clarification apportée par les autorités américaines: les citoyens européen ne seront pas concernés par l’interdiction de voyage, même s’ils possèdent la nationalité de l’un des sept pays listés. Mais elle a tenu à préciser que « cela ne changeait pas notre appréciation globale des décrets (…) L’UE ne tournera le dos à aucune personne ayant droit à la protection internationale’’, ajoutant que « telle était notre position, et la position qui continuera d’être la nôtre ». Si le fameux décret ne touche pas les ressortissants nationaux comme l’administration américaine l’avait assuré à la Commission, il demeure un problème vis-à-vis des principes, et surtout des symboles : le décret a en effet été signé le 27 janvier, jour de commémoration de l’Holocauste ! Quel beau devoir de mémoire Monsieur Trump a démontré par cet acte, n’est-il pas ?

Pour Madame Mogherini, cela doit donner l’occasion aux Européens de rappeler leurs valeurs. L’Union « ne renverra jamais une personne qui a le droit à la protection internationale », c’est un devoir moral a-t-elle insisté. Si l’Union européenne a un accord avec la Turquie qui l’autorise à renvoyer les demandeurs d’asile syriens vers le territoire turc, cela ne se fait que si les conditions sont réunies pour que leur droit d’asile soit respecté, et à ce jour aucun réfugié syrien n’a été renvoyé vers la Turquie en vertu de cet accord.

« Trump a été élu et nous souhaitons engager un dialogue », a néanmoins déclaré le Président du groupe PPE Manfred Weber (DE). « Quand Trump déclare qu’il lutte contre la migration illégale ou l’islamisme radical, nous sommes d’accord. Mais l’interdiction de voyage, ce n’est pas cela. La suspicion généralisée envers des pays ou des peuples mène à la xénophobie. Les États-Unis ont toujours été un pays de libertés et de droits fondamentaux, et maintenant Trump tolère la torture« . En faisant cela, « un État devient lui-même criminel », a-t-il ajouté. Il a appelé à poursuivre l’agenda du libre échange et à soutenir dans ce sens la commissaire en charge du commerce, Cecilia Malmström.

Gianni Pittella (S&D, IT) ,pour qui Donald Trump est un véritable cauchemar a déclaré: « Ces dispositions sont une attaque contre la culture juridique et les valeurs fondamentales de l’UE […]. Soyons clair: l’interdiction de voyage […] ce n’est pas pour lutter contre le terrorisme. C’est un mensonge démagogique et il touche certains pays alors qu’il ne concerne pas d’autres avec qui Donald Trump fait des affaires! J’appelle les compagnies aériennes à ne pas refuser les passagers issus des pays concernés par l’interdiction. Et nous devrions éviter toute visite de Trump en Europe tant que l’interdiction est en place: les portes sont fermées pour lui! » Il s’est demandé si les Etats membres n’auraient pas intérêt à rappeler leurs ambassadeurs en poste aux Etats-Unis.

Syed Kamall (ECR, UK) a de son côté affirmé: « Cette interdiction arbitraire envoie le message suivant: il y a une contradiction intrinsèque entre être un bon musulman et être un bon citoyen d’une démocratie occidentale. Daesh et d’autres extrémistes en tireront profit, car ils formulent exactement les mêmes affirmations […]. Cependant, les Américains ont voté pour ce candidat, qui fait ce qu’il a promis de faire. C’est pourquoi nous devons accepter que ce Président, ses priorités et ses politiques soient la conséquence de la vague croissante de mécontentement« .

Le fait qu’aucun terroriste issu des pays concernés par l’interdiction n’ait jamais frappé sur le sol américain montre, selon Guy Verhofstadt (ADLE, BE), qu’il s’agit-là bien de « discrimination pure« , une mesure visant à nourrir le populisme et le nationalisme. Il a ajouté que l’Europe était également menacée par ces forces et espère que lorsqu’ils se réuniront à La Valette, les dirigeants européens s’opposeront à « toute cette série de populistes et nationalistes qui veulent nous détruire« .

Gabrielle Zimmer (DE), chef du groupe GUE/NGL, a déclaré: « Allions nos valeurs contre le mépris de Trump, montrons, avec une politique migratoire caractérisée par la solidarité, que les gens qui cherchent la protection ne sont pas les racines de tout mal. (…) Que seraient devenues les démocraties d’après-guerre en Europe si les réfugiés du nazisme n’y avaient pas trouvé un refuge sûr ? »

« Qui aurait pu penser que les libertés et les droits que nous considérons tous comme naturels pouvaient s’évaporer si rapidement? C’est apparemment la façon dont la démocratie libérale meurt« , a observé la chef du groupe des Verts, Ska Keller (DE). Elle a appelé l’Union européenne à être la « championne de la protection du droit international, des droits de l’homme et des libertés – faisons de l’Europe le contre-modèle de Trump« .

Nigel Farage (EFDD, UK) a, quant à lui, déclaré qu’aux États-Unis un « véritable élu démocrate fait ce pour quoi il a été élu« . Il a qualifié les plaintes européennes de « preuve de « l’anti-américanisme » de l’UE et a proposé d’inviter le Président Trump au Parlement pour un « dialogue ouvert« .

Le coprésident du groupe ENL, Marcel De Graaff (NL), a appelé le Président du Conseil européen, Donald Tusk, et la Commission européenne à « suivre l’exemple du Président Trump, et à instaurer des contrôles aux frontières nationales. Gardez les djihadistes dehors. Non seulement ceux venant des sept pays que Trump a épinglés, mais aussi de nombreux autres« .

De leur côté les députés des affaires étrangères et du développement, réunis conjointement en commission, ont exprimé leur profonde préoccupation (cf. Pour en savoir Plus). L’ interdiction de l’administration américaine à l’encontre des citoyens de sept pays musulmans de pénétrer aux Etats-Unis « peut sérieusement saper les efforts mondiaux actuels en faveur d’un partage équitable des responsabilités internationales concernant les réfugiés ». Cette décision « alimente les discours anti-immigration et xénophobes« . Ils demandent de ce fait à l’Union de parler d’une seule voix pour défendre le système de protection internationale et la sécurité juridique de toutes les populations affectées.

Par ailleurs les députés veulent être directement et fortement impliqués dans le développement des pactes de migration, qu’ils critiquent fortement dans un projet de résolution approuvé par 53 voix en faveur, 16 contre et 9 abstentions. Ces pactes, que l’Union négocie actuellement avec des pays tiers seraient marqué par un certain manque de transparence et n’ont surtout pas fait l’objet d’un débat avant leur adoption. Ils demandent donc leur pleine participation « à l’élaboration de nouveaux cadres de partenariat et au contrôle de leur mise en œuvre« .

Pour en savoir plus et principales sources d’information :

-. Retransmission des débats

http://audiovisual.europarl.europa.eu/Assetdetail.aspx?id=8eb9aba7-784e-4329-84ad-a70d0100dfea

-. Communiqué de presse du Parlement européen

http://www.europarl.europa.eu/pdfs/news/expert/infopress/20170131IPR60380/20170131IPR60380_fr.pdf

-. Extraits videos des débats au sein de la Commission du développement et des relations extérieures

http://audiovisual.europarl.europa.eu/Assetdetail.aspx?ref=I132982

-. La Commission annonce le nouveau cadre pour les partenariats de migration

http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-2072_fr.htm

Classé dans:Accords et politiques de coopération, Dignité humaine, Droit à la liberté et à la sûreté, Droit international, DROITS FONDAMENTAUX, Liberté de circulation des personnes, Liberté de pensée, d'expression, de religion, MIGRATIONS ET ASILE, Non-discrimination, Politiques d’asile, Politiques d’intégration, RELATIONS EXTERIEURES Tagged: Donald Trump, Sommet de Malte, Union Européenne

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