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Quelques repères et quelques chiffres.

Un enjeu considérable où l’Union européenne peut gagner en légitimité internationale, alors que le leadership sino-américain, qui a permis les accords de Paris, n’est plus à la manœuvre . Le Parlement européen a tenté, de son côté, de démontrer combien l’alliance des villes et des régions en Europe peut apporter beaucoup. Dans ce combat gigantesque, il n’y a pas que les acteurs étatiques.

Le seuil de l’irréversibilité a-t-il été franchi ? Des populations vont-elles disparaitre ou être déplacées ? La sortie du charbon est-elle possible ? Le nucléaire peut-il être maitrisé en toute sécurité ? Qui remplacera les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, quasiment absent à Bonn ? La France et l’Allemagne, seuls Etats européens et du G7 dont les dirigeants ont fait le déplacement, étaient attendus, mais ils n’ont pas réussi à rassurer en concrétisant tous leurs engagements pris à Paris : l’un comme l’autre se trouvent pris au piège de leur politique nationale, engluée même pour ce qui concerne Angela Merkel.

De son côté, Emmanuel Macron a usé de propos alarmistes pour mobiliser les volontés rétives : « l’irréversible a été franchi (…) les équilibres de la planète sont prêts à rompre » .Il mise comme d’habitude sur l’Europe pour faire bouger les choses. Il a appelé les Européens à « compenser la perte de financements américain », notamment pour financer le Giec. Il veut « un vrai prix plancher carbone », « le développement des interconnections entre les réseaux électriques », des efforts pour le stockage de l’énergie. Mais sa volonté a été tétanisée par l’exemple allemand condamné à rouvrir des centrales au charbon en fermant trop rapidement les centrales nucléaires. (cf. « pour en savoir plus » pour le texte du discours). Quant aux ONG, elles sont fortement déçues : pas d’annonces nouvelles pour accélérer la transition écologique, aucune annonce également pour les plus pauvres qui sont pourtant en première ligne du changement climatique.

Peut-on modérer ces propos pessimistes en pensant qu’Emmanuel Macron a réservé ses annonces pour le sommet international de Paris, le 12 décembre qui célèbrera les deux ans de l’accord de Paris ? Cette conférence , aux yeux d’Emmanuel Macron, a pour but de « mettre en évidence les résultats concrets de la lutte climatique et surtout de mobiliser les financements publics et privés. Dans ce contexte, que vaut l’annonce faite par Emmanuel Macron d’intégrer les objectifs climatiques dans les accords commerciaux ou l’adoption de la taxe sur les transactions financières qui permettrait de dégager annuellement 22 milliards d’euros, une partie pouvant être allouée à la solidarité internationale et au climat ? Une fois de plus un bon discours : concis et structurant, allant à l’essentiel, mais suffira-t-il ?

Sur aucun autre dossier l’entente franco- allemande n’est à ce point vitale et déterminante ; et ici c’est l’avenir de la planète qui est en jeu, rien de moins. La principale difficulté dans ce dossier, c’est qu’aucun leadership ne s’exerce, pour l’instant, aucun leadership. Il est urgent d’en bâtir un : cependant il faut souligner qu’il n’existe pas une volonté bien déclarée et que, si cette volonté n’apparait pas rapidement, il y a peu de chance et l’espoir disparaitra et avec lui tout ce qui est porté par le militantisme écologique, les perspectives offertes par les énergies renouvelables, le retour des forêts comme moyen de neutraliser les émissions de gaz carbonique, les progrès technologiques déjà opérationnels et innombrables. Il est indispensable et raisonnable d’espérer. L’urgence climatique dans ce qu’elle a de plus inquiétant ne mobilise pas les foules autant qu’on pouvait le souhaiter malgré la multiplication des faits alarmants. Les négociations sur la mise en place des accords de Paris ne sont pas encourageantes, à première vue. L’appel dramatique des 15 000 scientifiques, appartenant à 184 pays, n’a pas provoqué un sursaut salvateur : plus de 15 000 de haute responsabilité et de grande renommée. Les égoïsmes l’emportent sur la nécessaire solidarité de la planète.

Cependant, de bonnes raisons de ne pas désespérer persistent et certains ont fait l’effort de les compiler, comme par exemple entre autres le journal Libération du 17 novembre dernier. Parmi elles retenons plus particulièrement le fait que par exemple il n’est pas besoin d’attendre de nouvelles avancées technologique pour capturer le carbone, les forêts le font très bien. Le reboisement en Chine, en Inde et en Corée du sud ont permis de retirer plus de 12 milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère et de lutter contre la désertification. Le charbon appartiendra rapidement au passé pour peu que les désinvestissements se poursuivent et s’accélèrent : les investisseurs se détournent des financements liés aux énergies fossiles. Le charbon reste la pire des plaies climatiques au point de susciter des coalitions anti-charbon, y compris aux Etats-Unis ; ces coalitions rassemblent villes, Etats fédérés américains, entreprises et plus seulement les associations écologiques. Nombreux sont ceux qui se détournent des paris insoutenables, des tabous et fétiches irréalistes mettant en danger l’économie, l’emploi, la santé, la société. Le nucléaire n’est plus aussi compétitif et nécessitera à l’avenir de grandes alliances : chinoise, russe ou indienne.

Les technologies du futur sont déjà là, il faut seulement qu’elles tombent en terre fertile. Et c’est maintenant qu’il faut agir sans attendre ces fameuses énergies du futur. Alors que l’on commence à constater que le coût de certaines technologies innovantes baisse fortement, simplement du fait que les acteurs ont une vision de plus en plus claire de l’avenir. Autre signal positif de l’accélération de la transition énergétique, les renouvelables rencontrent une faveur croissante, irrésistible pour certains ? Les investissements ne se font plus dans les énergies fossiles mais en faveur du renouvelable : entre 2015 et 2016, la capacité installée a bondi de 10% à des prix inférieurs au nucléair et aux énergies fossiles. Eolien, solaire, hydroélectrique, biomasse, hydrogène : autant d’alternatives concurrentielles, y compris au pays de l’or noir comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran où se développent des technologies qui capturent les gaz à effet de serre. Le modèle agricole actuel est tout autant dévastateur ; il est déjà responsable d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre, d’où la recherche et l’essor d’une solution de plus en plus plébiscitée, l’agro-écologie : recours aux semences anciennes, moins de pesticides et d’engrais, baisse du gaspillage qui engloutit un tiers de la production, réduction de la consommation de viande.

Ce qui reste le plus significatif réside dans le fait qu’on observe un engagement fort depuis la Cop 21 de la part des entreprises privées et des acteurs financiers. Ils sont importants, voire massifs pour certains observateurs. À Bonn, un grand nombre d’entreprises ont pris des engagements. La Commission européenne a fait observer qu’après la crise financière, « la finance durable » serait la meilleure opportunité pour son système financier. Certaines entreprises ou secteurs ont vu leurs activités menacées par le réchauffement. Cela donne à réfléchir ! Il y a de plus en plus d’investisseurs qui s’engagent dans des projets environnementaux. C’est à ce thème que Macron a décidé de consacrer prioritairement son « One Planet Summit » du 12 décembre prochain. Sont attendues de nombreuses initiatives de la finance privée pour des marchés internationaux.

Les délégués des 195 pays se sont séparés en se mettant d’accord sur la tenue pendant un an d’un dialogue permanent afin de pouvoir dresser fin 2018 un bilan collectif de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce processus doit permettre d’évaluer l’effort qu’il reste à accomplir si le monde veut rester sous 2° C de réchauffement comme le stipule l’accord de Paris. Or il y a urgence car les efforts actuels conduisant à un réchauffement vont bien au-delà de ce seuil critique. La balance entre les forces en présence est incertaine. D’un côté le couple franco-allemand, qui est une vraie force : il peut redonner un véritable élan, mais cette force sera-t-elle suffisant ? Pour la chancelière, la lutte contre le dérèglement climatique est un défi majeur qui déterminera notre destin en tant qu’êtres humains. Pour le président français, « le seuil de l’irréversibilité est déjà franchi (…) il ajoute de l’injustice à l’injustice, de la pauvreté à la pauvreté , touchant d’abord les plus fragiles. Les pays riches occidentaux ont imposé au reste du monde « leur universel », ils ne doivent pas imposer leur propre tragédie au reste du monde ». Le couple franco-allemand a une vraie force. Jusqu’où peut-elle porter ? Mais il manque surtout un véritable leadership ; le leadership sino-américain si déterminant pour l’adoption des accords de Paris fait défaut pour l’heure. Trump tourne le dos à ces accords de façon délibérée, semble-il ; la Chine n’a pas déserté, mais son attitude n’est pas sans ambiguïté.

« C’est une course contre la montre », a lancé Laurent Fabius qui a favorisé l’accouchement des accords de Paris .Les nouvelles sont mauvaises, les émissions de C02 repartent à la hausse, chacun peut constater, là où il est, les records de chaleur en 2016 et 2017, les désastres climatiques spectaculaires etc … Pour mener de façon ambitieuse le combat climatique, les yeux se tournent vers l’Europe et le couple franco- allemand …La situation est complexe, tout comme les rapports de force et de ce fait le risque est grand que l’opinion publique préfère les invectives aux discours raisonnés et raisonnables.

Henri-Pierre Legros

Pour en savoir plus :

Communiqué final de la Conférence de Bonn https://cop23.unfccc.int/news/bonn-climate-conference-becomes-launch-pad-for-higher-ambition

Discours de Emmanuel Macron lors de la COP 23 à Bonn http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-lors-de-la-cop23-a-bonn/

Classé dans:FOOD FOR THOUGHTS – Interviews

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