Daniel Debomy, fondateur et Directeur de l’Institut de Recherche sur les opinions publiques (OPTEM) publie pour le compte de Notre Europe-Institut Jacques Delors, nous a habitué à des analyses encourageantes sur les relations entre l’opinion publique et l’Europe. Nea say a rendu compte régulièrement de ses travaux ( notamment : « les Européens croient-ils encore à l’Europe ? ». Optem a toujours privilégié le long terme, ces quarante dernières années, pour replacer dans ce long terme les résultats de l’instantané souvent spectaculaires mais qu’il convient de relativiser. Pour la première fois on sent poindre une inquiétude réelle. Cependant des perspectives catastrophiques ne sont pas inéluctablement au rendez-vous, comme on l’entend et le lit à satiété, chaque jour. Mais il faut prendre garde et agir.
Au vu de l’évolution convergente des réponses à plusieurs questions posées dans les enquêtes Eurobaromètre Standard, le déclin des attitudes favorables à l’Union européenne qu’on a observé depuis 2007 s’est nettement accentué en 2011, les amenant à un niveau historiquement bas où elles se sont maintenues depuis lors. Cependant, l’ampleur de la baisse récente donne à penser qu’on atteint ou qu’on approche aujourd’hui le niveau record de l’euromorosité du dernier quart de siècle. Cela est allé de pair avec une tendance croissante de l’opinion à anticiper une détérioration de la situation économique ; la corrélation entre ces variables est manifeste.
En dépit des nombreux signes négatifs d’évolution de l’opinion, le citoyen européen moyen paraît cependant vouloir encore croire que l’Union européenne peut agir utilement contre la crise et il reste une (faible) majorité relative de citoyens qui se déclarent en fin de compte optimistes pour le futur de l’UE. En moyenne les gouvernements nationaux sont encore plus mal lotis dans la confiance qui leur est protée. Ce n’est pas nécessairement une source de satisfaction.
Dans ce contexte, la monnaie unique reste l’objet d’un soutien majoritaire dans l’UE, et même très majoritaire (aux deux tiers) dans la zone euro. Ce soutien a certes diminué depuis 2007 et surtout depuis 2010, mais dans une proportion nettement moindre que celle des indicateurs d’opinion précédents. La marge d’approbation d’« une Union économique et monétaire avec une seule monnaie, l’euro » est aujourd’hui moins grande dans les pays d’Europe du Sud les plus directement touchés ou menacés par les effets de la crise. Il y a fort à parier que cette apparente frilosité s’adresse non à l’euro en lui-même mais au traitement qui leur est actuellement administré au sein de l’UEM.
Plus généralement, les citoyens de ces États membres sud-européens, pour beaucoup parmi les plus europhiles naguère, manifestent anxiété ou amertume en étant de ceux où la chute des opinions favorables à l’UE a été la plus forte depuis le début de la crise. À l’automne de 2012, le nombre des pessimistes quant à l’avenir de l’UE dépasse chez eux celui des optimistes (ou, en Espagne, s’en approche) – caractéristique qu’ils partagent aujourd’hui avec les eurosceptiques traditionnels britanniques et les citoyens d’autres pays qualifiés par l’étude de « euroréservés » (Hongrie, République tchèque). L’opinion française est aujourd’hui aussi majoritairement pessimiste sur ce plan.
Mais il y a peut-être plus grave : les lignes de fractures entre les Etats membres eux-mêmes s’approfondissent!
Au total 24 pages de données et d’analyses nuançant le propos, loin des affirmations péremptoires habituelles. Malgré les baisses de ces toutes dernières années les optimistes restent plus nombreux que les pessimistes. Parmi toutes les remarques retenons celles conclusives que le soutien à la monnaie européenne a subi une érosion moindre que d’autres indicateurs et reste majoritaire dans l’UE dans son ensemble et plus encore (nette ou très large) dans les pays qui font partie de la zone euro. Mais en conclusion, soulignons le constat suivant qui vaut avertissement : « Dans la zone euro, l’attachement déclaré à l’Euro est maintenant moins net dans les Etats membres du sud de l’Europe touchés par la crise, et devenus europessimistes, où l’on exprime sans doute par là avant tout anxiété et amertume du « traitement » de crise qui leur est administré. Curieusement d’ailleurs, en réponse à une question posée dans la dernière vague d’Eurobaromètre, les citoyens de ces Etats membres (Grèce, Chypre, Italie , Portugal, Espagne) sont presque les seuls à déclarer (avec au moins une majorité relative) que suite à « la crise », ils se sentent plus proches des citoyens des autres pays de l’UE-comme s’ils voulaient revendiquer ainsi des principes de solidarité européenne qu’ils craignent sans doute de voir se diluer. Avec eux les Belges s’expriment majoritairement dans le même sens et on trouve des majorités relatives pour soutenir cette opinion en Irlande, à Malte et en Pologne » Doit-on y voir une condamnation du chacun pour soi ou la condamnation d’un espoir fou de s’en sortir, seul, par ses propres mérites ? Ailleurs dans les autres pays la proposition est rejetée.
En conclusion que peut-on dire ? Il n’y a pas le feu dans la maison Europe comme voulait le faire croire Gérard Grunberg dans son article publié fin mars dans Télos. D’ordinaire mieux inspiré dans ses analyses politiques, G.Grunberg n’a pas de justification tangible pour en appeler les partis de gouvernements à atténuer leur discours pro-européen,pour tenir compte, écrit-il, de la poussée populiste…Sans nier cette poussée, faire un tel appel revient à promouvoir la politique de Gribouille qui ,pour éviter d’être mouillé par la pluie, proposait de se mettre à l’abri en se jetant dans le bassin rempli d’eau ! Par contre un sursaut politique au niveau européen s’impose et bien des difficultés naissent de l’absence d’un véritable projet politique européen, un projet capable de mobiliser les nations et les peuples. C’est de cette absence de l’Europe comme puissance politique que naissent les populismes. Pas moins d’Europe, mais plus d’Europe et une autre Europe.
Policy paper de Notre Europe-Institut jacques Delors: les opinions publiques européennes face à la crise (2007-2012) (FR) http://www.notre-europe.eu/011-15773-L-UE-non-l-euro-oui.html (EN) http://www.eng.notre-europe.eu/011-15775-EU-no-euro-yes.html
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