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Deux questions que les politiques ne se sont pas posés de façon très explicite, semble-t-il, seuls les analystes à, dominante académique se sont emparés de ce débat qui charrie sont lot habituel de sophismes et de rhétorique aussi creuse que péremptoire. Qui plus est, un débat apparemment sans issue. Deux questions dont les réponses se conditionnent mutuellement.

La professeure américaine de renom, Vivien Schmidt, avec beaucoup d’autres, a développé la thèse d’une gouvernance européenne fonctionnant comme une sorte de despotisme éclairé et non comme une démocratie pleine et entière : pour le peuple et par le peuple avec un gouvernement de la majorité susceptible d’être remise en cause à chaque élection comme cela fonctionne généralement dans nos démocraties nationales. Il en résulte que l’Union fait la politique sans les politiques, tandis que les Etats-nations, qui ont perdu leurs compétences, ont la politique sans les politiques. La conséquence immédiate : l’impuissance, la technocratie et l’inaptitude à construire une authentique Europe, l’absence d’un pouvoir politique légitime en étant le principal obstacle. De telles thèses, par leur absolu, sont condamnées à la stérilité : on ne voit pas comment sortir de cette contradiction. Par bien des aspects elles s’apparentent à certaines thèses de Karl Marx qui croyaient, par son ingéniosité, avoir surpassés toutes les contradictions en en faisant le moteur de l’histoire. Rien de tel ici. Enfermés dans ce cercle vicieux, on ne voit pas comment en sortir, les cloisonnements des espaces politiques nationaux étant suffisamment étanches aux yeux de ces mêmes analystes.

Mais tout cela n’est ce pas simplement un pur sophisme pour être entendu par des oreilles paresseuses : où se trouve la démarcation entre la politique, la grande politique, visionnaire si possible, et les politiques, petites choses, « techniques », purement « techniques » relevant de la gestion de l’intendance. On voit mal où se situe la frontière. Bien sûr c’est une excellente occasion pour dénoncer, une fois de plus, comme on le fait assez régulièrement depuis quelques décennies et de regretter, une fois de plus encore, l’absence d’un espace public européen unifié. Oui certes, mais pourquoi en faire un préalable à tout: le développement des politiques, de toutes les politiques, qui souvent conduisent au-delà des frontières de l’Union, frontières actuelles comme des frontières prévisibles, ne constituerait il pas le chemin le plus assuré ? Pourquoi continuer à rêver à un quelconque saut qualitatif « fédéraliste » ? Les personnalités de grande expérience qui pour le compte de « Synopia » ont fait un rapport intitulé « Refaire l’Europe », ne s’y sont pas trompés : ils ont axé leur réflexion, sur les politiques, pas « la » politique et demandé de se concentrer sur ce qui doit être fait (et fait ensemble) et de sursoir à tout nouveau changement Institutionnel.

A leurs yeux la révision des traités apparait de moins en moins comme l’instrument pour faire avancer les choses et de plus en plus comme un substitut à l’action. Tous les grands objectifs peuvent être atteints dans le cadre des traités en vigueur. Il « suffit » de le vouloir…

Bien sûr, l’absence d’un espace public européen plus unifié, à défaut d’être unique,est regrettable, y remédier est un objectif salubre, mais pour le très long terme. Entre temps cela n’empêche pas d’avancer. Comme proposé, entre autres, par la Commission européenne il n’est pas inutile de vouloir donner un visage aux prochaines élections européennes « un visage », une « figure » susceptible de s’incarner dans nos médias. Faut-il en faire le seul enjeu ? Non ce serait excessif : ce n’est pas cela qui fera que nos concitoyens se déplaceront en plus grand nombre pour voter. Ce sera le contenu des politiques proposées à leur choix !

Cette absence d’une unité politique nous interdit-elle d’avoir une politique étrangère et de défense commune ? Pas davantage ! et saisissons les opportunités qui se présentent plutôt que de ressasser et pleurer sur les occasions manquées. Mieux vaut pousser l’Europe à s’affirmer comme puissance sur la scène internationale (le cas syrien actuel est intéressant à observer de ce point de vue) pour que l’Europe porte plus haut ses propres ambitions et conquiert sa propre autonomie stratégique que d’ailleurs personne n’est en mesure de lui contester . Sa mise en œuvre relève d’un autre discours. Et ainsi mieux contribuer au système multilatéral en coopération avec les Etats-Unis, peser sur le cours de la mondialisation ( en la civilisant, en apportant ses valeurs, la paix…mais aussi par sa puissance économique de premier plan)dans un monde de plus en plus interdépendant. D’où la nécessité d’une ambition commune à la fois authentique et réaliste.

Mais pourquoi s’autolimiter à-priori ? L’Union a des moyens de coercition ciblés, flexibles, variés et couvrant une panoplie qu’aucun rival ne possède. L’UE serait-elle une puissance trop douce ? Un examen attentif nous montre qu’elle a les attributs du hard power et du soft power. Que certains de ses membres répugnent à se servir du hard power ne veut pas dire qu’elle en est dépourvue et qu’en toute circonstance elle n’en fera pas usage. C’est une conclusion pour le moins hâtive, exigeant au préalable des précautions.

« L’Union européenne peut-elle devenir une grande puissance? » s’est interrogé Maxime Lefebvre dans un excellent petit livre dont on peut recommander la lecture. Mais pourquoi un titre aussi détestable et aussi peu respectueux des faits ? Au nom de ce même réalisme que nous nous réclamions il y a quelques instants, il eût fallu écrire : « l’Union européenne est une grande puissance !mais peut-elle le rester et à quelles conditions ? ». La formule est incomparablement plus conforme aux faits, mais elle est surtout incomparablement plus mobilisatrice pour ses citoyens.

Le prochain éditorial sera consacré aux institutions : nous avons dit notre méfiance à l’égard d’une modification des traités. Mais cela ne veut pas qu’il faut refuser des ajustements d’ordre pratique. Des adaptations qui restaure la confiance.

Classé dans:Actualités, BREVES

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