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Ces révélations ont eu lieu le jour même (le 6 juin) où tous les ministres de l’Union européenne étaient réunis à Luxembourg. « c’est sans limites » titre le Washington Post » (cf. « Pour en savoir plus »). Dans un long rapport, l’opérateur téléphonique britannique a dévoilé l’étendue des écoutes menées sur son réseau, dans les 29 pays où il est présent. Le groupe, qui est l’un des tout premiers opérateurs mobiles mondiaux en nombre de clients (400 millions), est très présent en Europe, mais aussi en Asie et en Afrique, y compris dans des pays à régime autoritaire. Il n’opère plus aux Etats-Unis depuis qu’il a vendu ses parts dans l’américain Verizon en 2013.

Les détails publiés sont incomplets, notamment pour des raisons légales, rappelle Vodafone,mais ces révélations jettent une lumière crue sur les dizaines de milliers d’interceptions que les gouvernements du monde entier lui ordonnent. Vodafone fait aussi un aveu : dans un petit nombre de pays, les autorités ont un accès direct à son réseau, sans même devoir lui envoyer la moindre requête légale ou le moindre mandat.

L’opérateur britannique, très présent à l’international, a décidé cette opération transparence en réaction au scandale provoqué par Edward Snowden. Il y a exactement un an, le 6 juin 2013, le Guardian publiait le tout premier article basé sur les informations de l’ancien agent de la NSA (National Security Agency). Depuis, le débat sur la surveillance sur Internet fait rage et envahit les médias et nourrit une méfiance accrue entre les gouvernements : dernière en date l’annonce que la justice allemande ouvre une enquête sur l’espionnage du portable de la chancelière Angela Merkel.

Les multinationale de nouvelles technologies (Microsoft, Apple, Facebook, Yahoo, Linkedinrejettent la responsabilité sur les gouvernements ont déjà publié le nombre de requêtes qu’ils reçoivent chaque semestre du gouvernement américain.Jusqu’à présent, les opérateurs de téléphonie mobile ont été plus timorés. Seules quelques entreprises nationales ont tenté l’expérience : Verizon et AT & T aux Etats-Unis, Deutsche Telekom en Allemagne, et Telstra en Australie. Le rapport de Vodafone représente donc un tournant. Il détaille sur vingt pages, pays par pays, l’étendue des interceptions. Même l’association Transparency International salue la démarche. « Le rapport est remarquable par sa profondeur », estime Gus Hosein, son directeur(cf. « Pour en savoir plus ». L’opérateur britannique rappelle qu’il ne fait qu’obéir à la loi. « Refuser d’appliquer la loi d’un pays n’est pas une option possible. Si nous n’acceptons pas une demande légale d’aide, les gouvernements peuvent nous enlever notre licence d’opérateur. » Il souligne aussi que les demandes d’interception se font souvent dans des situations de crise – par exemple des soulèvements civils ou des élections explosives. « Cela signifie que nos collègues – chez Vodafone – qui collaborent avec les autorités peuvent être en danger s’ils rejettent une demande », note le rapport.

Vodafone fait remarquer qu’il se heurte à des obstacles légaux et techniques pour assurer une complète transparence, mais malgré tout le rapport laisse transparaître des informations intéressantes (par exemple Malte malgré (ou à cause) sa petitesse est l’un des pays les plus surveillés. L’Espagne a requis 48 600 métadonnées, un niveau qui semble faible par rapport à l’Italie, qui a demandé 605 000 métadonnées. En Afrique, la Tanzanie a envoyé 99 000 requêtes de métadonnées à Vodafone. Sur la France, Vodafone n’a reçu que trois demandes de métadonnées, mais l’opérateur s’est pratiquement retiré du pays depuis la vente de sa participation dans SFR en 2011.

Aussi incomplètes et difficiles à comparer soient-elles, ces statistiques donnent une idée de l’ampleur de la surveillance. Mais ce n’est rien en comparaison du petit groupe de pays – non nommé par Vodafone, mais qui ne dépasse pas six – qui peuvent se servir directement des informations de Vodafone.« Dans ces pays, les autorités ont un accès permanent aux communications des clients via leur propre lien direct », reconnaît l’opérateur. De quoi permettre une « surveillance de masse sans contrôle », s’alarme M. Hosein. D’où le titre du Washington post, déjà cité.

Pour en savoir Plus :

– Vodafone Law Enforcement Disclosure report (full text)

– Washington Post Switchboard EN

– Washington post EN

– The Guardian EN

– Transparency International : new threats mean we need more than Transparency EN

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