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Début juin, s’est déroulé au Liberté Living-Lab à Paris un événement, organisé par ‘Tous les Internets’, cherchant à savoir si les GAFA(M) sont les meilleurs alliés de la démocratie dans le monde numérique. Dans des sociétés toujours plus connectées et ne pouvant plus se passer d’accès à l’internet, les vastes questionnements sur les usages du numérique au service de nos démocraties sont essentiels.

Pas ‘d’intellectuels’ présents autour de la table, le 8 juin dernier, au Liberté Living-Lab s’apparentant à une pépinière regroupant de nombreuses personnes et start-ups. Leur objectif principal est d’interroger « l’impact des technologies sur la vie sociale » et, de ce fait, participer au développement du numérique pour le bien commun. De nombreuses problématiques sont traitées par les résidents du Liberté Living-Lab : l’éducation, la transition énergétique, la santé publique ou encore la vie démocratique.

De telles start-ups n’ont pas l’ambition de venir concurrencer les GAFA(M) (les géants de l’internet : Gogole, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft [tous étasuniens]) mais certainement de participer à l’innovation technologique sans pour autant abandonner certaines valeurs qui ont fait l’internet.

C’est en tout cas ce que semblent dire les quatre invités : Julie de Pimodan, co-fondatrice de Fluicity, une plateforme qui tente de reconstruire un lien de confiance entre les élus et les citoyens à l’échelle locale. Sébastien Lamy, fondateur de Jalgos, dont la réflection sur l’influence des algorithmes dans nos vies est intéressante. Sylvain Lapoix, journaliste participant au projet DataGueule dont les vidéos accumulent plusieurs centaines de milliers de vues sur Youtube. Et Julie Owono, avocate à la tête du bureau africain de l’association ‘Internet sans Frontières’ dont le but principal but est de promouvoir le respect des libertés en ligne et hors ligne.

Durant l’échange de plus d’une heure, de nombreux sujets ont été évoqués venant ainsi nous interroger sur l’usage de l’internet en Europe et ailleurs dans le monde. Toutefois, de telles discussions ne nous étonnent plus aujourd’hui. En l’espace d’une dizaine d’années, la prise de conscience sur la protection de nos données personnelles sur internet est allée grandissante.

Une telle protection est un sujet important concernant directement les GAFAM. Avec la masse de données que chacune d’entre elles possèdent sur les utilisateurs, il est possible de les utiliser dans l’objectif de vendre – notamment – de l’espace pour de la publicité ciblée. Quand cette publicité est politique, il est aisé d’influencer le vote de certains électeurs. C’est grâce à de tels mécanismes que certains candidats à l’élection présidentielle étasunienne ont pu limiter le vote de certains afro-américains ‘modérés’ en les dissuadant de voter pour Hillary Clinton (notamment en diffusant des rumeurs sur son supposé racisme).

D’autres éléments sont également soulevés. Facebook (et ses services : Messenger, Instagram, Whatsapp, etc) et Google (possédant Youtube, Gmail, Google drive, Google Maps, etc), par exemple, sont en quasi monopole sur les services qu’ils proposent. Ces monopoles peuvent être problématiques dans la mesure où nous ne nous informerions pas de la même manière, nous n’aurions pas le même rapport à la démocratie sans l’existence de ces entreprises. Ce qui leur donne un certain pouvoir ; ce qui permet une diffusion facilité de fake news (Facebook promet de tenter de limiter ce phénomène) ; ce qui permet aussi de nous enfermer dans une ‘bulle filtrante’ qui ne nous habitue pas à nous confronter à des opinions contraires aux nôtres.

Au-delà des simples GAFAM, l’importance et l’influence des fournisseurs d’accès à internet (FAI) sont aussi évoquées. En Europe, nous n’avons pas toujours conscience de l’état de la connectivité ailleurs dans le monde, notamment sur le continent africain. Internet y est développé mais la fracture sociale sur ce continent reste importante. Ceci est d’autant plus vrai que certains pays africains ne semblent avoir de réelle souveraineté sur le développement du réseau internet qui est laissé à de grandes entreprises telles que Orange. Une gouvernance réunissant les acteurs d’internet et les pays africains existe pour gérer le développement du réseau sur le continent. Malheureusement, à cause d’une gouvernance opaque, il n’y a aucun moyen de savoir si les FAI versent de l’argent aux États ou, inversement, si les États versent de l’argent aux fournisseurs d’internet et, de ce, de connaître les dépendances en jeu, parfois au détriment des peuples.

Ces problématiques ne sont qu’une partie de celles évoquées au cours de cette table ronde. Finalement, elle propose un rapide état des lieux des questions qui se posent dans nos usages quotidiens de l’internet. Elle nous appelle aussi à nous intéresser plus en détail à toutes ces problématiques qui sont à la fois gigantesques et entremêlées. Le numérique et son développement ne peuvent pas être dissociés des autres questions qui se posent à nos sociétés (éducation, démocratie, santé, inégalités sociales, etc) tant l’influence du numérique est importante sur la vie des êtres humains quelle que soit leur localisation sur la planète.

Pour plus de détails, veuillez regarder la table ronde de ‘Tous les internets’ à l’adresse suivante (1h16) : https://www.facebook.com/touslesinternets/videos/1676117359361593/.

Pierre Angelloz-Pessey

Image : Câbles sous-marins permettant la circulation des données en 2014. Capture d’écran du site submarine-cable-map-2014.telegeography.com.

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