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Outre les statistiques que nous livre Europol dans un rapport récent, le moment est venu de prendre un peu de recul comme nous y invite Gilles de Kerchove, coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme. L’aspect dramatique et spectaculaire des récents attentats ne doit pas dissimuler les mutations importantes que le terrorisme connaît dans l’Union européenne.

Selon l’AFP, le nombre des arrestations liées au terrorisme jihadiste et des personnes soupçonnées d’infractions liées au terrorisme lié au jihadisme a fortement augmenté. Le chiffre a presque doublé en deux ans, a annoncé le 15 juin dernier l’Office européen de police Europol. En 2016, 718 personnes soupçonnées d’infractions liées au terrorisme ont été arrêtées contre 395 en 2014. La plupart des 1002 arrestations en lien avec les activités terroristes jihadistes ont eu lieu en France (456), puis au Royaume-Uni (149) et en Espagne (120). Le nombre des attaques jihadistes est passé quant à lui de 17 en 2015 à 13 en 2016, dont six liées au groupe État Islamique. Sur l’ensemble de l’Union, 142 personnes ont été tuées dans les attentats l’an dernier, dont 135 dans les attaques jihadistes. Environ 142 attaques, y compris celles ayant échoué ou ayant été déjouées, ont par ailleurs été signalées par 8 États membres, dont plus de la moitié (76) par le Royaume-Uni, 23 par la France, 17 par l’Italie et 10 par l’Espagne. Le Directeur de Europol, Rob Wainwright, a tenu à faire passer deux messages importants :

  • Dans notre volonté de les combattre, nous devons réitérer notre détermination à coopérer et à partager nos informations et notre expertise.
  • Les femmes et les jeunes adultes, même des enfants, jouent un rôle opérationnel de plus en plus important. Près d’un tiers de l’ensemble des personnes arrêtées était âgé de 25 ans ou moins, tandis qu’une personne arrêtée sur quatre (26 %) était une femme.
  • L’UE a réduit sa vulnérabilité : « le nombre d’attaques déjouées est impressionnant ».
  • L’assistance aux pays du voisinage méridional de l’Union est une priorité

Dans une contribution donnée à la Fondation Robert Schuman, Gilles de Kerchove a voulu nous alerter sur l’évolution du combat et l’importance cruciale de certains points. Le plus important de tous, est, à ses yeux, la priorité absolue à donner à la prévention sur toute autre considération. « Il convient d’investir massivement dans la prévention. Beaucoup peut être fait pour soutenir le travail des acteurs sociaux, professeurs, de la société civile, des associations de quartier, des réseaux tels que la Awareness Network (Ran), ou les politiques d’éducation du sport, de la jeunesse, le développement d’un programme d’échanges virtuels avec les pays du sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient que la Commission va lancer prochainement. Je suis le premier à dire qu’une approche purement répressive serait complètement contre-productive ». Ce serait une erreur de traduire en justice tous ceux qui reviennent, car les prisons sont de véritables incubateurs.

5000 jeunes européens sont partis faire jihad, c’est considérable, mais ce n’est rien : il y a un réservoir incalculable de personnes qui ne partent pas, mais elles restent en Europe et se radicalisent, souligne Gilles de Kerchove. Leurs profils varient à l’infini ; ils doivent être combattus avec la même vigueur que le terrorisme islamique. Dans ce processus, Internet joue un rôle central : il faut agir davantage sur le Web. Les compagnies de l’Internet peuvent et doivent nous aider, c’est essentiel ; et dans ce combat, Daech ne doit pas faire perdre de vue que d’autres groupes existent et leurs objectifs sont comparables sur le long terme.

Le potentiel d’Europol qui monte en puissance, avec la création du Centre européen pour le contre-terrorisme et la constitution d’équipes conjointes pour la conduite d’enquêtes, devrait être davantage exploité. La révision en cours du code frontière Schengen va permettre à cet égard une avancée importante.

Les systèmes d’information électronique de l’UE, nombreux, doivent être améliorés, surtout dans leur interopérabilité ; mais il ne suffit pas de les améliorer, il faut surtout les alimenter et les utiliser : certains les alimentent sans s’en servir et inversement. Ce survol rapide montre combien les améliorations, surtout dans le comportement des acteurs, sont possibles et nécessaires, comme si ces acteurs n’étaient pas encore entrés véritablement dans cette guerre d’un nouveau type. Des insuffisances qu’a reconnues le Conseil européen des 22 et 23 juin derniers : « il nous faut accélérer les efforts que nous menons ensemble pour partager nos connaissances sur les combattants terroristes étrangers et les individus radicalisés qui ont grandi à l’intérieur de nos frontières et faire progresser les mesures stratégiques pour gérer la menace ».

Au vu de ces remarques de Gilles de Kerchove, on peut, en conclusion, constater que des progrès significatifs existent, que des résultats positifs peuvent être comptabilisés, mais ils ne masquent pas une insatisfaction larvée face aux dysfonctionnements en matière d’échange d’informations que la presse souligne après chaque événement. C’est ce qui a amené les deux présidents des groupes parlementaires ALDE et PPE du Parlement européen, Guy Verhofsadt et Manfed Weber, à demander au début du mois de juin une commission d’enquête, idée qui a déjà été émise en début d’année, mais qui tarde à se mettre en place. Défendre l’Europe, c’est défendre sa souveraineté.

HPL

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