EU-Logos

La genèse

Historiquement, le noyau dur de ce qui allait progressivement
prendre la forme d’une politique proprement européenne de « coopération au
développement » en direction des pays dits « du Tiers Monde »  – ainsi dénommés à l’époque de la rivalité
Est-Ouest –  pouvait déjà être discerné
dans le terreau des premières Communautés.

A l’aube-même de la saga communautaire, la déclaration
prononcée par Robert Schuman le 9 mai 1950 dépassait la perspective
euro-centrée de son appel en assignant expressément à l’Europe de
« poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles : le
développement du continent africain ».

Certes, le lien colonial prévalait encore à l’époque dans la
structure politique d’Etats fondateurs comme la Belgique et la France. Mais,
lorsque quelques années plus tard, le Traité de Rome sera signé pour créer la
« Communauté «économique européenne » (CEE), le souci d’aménager des
relations particulières entre les « Six » et les «territoires
d’Outre-mer » s’est imposé dans la dernière ligne droite des négociations
du Traité. Aussi, la quatrième partie de ce dernier y fut-elle spécifiquement
consacrée, combinant aspects commerciaux et éléments d’aide financière.

En fait, peu de temps après, le mouvement de décolonisation
qui marquait la scène internationale à la fin des années 50 et au début des
années 60 allait singulièrement changer la donne : d’un lien de métropoles
à colonies, la relation se transformait en rapports entre Etats souverains –
avec, pour corollaire, un trait d’union appelé à passer d’unilatéral à
contractuel. A partir de ce moment-là, l’instrument privilégié de cette
relation devenait l’accord international, dont tant les parties
signataires  que le contenu devaient
connaître graduellement un accroissement substantiel.

L’ancienne alliance

C’est donc en recourant à la formule des « accords
d’association » prévus par le Traité de Rome que les relations entre la
CEE et un certain nombre de pays nouvellement indépendants prendront corps. En
fait, ce sont à l’époque des Etats africains francophones qui constitueront le
substrat de cette composante « Sud » du partenariat. Dans ce
contexte, en 1963, les Six signeront à Yaoundé, capitale du Cameroun, une
première « convention » les associant à dix-huit Etats africains
ainsi qu’à Madagascar.  Cet accord sera
renouvelé en 1969 entre les mêmes partenaires qui, trois ans plus tard,
accueilleront l’Ile Maurice dans leur cercle.

Les deux Conventions de Yaoundé ont permis de consolider les
deux axes dessinés par le Traité de Rome : un volet commercial fondé sur
la réciprocité des droits et obligations des parties contractantes ; un
volet financier destiné à la réalisation de projets de développement –
notamment dans les domaines de l’agriculture et des infrastructures telles que
des routes, des barrages ou des hôpitaux. L’instrument principal de cette aide
sera le Fonds européen de développement (FED), dont une première mouture avait
été instituée dans le cadre du Traité de Rome avec une dotation de l’ordre de
500 millions d’euros. C’est cet outil qui, au rythme d’une périodicité de cinq
ans, alignée sur la durée assignée à chaque Convention d’association, permettra
d’accorder des aides non remboursables aux pays associés (y compris les
territoires d’Outre-mer restés sous la tutelle de certains Etats membres, telle
la Nouvelle-Calédonie encore rattachée à la France). Le montant de chaque FED –
de l’origine à aujourd’hui, où un 11ème Fonds, d’un montant de plus
de 30 milliards d’euros est encore en vigueur – est détaillé dans un tableau
annexé à la présente note.

La nouvelle alliance

La Convention de Yaoundé II venant à expiration au milieu de
la décennie 70, c’est en fait le premier élargissement de la Communauté en 1972
qui donnera une nouvelle impulsion à la coopération Europe-Tiers Monde.
L’adhésion du Royaume-Uni en sera le facteur déterminant en raison de ses liens
particuliers avec les pays du Commonwealth. Ce nouveau profil se traduira par
l’adjonction d’une trentaine de partenaires au cercle de l’association, la CEE
passant de 6 à 9 Etats membres et les pays associés de 19 à 46. Ces derniers
engloberont une majorité d’Etats africains, mais compteront également des pays
indépendants, essentiellement insulaires, situés dans les Caraïbes et le
Pacifique, où l’influence britannique demeure forte – d’où la dénomination
géographique et non plus institutionnelle dont ceux-ci vont se doter : les
Etats ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Pour sceller ce renouvellement de l’alliance, les deux
groupes de partenaires signeront une nouvelle Convention, le 28 février 1975, à
Lomé, la capitale du Togo. Celle-ci sera en fait l’enseigne de quatre accords
successifs – une véritable dynastie (Lomé I, Lomé II, Lomé III, Lomé IV)  – jusqu’en 2000.

Quant au contenu de ces accords, en plus des volets
traditionnels de la dimension commerciale et de l’aide financière, d’autres
espaces de coopération vont progressivement cimenter la relation Communauté-ACP
– par exemple pour atténuer les effets de l’instabilité des recettes provenant
de l’exportation de divers produits agricoles ACP. En outre, dans le souci
d’assurer une meilleure prévisibilité de l’aide communautaire, une « programmation »
de cette aide sera négociée avec chaque Etat ACP ou entité régionale groupant
plusieurs Etats ACP.

Le milieu de la décennie 70 sera également marqué par un
élargissement des cercles de coopération, parallèlement à l’extension
géographique réalisée par la Convention de Lomé. Ainsi, en 1976, des accords
spécifiques seront conclus avec des pays du Sud de la Méditerranée (Maghreb et
Machrek) et un partenariat sera amorcé en direction des pays d’Asie et
d’Amérique latine. L’extension ultérieure du noyau communautaire à de nouveaux
Etats membres tels que l’Espagne et le Portugal favoriseront cette dynamique.

Le tournant des années
90

Le début de la décennie 1990 marquera un tournant majeur dans
la politique de coopération au développement de l’Union européenne.

D’une part, la chute du Mur de Berlin, de même que les
pratiques du Fonds monétaire international vont permettre l’émergence de
nouvelles « conditionnalités » tant sur le plan politique (respect de
la démocratie et des droits humains) que sur le terrain économique (aide à
l’ajustement).

D’autre part, le Traité de Maastricht, signé en 1992,
comporte une innovation fondamentale : à savoir qu’au-delà d’une
construction empirique progressivement édifiée à partir du Traité de Rome,
c’est lui qui introduit des dispositions consacrant solennellement, en tant que
telle, une politique  à laquelle le
Traité va dédier un ensemble d’articles réunis sous un Titre spécifique : « coopération
au développement » (et non pas « politique de développement »,
cette dernière appellation étant réservée à celle menée en interne par les pays
ACP ou autres).

Une telle politique, à laquelle le Traité fixe des objectifs
précis tels que la lutte contre la pauvreté ou la contribution à une meilleure
insertion des pays en développement dans l’économie mondiale, est par
ailleurs  conçue comme devant entretenir
des rapports de complémentarité avec celles menées en la matière et de façon
bilatérale par chacun des Etats membres de l’UE. Elle se situe donc dans une
optique de cohérence à l’échelle de l’Union tout entière.

Le nouveau
siècle : de l’association au partenariat

Le terme de la dernière Convention de Lomé ayant été fixé à la
fin de 1999, l’UE et les quelque 80 Etats ACP  alors partenaires de l’Union vont se trouver
de nouveau autour de la même table – mais cette fois à Cotonou au Bénin et non
plus à Lomé – afin de négocier, dans la perspective d’une durée de vingt ans,
un accord quelque peu différent des précédents.

La terminologie reflètera cette volonté d’évolution en consacrant
l’appellation d’ « accord de partenariat ». A l’occasion de la
révision quinquennale de son protocole financier, il sera légèrement amendé à
deux reprises, en 2005 et en 2010.

Sur le plan politique, après quelques timides premiers pas
esquissés avec Lomé IV en 1989 et davantage affirmés lors d’une révision
partielle à mi-parcours en 1995, les négociateurs de Cotonou ont accordé une
place éminente au respect des principes démocratiques et des droits de l’homme
ainsi que la bonne gouvernance en tant qu’ « éléments essentiels »
permettant de moduler, si nécessaire,  la
mise en œuvre de la coopération. L’attachement à ces critères peut aller
jusqu’à la suspension temporaire de la coopération en cas de violation
flagrante de tels éléments… une sanction qui a été appliquée à plusieurs
reprises, par exemple à l’encontre de Fidji ou de la Côte d’Ivoire.

Sur le plan commercial, l’Accord de Cotonou prévoit la
conclusion d’accords de partenariat économique à caractère régional visant à
développer le libre-échange entre l’UE et les ACP par une ouverture réciproque
des marchés : un régime qui marque une rupture avec celui de Lomé fondé
sur des préférences non réciproques en faveur des ACP.

La mise en œuvre de l’Accord de Cotonou témoigne enfin d’une
évolution quant à la nature de l’aide :

  • L’instrument principal de la coopération demeure le FED, doté, pour la période 2014-2020, d’une enveloppe de l’ordre de 30 milliards d’euros, à laquelle s’ajoutent des ressources en provenance de la Banque européenne d’investissement à hauteur de 2,6 milliards (v. tableau en annexe, qui retrace l’aide financière européenne depuis l’origine).
  • Parallèlement, la panoplie des instruments financiers s’est enrichie de divers crédits provenant du budget général de l’UE (auquel, pour des raisons historiques et politiques, voire pratiques, le FED demeure extérieur) et qui, s’ils s’adressent aussi en partie aux ACP, dépassent le cercle. Tel est le cas d’un « instrument général de coopération au développement » ou des crédits permettant, par exemple de soutenir des coopérations thématiques spécifiques (environnement, soutien aux efforts de paix, etc.).
  • Mais là où un tournant a été amorcé récemment, c’est, à côté du financement direct de projets ou de programmes de développement déterminés, la mise à disposition de crédits dans le budget des pays bénéficiaires. Aujourd’hui, cette forme d’aide représente environ 25% de l’ensemble de l’aide au développement de l’UE. Elle a été fortement encouragée lors de la Conférence internationale sur le financement du développement qui s’est tenue en 2015 à Addis-Abeba.

Quid de l’apport du
Traité de Lisbonne ?

Le Traité de Lisbonne, signé en 2007, n’a pas fondamentalement
innové en matière de coopération au développement.  Grosso modo, ses négociateurs se sont
contentés de consolider l’acquis inauguré par le Traité de Maastricht, lui-même
complété à la marge dans ce domaine par les Traités d’Amsterdam en 1997 et de
Nice en 2000.

Ainsi, l’architecture de la coopération extérieure de l’UE se
décline-t-elle aujourd’hui en trois volets matérialisés par autant de chapitres
distincts consacrés à cette coopération dans le Traité sur le fonctionnement de
l’Union européenne : la coopération au développement ; la coopération
économique, financière et technique avec les pays tiers (quels qu’ils soient, y
compris des pays émergents, voire industrialisés) ; l’aide humanitaire.

Pour ce qui est en particulier de la coopération au développement, le premier paragraphe de l’article 208 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne est rédigé de la manière suivante :

« La politique de l’Union dans le domaine de la coopération au développement est menée dans le cadre des objectifs de l’action extérieure de l’Union. La politique de coopération au développement de l’Union et celles des Etats membres se complètent et se renforcent mutuellement. L’objectif principal de la politique de l’Union dans ce domaine est la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté. L’Union tient compte des objectifs de la coopération au développement dans la mise en oeuvre des politiques qui sont susceptibles d’affecter les pays en développement. »

Ce libellé se place délibérément sous le signe de la
cohérence, aussi bien entre l’Union et ses Etats membres qu’entre les diverses
politiques menées par l’Union dans l’hypothèse où telle ou telle de ces
dernières pourraient se trouver en contradiction avec la politique de
coopération au développement. Le risque de conflit avec la politique agricole
commune, par exemple, montre la sensibilité d’une telle préoccupation : le
secteur du sucre en constitue une illustration emblématique (concurrence entre
la betterave à sucre produite en Europe et la canne à sucre récoltée dans les
ACP).

Nouvelles perspectives

Les évolutions les plus récentes n’échappent pas au contexte
général de la mondialisation. Ainsi, depuis septembre 2015, de nouveaux
objectifs de développement ont été définis par les Nations unies, quinze ans
après un premier pas en ce sens. Ils se situent délibérément dans l’optique du
« développement durable » à l’horizon de 2030 en s’efforçant
d’assurer un équilibre entre ses trois dimensions : économique, sociale et
environnementale.

Dans cette « mondialisation ambiante », combinée à
des initiatives plus spécifiquement régionales, l’UE a abordé une nouvelle
phase de ses relations avec les pays tiers. 
Elle se traduit essentiellement par des « partenariats
stratégiques » à géométrie variable. C’est ainsi que de tels partenariats
ont été engagés sur le continent européen lui-même avec la Russie  et avec l’Ukraine. Mais, sur le plan
bilatéral, ce mouvement revêt également une dimension intercontinentale, comme
par exemple le partenariat avec l’Inde. Une telle approche s’ouvre par ailleurs
à des espaces inter-régionaux : des « sommets », qui se tiennent
à intervalles réguliers depuis la fin des années 90, réunissent ainsi
périodiquement l’UE et l’Asie, l’UE et l’Amérique latine (y compris les Caraïbes)
, l’UE et l’ Afrique.

Ces deux derniers exemples (Caraïbes, Afrique) pourraient
accréditer l’idée que, d’une certaine façon, la cohérence de la relation UE-ACP
serait désormais fragmentée, voire mise en question. La réalité est plus
nuancée : tout comme le développement d’une politique régionale au sein de
l’UE n’a pas remis en cause les acquis du marché unique, on peut estimer que la
valorisation des relations bi-régionales entre l’Union et ses partenaires ACP
constitue un certain approfondissement d’une démarche concertée plus globale.

La réflexion à cet égard épouse d’autant plus l’actualité
aujourd’hui que l’Accord de Cotonou, conclu – rappelons-le – en 2000 pour une
durée de vingt ans, doit expirer dans quelques mois.  Aussi, l’UE et les pays ACP ont-ils engagé de
nouvelles négociations à l’automne 2018 en vue d’établir le futur cadre de
leurs relations.

Il est encore trop tôt pour anticiper le contenu du
partenariat post-Cotonou. Mais, dans le souci de conférer davantage de
souplesse à celui-ci, l’Union a, par exemple, proposé que l’on envisage un
accord consistant en trois « pactes régionaux » spécifiques (Afrique,
Caraïbes, Pacifique) greffés sur un socle commun définissant des objectifs, des
priorités et des principes généraux gouvernant l’ensemble de la relation
UE-ACP. Pour leur part, dans leur mandat de négociation, les ACP ont mis
l’accent sur leur aspiration à devenir une organisation transcontinentale de
premier plan, oeuvrant de manière solidaire en faveur de la paix et de la
sécurité  – préoccupation
particulièrement sensible dans l’Afrique contemporaine –  et bénéficiant d’un régime commercial
préférentiel de la part de l’UE.

A cela s’ajoute une incertitude susceptible d’affecter les deux groupes de partenaires : à savoir l’incidence du Brexit, dans la mesure où, d’une part, la contribution du Royaume-Uni à l’aide communautaire au développement est loin d’être négligeable, et où, d’autre part, un nouveau statut d’Etat tiers par rapport à l’UE pose la question de ses relations avec l’ensemble des Etats ACP, même si une partie substantielle de ces derniers est constituée de pays appartenant au Commonwealth.

Le ciment de  la cohésion

En fait, avant que les perspectives ne se concrétisent à
l’issue de la négociation du nouvel accord de partenariat, deux éléments
méritent d’être mis en évidence à la lumière du renforcement d’une certaine
cohésion de part et d’autre, voire conjointement.

Du côté de l’UE, la démarche s’est inscrite dans un processus
interinstitutionnel initié en 2005. Dans ce cadre, les présidents respectifs du
Parlement européen, du Conseil et de la Commission ont signé, sous forme de
déclaration, un document commun intitulé « le consensus européen pour le
développement » (publié au Journal officiel de l’UE n° C 46 du 24 février
2006).

Pour la première fois en près de cinquante ans de
coopération, celui-ci a établi un cadre de principes communs dans lequel l’Union
et ses Etats membres entendent chacun mettre en œuvre leurs politiques de
coopération au développement dans un esprit de complémentarité: appropriation
(« ownership »), partenariat, dialogue politique approfondi,
participation de la société civile, égalité en matière de genre, engagement
continu pour prévenir la fragilité des Etats bénéficiaires de l’aide européenne.
Dans ce contexte, l’UE a considéré que la qualité de l’aide représentait un
objectif primordial au service de l’efficacité et qu’elle pouvait apporter
elle-même une certaine valeur ajoutée grâce à sa présence à l’échelle mondiale,
à son expérience, à son rôle dans la promotion de la cohérence des politiques,
à son appui à la démocratie et au respect des droits de l’homme, à la promotion
de la participation de la société civile et de la solidarité Nord-Sud.

Cette approche a été rééditée douze ans plus tard : le 7
juin 2017, les présidents des trois institutions, auxquels se sont joints
expressément les Etats membres de l’UE en tant que tels, ont agréé un nouveau
consensus dont ils ont entendu promouvoir la mise en œuvre jusqu’en 2030. Ce
regroupement signifie que, désormais, le consensus englobe l’ensemble du
« corps constitutif » de l’Union – institutions communautaires et
pays membres –  proclamant une volonté de
coopérer plus étroitement. En référence à la finalité première mise en évidence
dans le Traité de Lisbonne, le document réaffirme que l’éradication de la
pauvreté demeure l’objectif phare de la coopération européenne au
développement. L’approche ainsi convenue 
combine les dimensions économique, sociale et environnementale relevant
du concept de « développement durable », alignant de la sorte
l’action extérieure de l’UE sur les objectifs de développement durable (ODD) définis
par les Nations unies en 2015 avec pour perspective l’horizon 2030. A titre de
symbole fort, les priorités sont déclinées à l’enseigne de ce qu’il est convenu
d’appeler les « cinq P » : peuples, planète, prospérité, paix et
partenariat.  Le nouveau consensus est en
outre conçu comme une  base permettant à
l’Union et à ses Etats membres de s’engager dans des formes plus innovantes de
financement du développement en mobilisant les investissements du secteur privé
ainsi que des ressources nationales supplémentaires.

Du reste, ces efforts visant à assurer une plus grande
complémentarité de la coopération au développement à l’échelle de l’UE se
reflètent aussi sur le terrain quantitatif : à savoir que l’aide publique
cumulée fournie par le « bloc » européen s’inscrit  au premier rang si l’on considère la situation
au niveau mondial. Ainsi, selon l’OCDE, avec 75,7 milliards de dollars en 2017,
l’aide européenne occupe la tête, à un niveau de 57% de l’aide totale – loin
devant les Etats-Unis (20 milliards, soit 15%).

Du côté des ACP, l’Afrique a réalisé un véritable
« clonage » en empruntant largement au modèle de l’UE pour structurer
sa propre organisation à vocation continentale, l’Union africaine (UA), créée
en 2002, en remplacement de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Pour
accomplir ses missions politiques en tant qu’émanation de 55 Etats, l’UA s’est
en effet dotée d’institutions comparables à celles de l’UE : un Parlement
panafricain, une Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, un Conseil
exécutif (à l’échelon ministériel), une Commission et une Cour africaine de
justice.

Mais un pas important avait aussi été accompli au niveau de
l’ensemble du partenariat dès les premières conventions liant l’UE aux ACP, et
ce par l’institutionnalisation conjointe de cette relation. 

Pour illustrer cette démarche dans son état le plus récent,
on notera que l’Accord de Cotonou consacre sa deuxième partie  – qui vient après l’énoncé des grands
principes politiques gouvernant le partenariat – à ces dispositions
institutionnelles. Celles-ci se rapportent à trois organes : le Conseil
des ministres,  composé, pour la partie
européenne,  des membres du Conseil de
l’UE, de membres de la Commission (selon leurs compétences en liaison avec les
sujets traités) et, pour la partie ACP, d’un membre du gouvernement de chaque Etat
partenaire ;  le Comité des
ambassadeurs, regroupant, d’une part, le représentant permanent de chaque Etat
membre auprès de l’UE ainsi qu’un représentant de la Commission et, d’autre
part, le chef de mission de chaque Etat ACP auprès de l’Union ; enfin, une
Assemblée parlementaire paritaire, composée, en nombre égal , de membres du
Parlement européen et de parlementaires issus de chaque Etat ACP.  Le nombre de ces derniers étant à l’heure
actuelle de 79, la représentation du Parlement européen s’établit donc elle
aussi à 79 membres choisis parmi les députés européens.

En considérant le chemin ainsi parcouru en six décennies, un
observateur combinant rigueur géométrique et esprit bucolique pourrait en
conclure que la coopération européenne au développement serait passée d’un
« pré carré » relativement exigu à un « champ » qui épouse
aujourd’hui les contours du Globe.

Avec un peu de recul, on perçoit qu’un tel cheminement a été
marqué, à ses différentes étapes, par la conjugaison de trois éléments
influents : le contexte
international
(guerre froide, chute du Mur de Berlin, glissement vers la
multipolarité géopolitique, fluctuations des cours des matières premières,
influence de l’Organisation mondiale du commerce)…) ;  une
évolution propre à l’UE
(élargissements, intensification graduelle de ses
relations extérieures, consécration d’une politique spécifique de coopération
au développement…); les évolutions
touchant les pays en développement eux-mêmes
(décolonisation, construction
d’ensembles régionaux, instabilité interne).

Aujourd’hui, de nouveaux défis s’invitent sur la scène du
partenariat, tels que les migrations, la menace terroriste, le changement
climatique ou la montée en puissance des pays émergents… voire les conséquences
du Brexit.

Il convient enfin d’observer que, si la coopération
spécifiquement « communautaire » au développement peut être
considérée comme une « valeur ajoutée » – certes plus qualitative que
quantitative – par rapport aux actions conduites sur ce terrain par les Etats
membres au titre de leurs politiques bilatérales, cette valeur ajoutée prend
d’autant plus d’ampleur qu’elle s’inscrit dans une démarche de cohérence.

Or, une telle plus-value peut également s’apprécier d’un
autre point de vue : celui d’un « effet levier ».  Ainsi, l’engagement communautaire dans le
financement d’un projet est susceptible de constituer un signal suffisant pour
que d’autres bailleurs de fonds s’impliquent dans la même opération. En outre,
plus généralement, le canal de la coopération au développement à l’échelle de
l’Union a permis aux Etats membres n’ayant  que peu 
– voire pas du tout – entretenu de contacts avec des pays en développement
avant leur adhésion à l’UE de cultiver un nouveau champ de relations
internationales en s’engageant à leur tour dans cette approche multilatérale :
un engagement, dont, par ricochets, bénéficient très concrètement, à
l’extrémité de la chaîne, leurs entreprises intéressées par des contrats
commerciaux, voire par une participation aux appels d’offres liés à la mise en
œuvre des projets de développement.

D’une certaine façon, on pourrait en conclure qu’en laissant aux Etats membres et à leurs partenaires du monde en développement le soin de fournir la farine, l’eau ainsi que le sel et de veiller à la cuisson, l’Union européenne aura fait office de levain dans la pâte… une manière de retour aux sources pour le terme de « compagnonnage », issu du latin cum pane : « avec le pain », symbole emblématique du concept de partage.

Gérard Vernier et Giulia Marino


AIDE FINANCIÈRE DE L’UE AUX ACP (EAMA) / PTOM

(en millions uc / ecu
/ euro)

RÉFÉRENCE FONDS
EUROPÉEN

DE
DÉVELOPPEMENT
BANQUE
EUROPÉENNE

D’INVESTISSEMENT
TRAITÉ DE ROME
1957
(1er
FED)                    581  

       
1959-1964
__________
CONVENTION DE YAOUNDÉ I
1963
 (2ème FED)                   666
       
1964-1970
64
CONVENTION DE YAOUNDÉ II
1969
(3ème
FED)                   828

      
1970-1975
90
CONVENTION DE LOMÉ I
1975
(4ème
FED)                 3 000

      1975-1980
390
CONVENTION DE LOMÉ II
1979
(5ème
FED)                4 542

         1980-1985
685
CONVENTION DE LOMÉ III
1984
(6ème
FED)                 7 400

      
1985-1990
1 100
CONVENTION DE LOMÉ IV
1989
(7ème
FED)              10 800

       1990-1995
1 200
CONVENTION DE LOMÉ IV bis
1995
(8ème FED)             13 132
       
1995-2000
1 658
ACCORD DE COTONOU
2000
(9ème FED)             13 500
       
2000-2007
1 720
ACCORD DE COTONOU révisé 1
2005
(10ème FED)           22 682
       
2008-2013
2 030
ACCORD DE COTONOU révisé 2
2010
(11ème FED)            30 506
       
2014-2020
2 600

L’article L’UE et le monde en développement, un attachement réciproque : du cordon ombilical de la colonisation aux liens du partenariat politique est apparu en premier sur Le portail de référence pour l'espace de liberté, sécurité et justice.

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