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Résumé

Bien que ce conflit ne soit plus au centre de l’actualité, la guerre dans l’est de l’Ukraine reste une réalité. Depuis 2014, plus de 13 000 personnes ont été tuées dans le cadre du conflit qui oppose les séparatistes pro-russes et les forces du gouvernement ukrainien après le soulèvement populaire du mouvement Euromaïdan. La crise qui en résulte entre l’Union Européenne (UE) et la Russie au sujet de leur voisinage commun invite donc à s’interroger sur la Politique Européenne de Voisinage en Ukraine.

1.     
Introduction

Bien que ce conflit ne soit plus au centre de l’actualité, la guerre dans l’est de l’Ukraine reste une réalité[1]. Depuis 2014, plus de 13 000 personnes ont été tuées dans le cadre du conflit qui oppose les séparatistes pro-russes et les forces du gouvernement ukrainien après le soulèvement populaire du mouvement Euromaïdan[2]. La crise qui en résulte entre l’Union Européenne (UE) et la Russie au sujet de leur voisinage commun invite donc à s’interroger sur la Politique Européenne de Voisinage en Ukraine. Cet article consistera tout d’abord à revenir sur les débuts de la mise en œuvre de la Politique Européenne de Voisinage (PEV) en Ukraine jusqu’à l’éclatement de la crise et de l’annexion de la Crimée. Ensuite, il reviendra sur la réaction de l’UE, illustrée principalement au travers de l’imposition de sanctions à l’égard de la Russie et des régions séparatistes, ainsi par le développement en parallèle de négociations de paix dans le cadre du « format de Normandie ». Pour terminer, un bref bilan sera dressé concernant les principales critiques à l’encontre de la mise en œuvre de la PEV en Ukraine.

2.     
Les
débuts de la PEV en Ukraine

En 1991, l’Ukraine devient l’un des quinze pays
nouvellement indépendants après la chute de l’Union des Républiques Socialistes
Soviétiques (URSS). Le pays doit alors construire sa propre politique étrangère
avec le monde extérieur. Rapidement, cette question devient une priorité en
Ukraine, en raison des nombreux problèmes économiques et sociaux auxquels le
pays faisait face. En effet, le défi principal de l’Ukraine depuis
l’indépendance consistait surtout à se moderniser, construire son identité et asseoir
sa nouvelle souveraineté[3].

Mais la situation géopolitique de l’Ukraine est
complexe, constamment partagée entre ses intérêts européens et russes. En tant
qu’ancien pays membre de l’URSS, elle était historiquement liée à la Russie.
Mais après l’indépendance, l’Europe devient pour les Ukrainiens, synonyme de
liberté, de modernisation démocratique et de développement économique[4].
Le rapprochement avec l’UE est ainsi invoqué à plusieurs reprises dès le début des
années 1990[5].
L’élargissement de l’UE et la modernisation accélérée des pays de l’Est vont
encore davantage renforcer l’attractivité du modèle européen pour les Ukrainiens.
Par conséquent, depuis l’indépendance, la politique étrangère de l’Ukraine a
été dominée par la question déterminante du « retour à l’Europe »[6]. Néanmoins,
malgré le désir de la plupart des Ukrainiens de se rapprocher de l’Occident, on
ne peut pas dire que ce sentiment soit partagé par l’ensemble de la population.
Certains soulignent plutôt l’importance des liens avec l’espace postsoviétique,
particulièrement avec la Russie et considèrent que seul un rapprochement avec
les pays de la Communauté des États indépendants (CEI) permettrait de surmonter
les difficultés auxquelles le pays doit faire face[7].

L’élection présidentielle de 2004 illustra cette grande
tension persistante au sein de la population ukrainienne, constamment partagée
entre une politique pro-russe et pro-européenne[8]. Les
deux candidats Iouchtchenko et Ianoukovytch proposaient deux programmes
complètement différents : tandis que le premier, populaire à l’ouest,
considérait l’adhésion à l’UE et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique
Nord (OTAN) comme impérative, le second soutenu par la Russie voulait
privilégier le rapprochement avec la CEI et prévoyait également l’intégration à
l’Espace Économique Eurasien[9].
Ces élections seront finalement marquées par l’émergence de plusieurs
manifestations politiques, mieux connues sous le nom de « Révolution
orange », indiquant le choix d’une large partie de la population en faveur
de l’Europe[10].

Après avoir joué un rôle significatif pendant la
Révolution orange, l’UE a apporté son plein soutien au président Iouchtchenko.
C’est dans ce contexte que la PEV a été mise en place. Elle vise à étendre aux
pays voisins les valeurs démocratiques ainsi que certaines normes et pratiques
économiques, sociales et environnementales de l’UE. Grâce à la mise en œuvre de
ses politiques, elle voyait la possibilité de créer un « cercle d’amis »
en soutenant et en favorisant la stabilité, la sécurité et la prospérité dans
les pays les plus proches de ses frontières[11].

En 2005, l’Ukraine a été le premier pays à signer un
Plan d’Action, élaboré dans de nombreux domaines tels que la politique, l’économie,
les affaires sociales, les transports, la justice, ou encore l’énergie, et
comprenant une série de mesures susceptibles de renforcer le développement et
la modernisation du pays. Mais malgré le soutien européen pendant cette période,
cela ne suffit pas à faire progresser l’Ukraine vers une intégration européenne
comme il était attendu[12].
Les accords n’ont abouti à aucune véritable modernisation de l’économie et de
l’administration, le pays avait besoin des réformes qui ne sont pas réalisées. Le
bilan est donc décevant, et un an après la révolution, la majorité des
Ukrainiens était déjà déçue par les dirigeants[13].

En 2007, les négociations sur la conclusion éventuelle
d’un nouvel accord sont renforcées et l’année suivante l’UE conclut un nouveau
Plan d’action avec l’Ukraine dans les domaines judiciaire, économique,
politique et social. Les leadeurs européens reconnaissent alors les aspirations
européennes ukrainiennes[14],
mais l’effectivité du plan est toujours freinée en raison d’un manque de transparence
des autorités publiques, de l’insuffisance des capacités institutionnelles et
de ressources administratives[15].

C’est dans ce contexte que le président Ianoukovytch, qui
avait perdu les élections de 2004, est élu. Connu comme pro-russe lors de la Révolution
orange, il déclare en 2010 que l’UE reste malgré tout un objectif prioritaire pour
son pays et réussit plusieurs avancées positives entre Kiev et Bruxelles,
tandis que l’UE continue d’apporter son soutien financier[16]. Néanmoins,
son orientation russe va rapidement devenir une évidence : en 2013, le
président décide unilatéralement de suspendre l’accord d’association négocié
depuis 2007 avec l’UE, cédant ainsi à la pression de la Russie, et relance par
la même occasion un dialogue actif avec Moscou[17].

3.     
La
crise : la révolution Maidan et l’annexion de la Crimée

Dès l’annonce de cette décision, soit 10 ans après les
débuts de la Révolution orange, des manifestants se rassemblèrent Place de
l’indépendance à Kiev. Ces manifestations pro-européennes, mieux connues sous
le nom du mouvement « Euromaïdan », ont mobilisées des centaines de
personnes dans les rues de Kiev pour s’opposer à cette décision et revendiquer
la démission du président Ianoukovytch. Les forces de l’ordre réprimèrent
sévèrement les rassemblements ce qui mobilisa encore davantage de monde. Début
2014, l’escalade de la violence conduit à la mort de plusieurs manifestants,
mais aussi de policiers[18].

Ainsi, en février 2014, les ministres des Affaires
étrangères allemand, français, polonais, et des représentants russes tentent de
trouver une sortie de crise avec le pouvoir ukrainien. Mais dans la nuit qui
suivit, le président Ianoukovytch pris la fuite en Russie. Le lendemain, il fut
destitué par le Parlement ukrainien et, en attendant l’organisation de
nouvelles élections présidentielles, l’Assemblée nomma un président par intérim,
Oleksandr
Turchynov
[19].

Après l’élection du gouvernement pro-européen de
Porochenko en 2014, les tensions se sont accentuées entre les forces
ukrainiennes et les rebelles dans l’est du pays, soutenus par la Russie. Les
régions de l’est de l’Ukraine, majoritairement russophones et opposées au
mouvement de Maïdan, décident alors de ne pas reconnaitre le nouveau
gouvernement. En réaction, le Parlement retire le statut de langues officielles
aux langues régionales, dont le russe, ce qui accentue les tensions. Commence alors
un conflit armé opposant le gouvernement ukrainien aux séparatistes de Crimée,
et des régions orientales de Donetsk et Louhansk, soutenus par la Russie[20].

En mars 2014, la Russie mis en place une opération
militaire pour prendre le contrôle et annexer la Crimée.  En plus d’être composée d’une majorité de
russophones, la Crimée constitue pour la Russie une zone territoriale d’influence
historique. « Dans l’esprit et le cœur des gens, la Crimée a toujours été
une partie inséparable de la Russie. Cette conviction empreinte de vérité et de
justice a été transmise de génération en génération quels que soient les
changements dramatiques survenus dans notre pays au cours du XXème siècle »
a ainsi expliqué V. Poutine[21].
Par ailleurs, elle constitue un enjeu stratégique majeur pour la Russie. La
péninsule héberge toujours la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol.
Cette base est stratégiquement importante car elle lui donne un point de sortie
sur la mer Noire, et qui est le seul accès pour la Russie aux mers chaudes. Son
annexion visait donc à préserver à la fois les intérêts géopolitiques et économiques
de la Russie[22].
Cette annexion, ne fut pas reconnue par la communauté internationale et
fermement condamnée par l’UE. Elle fut également suivie de troubles dans les
régions à l’Est de l’Ukraine, de Louhansk et de Donetsk, qui après
l’organisation de référendums, s’autoproclamèrent « républiques populaires »
indépendantes.

Face au nouveau gouvernement de Kiev faisant le choix
d’un rapprochement économique avec l’UE, la Russie craignait donc que cette
union se fasse au détriment de ses intérêts. Elle y voyait notamment une
tentative de l’UE de se rapprocher de son territoire, la privant ainsi de ce
qu’elle considère comme un de ses alliés historiques de sa sphère d’influence. La
Russie manifestait son inquiétude au sujet de cet accord depuis l’été 2013 qu’elle
juge incompatible avec l’adhésion de l’Ukraine à l’Union douanière. L’Union
douanière établie le 1er janvier 2010 par la Russie, la Biélorussie, le
Kazakhstan et l’Espace économique commun en vigueur depuis le 1er janvier 2012 a
été l’une des premières étapes vers une Union eurasienne lancée en 2015[23].

Par ailleurs, l’intervention russe en Ukraine
s’inscrit dans la lignée de précédentes interventions militaires dans
l’espace post-soviétique, comme en Abkhazie et en Ossétie du Sud (Géorgie), ou
en Transnistrie (Moldavie). L’objectif est de soutenir les populations
pro-russes de ces pays pour garantir leur autonomie politique vis-à-vis des États
centraux.  La Russie a agi de la même
sorte en Crimée, en déployant ses troupes officielles à la demande des
dirigeants dissidents de la région, ce qui conduit une intégration de la région
dans l’État russe. Concernant les provinces de Donetsk et Louhansk, la Russie
se limite officiellement à leur apporter son soutien politique. Officieusement
toutefois, et malgré ses démentis, Moscou leur aurait fourni des troupes et des
armes lourdes[24].
Quoi qu’il en soit, il semble que les pays perçus comme des voisins et des
partenaires par l’Europe relèvent néanmoins pour Moscou de « l’étranger
proche » et en se rapprochant de l’UE, ils risqueraient de discréditer le
projet d’affirmation d’une grande Russie pensée comme prolongement de l’URSS[25].

D’autres facteurs ont pu jouer dans la stratégie russe
comme, le manquement à la parole donnée concernant l’élargissement de l’OTAN
tel que V. Poutine l’a mentionné. La Russie craint le rapprochement des
anciennes républiques soviétiques de l’UE, ainsi qu’une éventuelle adhésion de
ceux-ci à l’OTAN, que Poutine perçoit comme une organisation concurrente[26].
Dès lors, l’influence exercée par la Russie sur les régions séparatistes
ukrainiennes est un moyen de peser sur la politique internationale de Kiev,
afin de garder l’Ukraine dans le giron de la sphère d’influence russe.

Aujourd’hui on peut dire que même si les combats ont baissé en intensité depuis leur apogée en 2014, la guerre reste encore bien d’actualité. Selon un rapport des Nations Unies, on estime à environ 13 000 le nombre de morts depuis le début du conflit, dont environ 3300 civils. Cet été encore, quatre soldats ukrainiens ont trouvé la mort dans un bombardement par les forces séparatistes, et quatorze autres soldats ukrainiens furent tués en septembre dernier[27].

4.     
La réponse
de l’Union Européenne
 

Dès le début du conflit, l’UE a condamné la Russie,
l’accusant d’intervenir militairement en Crimée et a ordonné la suspension
immédiate des négociations de libéralisation des visas tout en évoquant la
possibilité de sanctions économiques. En juillet 2014, l’UE décida d’imposer
ses premières sanctions en réponse aux actions russes en Ukraine et les
renforça en septembre 2014. Les sanctions de l’UE à l’encontre de la Russie ont
été introduites en juillet 2014, pour une durée initiale de douze mois. Ces
mesures ont été unanimement approuvées par les vingt-huit États membres de l’UE,
« dans le but d’accroître le coût des actions de la Russie visant à
compromettre l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de
l’Ukraine et de promouvoir un règlement pacifique de la crise. »[28]

À la suite du crash du Boeing 777 de Malaysia Airlines
reliant Amsterdam à Kuala Lumpur, abattu en plein vol au-dessus du Donbass, et
faisant 283 victimes, majoritairement hollandaises, les sanctions ont été
renforcées en septembre 2014, « afin de mettre la pression sur le gouvernement
russe », en réponse à l’escalade militaire de la Fédération de Russie, dans la
région de Donetsk en Ukraine[29].
Des sanctions presque identiques ont été mises en place, de manière coordonnée,
par les États-Unis et d’autres pays, tels que le Canada, le Japon et
l’Australie.

L’UE a imposé différents types de mesures
restrictives: des mesures diplomatiques, des mesures restrictives individuelles
(gel des avoirs et restrictions à l’entrée sur le territoire de l’UE), des
restrictions en matière de relations économiques avec la Crimée et Sébastopol,
des sanctions économiques ainsi que des restrictions en matière de coopération
économique[30].
Concrètement, elles visent à isoler la Russie sur la scène internationale, à affaiblir
le système de pouvoir du Président Poutine en touchant son entourage proche, et
à porter atteinte aux sources de revenus de l’État russe en ciblant le secteur
énergétique, le secteur bancaire et financier et l’industrie de la défense[31]. Au
début du conflit, la politique européenne vis-à-vis de Moscou s’est donc
principalement illustrée par des sanctions politiques et économiques. Mais même
reconduites tous les six mois par l’UE, les sanctions à l’égard de la Russie
n’ont pas eu tout l’effet escompté, puisque l’attitude de la Russie vis-à-vis
de l’Ukraine n’a pas changé[32].

Par ailleurs, lors du Conseil européen de mars 2014,
les 28 États membres ont également accéléré les efforts engagés pour renforcer
la sécurité énergétique de l’UE et réduire sa dépendance énergétique, notamment
par la valorisation du gaz de schiste, le développement des terminaux de GNL ou
le développement les projets d’interconnexion grâce aux moyens prévus dans le
cadre du Mécanisme d’interconnexion en Europe[33].

5.     
La
réaction russe

Trois mois après les premières sanctions de l’UE, la
Russie répliqua en décrétant un embargo économique sur l’importation des
produits et marchandises venant d’Europe, des États-Unis, de Norvège,
d’Australie et du Canada. Cet embargo a principalement touché les produits
agricoles et alimentaires. L’embargo russe s’installe également dans la durée
en réponse au prolongement de la durée des sanctions européennes, incluant à
chaque fois de nouveaux noms de compagnies russes ou de personnes publiques.
Tour à tour, d’autres pays sont ajoutés à la liste établie par le Kremlin.
L’embargo fut à nouveau prolongé, cette fois au moins jusqu’à fin 2019.

Moscou dispose d’un autre levier de pression à savoir
la dépendance énergétique de l’Ukraine et de certains pays européens à
l’importation du gaz provenant de Russie. En octobre 2014, lors du sommet de
Milan, Vladimir Poutine avait d’ailleurs mis en garde les Européens contre de
grands risques de perturbation des livraisons de gaz l’hiver suivant, faute
d’accord avec l’Ukraine. La Russie fournit du gaz via l’Ukraine à la plupart
des pays européens. Le gaz russe représente environ 30% de la quantité totale
de gaz importée par l’Europe. Or près de 50% du gaz en provenance de Russie
transite par Kiev. Une interruption de l’approvisionnement via l’Ukraine aurait
donc un fort impact dans certains pays européens. Elle pourrait plonger des
villes comme Bucarest dans le noir comme en 2009 lorsque le Kremlin décida de
couper l’approvisionnement en gaz. Cependant, cette dépendance vis-à-vis des
importations russes peut être relativisée dans la mesure où, d’une part,
celle-ci est très variable d’un pays à l’autre et que d’autre part, en faisant
cela, la Russie aurait elle aussi beaucoup à perdre étant donné la part que
représente les exportations d’hydrocarbures dans le budget de l’État russe. Il
serait donc plus exact de parler d’une interdépendance. 

6.     
Le
format de Normandie

Depuis le début de la crise, la diplomatie européenne
est quasi-exclusivement assurée par la France et l’Allemagne, qui ont engagés des
pourparlers entre les deux parties sur la base d’un dialogue dénommé, « format
Normandie » ou « processus de Minsk ». 
Après une nuit marathon de négociations dans la capitale biélorusse, le
12 février 2015, les dirigeants de la France, l’Allemagne, la Russie et
l’Ukraine trouvaient un accord visant à mettre fin aux combats dans la région du
Donbass[34].

Cet accord prévoyait notamment un cessez-le-feu immédiat,  une zone démilitarisée dite « zone tampon » sur la ligne de contact d’au moins 50 km, et précise le mécanisme pour le retrait des armes lourdes. L’accord invite également les parties au conflit à entamer un dialogue ayant pour but la recherche d’une solution politique en accord avec la législation ukrainienne. À ce propos, l’accord précise la nécessité de créer un « régime spécial » donnant plus d’autonomie aux régions de Donetsk et de Lougansk. Il souligne par ailleurs la nécessite d’une réforme constitutionnelle afin de fixer « la décentralisation comme élément-clé » de la forme de gouvernement en Ukraine. Les rebelles de la région du Donbass sont quant à eux appelés à libérer tous les prisonniers. L’accord appelle également au respect de la souveraineté territoriale de l’Ukraine, précise que le pays doit « reprendre le contrôle total de ses frontières extérieures » et demande le retrait du territoire ukrainien de tous les « groupes armés étrangers » et « des mercenaires ». Et enfin, le dernier point souligne l’importance du groupe de contact trilatéral de Minsk, intégré par l’OSCE, les représentants de Kiev et des régions rebelles de Donetsk et de Lougansk, dans le but de favoriser l’implémentation de la feuille de route accordée par les parties signataires[35].

Le format de Normandie organisa un nouveau
cessez-le-feu au travers des accords de Minsk II. En mars 2015, le Conseil
européen lia la durée des restrictions économiques à la mise en œuvre complète
des accords de Minsk. Mais les conflits et tensions restent encore d’actualité,
tout comme la présence militaire de la Russie en Crimée et dans l’est de
l’Ukraine.  Pour le gouvernement
ukrainien, il est indispensable de retrouver le contrôle sur l’intégralité de
son territoire, et donc la partie est du Donbass et la Crimée. Abandonner la
revendication sur l’une des deux régions pour récupérer l’autre est exclu, bien
qu’un certain degré d’autonomie pourrait néanmoins être concédé aux régions
séparatistes.

En février 2019, les diplomaties française et
allemande tentent de relancer le processus de sortie de crise et viser à la
normalisation des relations entre le Kremlin et l’UE. En effet, au-delà de
leurs appels répétés à mettre en œuvre l’accord de Minsk
II, la France et l’Allemagne souhaitent désormais normaliser leurs relations
avec la Russie. La fédération est en effet considérée comme un partenaire
important sur la scène internationale, disposant notamment d’un siège permanent
au Conseil de sécurité des Nations Unies, mais aussi sur le plan économique,
notamment en raison des enjeux de dépendance énergétique. Un pas européen a été
fait en direction de la Russie en juin 2019, quand le Conseil de l’Europe
approuve la réintégration de la fédération dans son assemblée parlementaire.
Une décision soutenue par Emmanuel Macron et Angela Merkel. Après une rencontre
en France entre le président français et Vladimir Poutine fin août 2019,
Emmanuel Macron soutient également le retour de la Russie au sein du G8.
Si l’Ukraine s’inquiète parfois de ce
rapprochement, Kiev parvient elle-même à s’entendre directement avec la Russie
pour procéder à un échange de prisonniers le 7 septembre[36].

L’Ukraine et des représentants séparatistes
s’entendent également, le 1er octobre, pour proposer un texte de loi au Parlement ukrainien qui
permettrait de mettre en œuvre la formule Steinmeier soutenue par la diplomatie
allemande, du nom de son ministre des Affaires étrangères en 2016. La formule
doit son nom au président allemand Frank-Walter Steinmeier, qui avait tenté en
2016, lorsqu’il était encore ministre des Affaires étrangères, de trouver un
moyen de sortir de l’impasse des accords de Minsk signés en 2014 et 2015. La
« formule Steinmeier » prévoit en particulier l’organisation d’élections dans
les territoires séparatistes, suivant la législation ukrainienne et sous la
supervision de l’OSCE. Si l’organisation européenne juge le scrutin libre et
équitable, un statut d’autonomie des territoires commencera à être mis en place
et l’Ukraine reprendra le contrôle de sa frontière la plus orientale. Cette
proposition consisterait à se rapprocher légèrement des positions de Moscou en
accordant un statut spécial aux territoires séparatistes, en l’échange de quoi
l’Ukraine retrouverait le contrôle de sa frontière orientale. Il s’agit d’un
élément clé pour parvenir à une solution durable du conflit dans l’est de
l’Ukraine[37].

Cependant, en Ukraine, la « formule Steinmeier » est
très contestée, car nombreux sont ceux qui la jugent trop favorable à la
Russie. Nombre d’entre eux accusent donc le nouveau président V. Zelensky, le
nouveau président élu en mai 2019, de trahison. Le 6 octobre 2019, 10 000
personnes se sont mobilisées à Kiev pour protester contre l’application de
la formule Steinmeier, qualifiée de « capitulation »[38].
Une récente rencontre diplomatique à Minsk laisse espérer la tenue d’un sommet
international pour mettre un terme aux combats dans l’est de l’Ukraine. V.
Zelensky affirme cependant qu’il n’y aura pas d’élections dans le Donbass avant
que les forces pro-russes se soient retirées et que l’Ukraine ait retrouvé le
contrôle de sa frontière. Nombreux sont ceux qui voient l’empreinte d’Emmanuel
Macron dans les efforts déployés pour mettre un terme au conflit dans l’est de
l’Ukraine et normaliser les relations avec la Russie[39].

Malgré les signaux contradictoires de certains
responsables politiques, l’UE s’est montrée inébranlable dans son soutien à
l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine. À chaque fois qu’il
a vraiment fallu choisir, les décisions ont été unanimes, en dépit des efforts
d’influence de Moscou. L’UE continue également de voir dans la mise en œuvre
intégrale des accords de Minsk la base d’une solution politique durable au
conflit dans l’est du pays et a intensifié son soutien aux réformes économiques
et politiques en Ukraine. La Commission a encore récemment souligné qu’elle
avait constamment appuyé les efforts du format « Normandie », du groupe de
contact trilatéral et de l’OSCE pour favoriser la mise en œuvre des accords de
Minsk. Le porte-parole a ajouté que l’UE continuerait à apporter un soutien
indéfectible à la souveraineté et à l’indépendance territoriales de l’Ukraine[40].

7.     
La PEV
aujourd’hui: un état des lieux

En visant à transférer une large partie de l’acquis
communautaire européen dans les pays frontaliers, la PEV s’inspire de la
politique d’élargissement. Les accords qui ont émergé de ce processus sont
assez ambitieux. Mais l’ambition des accords proposés aux États voisins
contraste avec l’absence de finalité explicite. En effet, la finalité de la PEV
n’est pas explicite quant à une potentielle perspective d’adhésion. Par
conséquent, il est difficile de mettre en œuvre le principe de conditionnalité
en sanctionnant ces pays sur les plans juridique et politique[41].
De plus, au vu du contexte actuel en Europe, même si les pays du voisinage
comme l’Ukraine parviennent à réaliser ces réformes, il y a peu de chances que
l’UE envisage de nouveaux élargissements. Par ailleurs, alors que les ambitions
sont similaires à celles d’une stratégie d’adhésion, les financements ne sont
pas quant à eux comparables à ceux alloués aux pays en voie d’adhésion. Ainsi,
le montant et les modalités de l’assistance financière contrastent également
avec l’ambition affichée[42].

Pour certains, la mise en œuvre de la PEV en Ukraine
n’aurait pas suffisamment tenu compte des perceptions de sécurité de la Russie
sur son « étranger proche ». Mais en réalité, la principale faiblesse
de la PEV serait plutôt d’avoir les ambitions de la politique d’élargissement
sans en avoir les moyens et sans que les États partenaires aient les capacités
qu’avaient les pays candidats[43].
Précisons d’ailleurs qu’aux origines de la PEV, l’offre européenne concernait
également la Russie qui la déclina, préférant un partenariat stratégique, qui n’a
pas énormément évolué, au vu des multiples contentieux entre l’UE et la Russie
ces dernières années. Ainsi, on peut dire que la philosophie de la politique
d’élargissement est adoptée vis-à-vis du voisinage mais elle est dépourvue des éléments
clés pour mener ces pays vers l’intégration européenne tels qu’une assistance
financière significative, un calendrier et une promesse explicite d’adhésion[44]. Certains
états membres considèrent que seule une perspective explicite d’adhésion
créerait les conditions d’une transformation profonde des systèmes au voisinage
oriental. On peut donc dire que le doute subsiste quant aux réels bénéfices de
l’accord d’association avec l’Ukraine. D’autant que, comme souvent souligné, ils
ne sont pas toujours bien adaptés aux réalités du pays. En l’occurrence, les
capacités d’absorption de l’Ukraine restent pour l’heure limitées et la
corruption y est encore très importante[45].

8.     
Conclusion

En revenant sur les débuts de la mise en œuvre de la PEV en Ukraine jusqu’à l’éclatement de la crise et de l’annexion de la Crimée, cet article a voulu permettre de mieux comprendre les enjeux de la crise actuelle. Si l’élément déclencheur de la protestation du mouvement Euromaïdan fut la décision du président Ianoukovytch de dénoncer l’accord d’association, les questionnements sur l’orientation de sa politique étrangère en Ukraine, partagée entre ses intérêts russes et européens, existent au sein de la population depuis son indépendance. Le développement de la PEV qui visait à promouvoir les « valeurs européennes » a créé une tension entre l’UE et la Russie sur ce « voisinage commun ». Depuis le début du conflit, la politique européenne vis-à-vis de Moscou s’est ainsi principalement illustrée par des sanctions politiques et économiques. Mais elles ne suffisent pas à entraîner un changement d’attitude du Kremlin. Par conséquent, la France et l’Allemagne ont tenté récemment de favoriser à nouveau un rapprochement diplomatique avec la Russie en attendant une sortie de la crise.


[1] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[2] Ibidem.

[3] Galstyan, T., (2018).
La politique ukrainienne du  « Retour vers l’Europe », un but
(encore) possible ? Center For Russia and Eastern Europe Research,
Politique, Ukraine. URL: https://creergeneva.org/2018/02/11/politique-ukrainienne-retour-a-leurope-but-possible/

[4] Ibidem.

[5] Ibidem.

[6] Galstyan, T., (2018).
La politique ukrainienne du  « Retour vers l’Europe », un but
(encore) possible ? Center For Russia and Eastern Europe Research,
Politique, Ukraine. URL : https://creergeneva.org/2018/02/11/politique-ukrainienne-retour-a-leurope-but-possible/

[7] Ibidem.

[8] Ibidem.

[9] Ibidem.

[10] Ibidem.

[11] Lepesant,
G., (octobre, 2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la
crise ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper. URL :
https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[12] Galstyan, T., (2018).
La politique ukrainienne du  « Retour vers l’Europe », un but
(encore) possible ? Center For Russia and Eastern Europe Research,
Politique, Ukraine. URL : https://creergeneva.org/2018/02/11/politique-ukrainienne-retour-a-leurope-but-possible/

[13]
A. Lushnycky, Ukraine on its meandering path between east and west, Bern 2009,
p. 49-51

[14] Gilles Lepesant,
L’Ukraine dans la nouvelle Europe, Paris 2005, p. 26.

[15] L’Ukraine, entre
intégration et partenariat, Bruxelles 2010, p. 27

[16] Galstyan, T., (2018).
La politique ukrainienne du  « Retour vers l’Europe », un but
(encore) possible ? Center For Russia and Eastern Europe Research,
Politique, Ukraine. URL : https://creergeneva.org/2018/02/11/politique-ukrainienne-retour-a-leurope-but-possible/

[17] Ibidem.

[18] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[19] Ibidem.

[20] Ibidem.

[21] Lepesant, G., (octobre,
2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la crise
ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper. URL : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[22] Lepesant, G., (octobre,
2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la crise
ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper. URL : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[23] Ibidem.

[24] Ibidem.

[25] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[26] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[27] Ibidem.

[28] Conseil de l’Union
Européenne, site officiel. Mesures restrictives de l’UE en réaction à la crise
en Ukraine. URL : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/sanctions/ukraine-crisis/

[29] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[30] Conseil de l’Union
Européenne, site officiel. Mesures restrictives de l’UE en réaction à la crise
en Ukraine. URL : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/sanctions/ukraine-crisis/

[31] Ibidem.

[32] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[33] Lepesant,
G., (octobre, 2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la
crise ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper.
URL : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[34] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute l’Europe.eu.
URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[35] Roman, B., (novembre
2019). Guerre en Ukraine : où en est l’Union Européenne. Toute
l’Europe.eu. URL : https://www.touteleurope.eu/actualite/guerre-en-ukraine-ou-en-est-l-union-europeenne.html

[36]
Ibidem.

[37]
Ibidem.

[38]
Gotev, G., (octrobre 2019). Bruxelles
espère un dégel entre la Russie et l’Ukraine, Euractiv. URL :
https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/eu-commission-hopeful-of-russia-ukraine-thaw-as-many-in-kyiv-denounce-capitulation/

[39] Ibidem.

[40] Gotev, G., (octrobre
2019). Bruxelles espère un dégel entre la Russie et l’Ukraine, Euractiv. URL :
https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/eu-commission-hopeful-of-russia-ukraine-thaw-as-many-in-kyiv-denounce-capitulation/

[41] Lepesant, G., (octobre,
2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la crise
ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper. URL : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[42] Ibidem.

[43] Ibidem.

[44] Lepesant, G., (octobre,
2014). La Politique européenne de voisinage à l’épreuve de la crise
ukrainienne. Question d’Europe, n°237, policy paper. URL : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0327-la-politique-europeenne-de-voisinage-a-l-epreuve-de-la-crise-ukrainienne

[45]
Ibidem.

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